CHAPITRE XXIII
T)e la Douceur de 1)ieu.
Psalm. 24. — 2 Petri, 2.
'lEU est appelé Doux : i" Comme source et cause de toute douceur, soit corporelle, soit spirituelle; car, tout ce qu'il y a de doux, de suave, d'aimable et de délectable dans les choses créées vient de lui, comme une légère participation de son immense douceur.
2" Parce que, non seulement tout objet, doux, délectable, n'existe que parce qu'il l'a tiré du néant, mais encore parce que tout plaisir et tout sentiment de douceur, dans les anj^es et dans les hommes, émanent de lui, parce que c'est lui qui a créé en eux la faculté qui les en rend capables.
Les Noms divins. — Chap. XXIII. 91
3" Parce qu il est Téternelle et infinie douceur de tous les esprits célestes et de toutes les âmes des bienheureux, tant comme objet que comme cause : D'abord comme objet, car c'est en jouissant de Dieu et en le goûtant qu'ils se sentent tout inondés d'une joie souveraine-, ensuite, comme cause, car c'est lui qui est Tauteur non seulement de la lumière de la gloire, à Taide de laquelle ils voient clairement Dieu, mais encore de rhabitudc de la charité, par laquelle ils l'aiment souverainement ; car c'est de là que découlent pour eux cette joie et ce plaisir immense qu'ils ressentent des biens de Dieu, ou ce goût béatifique de son immense douceur.
4" Dieu porte ce nom, parce qu'il est à lui-même une douceur infinie, soit objectivement, soit formellement. De la première manière, parce qu'il est lui-même un objet d'une douceur infinie, dans lequel tout ce qu'il y a de doux et de délectable est suréminemment contenu; de la seconde manière, ou formellement , parce qu'il jouit infiniment de lui-même et se délecte infini-
92 Léonard Lessius.
ment en lui-même, et parce qu'en se voyant lui-même d'une manière compréhensive ou selon tout ce qu'il est, il puise en lui-même des délices infinies et une joie infinie. Que dis-je? Il est lui-même Tamour infini, et, si je puis parler de la sorte, la joie infinie conçue de lui-même.
En outre, Jésus-Christ est appelé la douceur des cœurs, dulcedo cordiiim^ dans le cri de joie de saint Bernard.
Ce nom lui est encore dû en sa qualité de cause méritoire, car c'est Lui qui, par l'amertume de sa Passion, nous a délivrés de la damnation éternelle^ et nous a transférés à l'éternelle et infinie douceur de la gloire éternelle.