‹ Les nourritures terrestresChapitre 11 sur 21 · DE TOUS MES DÉSIRS · texte numérisé non relu

DE TOUS MES DÉSIRS

Je ne sais ce que j'avais pu rêver cette nuit. A mon réveil tous mes désirs eurent soif. Il semblait qu'en dormant, ils eussent traversé des déserts.

Entre le désir et l'ennui Notre inquiétude balance. —

Désirs ! Est-ce que vous ne vous lasserez pas?

Oh ! oh ! oh t oh t cette petite volupté, qui passe l — et qui sera bientôt passée ! —

Hélas! hélas! je sais comment prolonger ma souffrance ; mais mon plaisir je ne sais comment l'apprivoiser.

Entre le désir et l'ennui, notre inquiétude bû' lance.

Et l'humanité tout entière m'a paru comme un m,alnde qui se relonrne dans son lit pour dormir — qui cherche le repos et ne trouve même pas le sommeil. —

Nos désirs ont déjà traversé bien des mondes ;

Ils ne se sont jamais rassasiés.

Et la nature entière se tourmente,

Entre soif de repos et soif de volupté.

Nous avons crié de détresse Dans les appartements déserts.

Nous sommes montées sur des tours D'où l'on ne voyait que la nuit;

Chiennes, nous avons hurlé de douleur Le long des berges desséchées ; Lionnes, nous avoiis rugi dans l'Aurès — et nous avons brouté, chamelles, le varech gris des chotts,

sucé le suc des tiges creuses — car l'eau n'abonde pas au déseit.

Nous avons traversé, hirondelles, De vastes mers sans nourriture ; Sauterelles, pour nous nourrir nous avons dû tout dévaster.

Al(pics, nous ont ballotté les orages; Flocons, nous avons été roulés par les vents.

Oh ! pour un immense repos, je souhaite la mort salutaire ; et qu'enfin mon di'sir exténué ne puisse plus fournir à de nouvelles métempsycoses. Désir I je t'ai traîné sur les routes ; je t'ai désolé dans les champs : je t'ai soûlé dans les grand'villes ; je t'ai soûlé sans te désaltérer ; — je t'ai baigné dans les nuits pleines de lune ; je t'ai promené partout ; — je t'ai bercé sur les vagues ; j'ai voulu t'endormir sur les flots... Désir I Désir ! que te ferais-je ? que veux-tu donc ? — Est-ce que tu ne te lasseras pas ?

La lune parut entre les branches des chines — monotone mais belle autant que les autres fois. Par groupes, à présent ils causaient et je n'enlendais que dos phrases éparses... il me sembla que chacun parlait à tous les autres de l'amour et sans s'inquiéter s'il n'était par aucun autre écoulé.

Puis les conversations se défirent, et comme la

lune disparaissait derrière les branches plus épaisses des chênes, ils restèrent couchés les uns près des autres, dans les feuilles, écoutant sans plus les comprendre les parleurs ou les parleuses attardés mais dont les voix plus discrètes ne parvinrent bientôt plus à nous que mêlées au chuchotement du ruisseau sur les mousses.

Simiane, alors se levant, se fît une couronne de lierre et je sentis l'odeur des feuilles déchirées. Hélène dénoua ses cheveux qui retombèrent sur sa robe et Rachel s'en alla recueillir de la mousse humide pour en mouiller ses yeux et les apprêter au sommeil.

La clarté même de la lune disparut. Je restais étendu, lourd de charme et grisé jiisqu'à la tristesse. Je ne parlai pas dç l'amour. J'attendais le matin pour partir et courir au hasard des routes. — Déjà depuis longtemps sommeillait ma tête lassée. — Je dormis quelques heures ; — puis quand vint l'aube, je partis. —

Page 1