CHAPITRE XXXVII
^e ^ieu, comme Prolecteur.
IJb. Sap., cap. XI, V. 25, 2().
lEu est appelé Protecteur, d'abord, eu générai., parce qu'il conserve toute créature dans son espèce, dans son intégrité, dans un bon état conforme à sa nature-, et parce qu'il la défend, autant que le requiert sa condition, de tout ce qui peut lui être nuisible. Mais il est appelé spécialement Protecteur à regard des hommes qui sont exposés à une infinité de périls et sujets à des incommodités sans nombre :
r Parce qu'il nous préserve d'innombrables péchés dans lesquels chacun de nous tomberait^ si sa bénigne protection ne nous prémunissait contre la chute. Car, vu la
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grande faiblesse de notre nature et notre pente au mal, il n'est aucun genre de péché dans lequel nous n'aurions été facilement entraînés par les artifices et la puissance du démon, et dans lequel nous serions encore entraînés tous les jours, si Dieu, dans sa bénignité et par des moyens admirables, ne nous entourait de sa protection. C'est pourquoi, comme le dit saint Paul : « Nul ne peut se glorifier en lui-même (i), » comme s'il avait évité tous ces péchés par son industrie; mais il doit s'humilier devant Dieu, et reconnaître sa propre faiblesse et la bonté de Dieu, et ne pas lui rendre de moins vive? actions de grâces pour les péchés qu'il n'a pas commis, que pour les biens qu'il a faits. 2" Parce que, de même qu'il nous a préservés d'une infinité de péchés où nous serions tombés sans lui, de même aussi il nous a prémunis contre d'innombrables dangers de la damnation éternelle, que nous eussions déjà encourue mille fois, si sa clémence ne nous eût protégés. Car qui-
(i) n Gorinth., cap. x.
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conque est en état de péché mortel est digne du feu éternel de Tenfer, où il serait à l'instant emporté par les démons, si Dieu le leur permettait. D'où il faut conclure que, lorsque Dieu nous préserve du péché, il nous préserve aussi, médiatement^ de la damnation éternelle.
3" Parce qu'il ne nous préserve pas seu lement, en cette manière, de la damnation éternelle, mais encore immédiatement et directement^ toutes les fois que nous sommes en état de péché mortel. Car alors nous sommes aux portes de Tenfer, et il ne faut plus rien pour la damnation éternelle^ si ce n'est que Dieu n'arrête pas sa très juste colère qui ne demande qu'à éclater, ou qu'il n'enchaîne pas le démon qui brûle de nous emporter, ou, enfin, ce qui arrive souvent, qu'il ne détourne pas d'autres causes qui pourraient nous ôter la vie. C'est ainsi qu'il nous préserve de la damnation, et nous conserve, pour nous donner le temps de faire pénitence et d'opérer notre salut.
4" Non seulement Dieu nous préserve des péchés et de la damnation éternelle, mais
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encore d'autres malheurs sans nombre, d'innombrables afflictions, traverses, où sans sa main protectrice, nous serions tombés, et, par là, en divers péchés qui nous auraient enfin entraînés dans le malheur éternel. Car il connaît avec une certitude absolue ce qui résulterait pour nous de chacune de ces sortes d'épreuves, ce qui apporterait à notre âme la ruine, et ce qui lui apporterait le salut. Aussi, dans son tendre amour pour nous, détourne-t-il très souvent ce qu'il prévoit devoir un jour causer notre perte. Cest pourquoi nous devons chaque jour lui rendre des actions de grâces pour toutes ces faveurs.
5° Nous l'appelons Protecteur, parce qu'il protège avec un soin particulier les justes, comme ses fils et les héritiers de son royaume, mais principalement ceux qui se sont consacrés à son service et à sa gloire. Envers ceux-ci, il se montre un protecteur très spécial. Car ils sont comme les perles précieuses et les diamants, dans les trésors du Seigneur. C'est pourquoi le Seigneur les conserve comme des perles précieuses, et
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c( il les garde comme la prunelle de son œil {i), » c'est-à-dire ce que Thomme a de plus cher. Et, « // les protège sous l'ombre de ses ailes, comme la poule ^ ses poussins (2). »
6° Di-eu porte ce nom, parce qu'il est aussi le protecteur des bienheureux, en tant qu'il les préserve de toute chute, de tout péché, de toute erreur, de toute tristesse, de la mort et de toute souffrance du corps et de Tàme. Il fait tout cela, en leur gardant et en leur continuant la lumière de la gloire. Car si, par la soustraction de son concours, il cessait un seul moment de la leur conserver, et que cette lumière vînt à s'éteindre en eux, ils cesseraient aussitôt d'être heureux; lancienne infirmité reviendrait, et ils pourraient retomber dans nos misères, et même dans réternelle damnation. Ainsi, Téternité de leur bonheur sera fondée sur réternelle protection de Dieu !
(j) Psal. 16 et Ci. — (2) Maith., i3.