PARIS
LIBRAIRIE J.-B. BAILLIËRE et FILS
19, rue Hautefeoille, près du boulevard St-Germaln.
Tous droits réservés.
AUG12 1902 tHl>^3'^
TN
, Nous nous proposons de décrire dans ce volume les découvertes accomplies en Électricité dans ces dernières années, soit depuis la publication de notre Dictionnaire ou à peu près depuis l'Exposition de 1889; si l'Électricité n'a produit, depuis cette époque, aucun de ces appareils merveilleux qui, de temps en temps, viennent en quelque sorte ajouter k la science une branche nouvelle et mettre à la disposition de l'homme un nouvel agent ou un nouveau mode de communication, comme la machine de Gramme, le télégraphe ou le téléphone, les années qui viennent de s'écouler n'ont cependant pas été perdues et elles ont enrichi d'un grand nombre d'applications intéressantes le domaine de l'Électricité, dont certaines parties ont pris, pendant ce temps, un développement considérable.
Dans la partie théorique elle-même, nous avons à signaler quelques travaux particulièrement importants.
Les belles découvertes de Hertz sur les ondulations électriques ont été complétées par les travaux de MM. Joubert, Egoroif, Grégory, Sarasin et de la Rive. Signalons aussi les intéressantes expériences de
M. Tesla sur les courants alternatifs à haute tension et à grande fréquence.
Les courants polyphasés, sur lesquels l'attention a été appelée, en 1888, par les expériences de M. Ferraris, se sont répandus rapidement dans Tindustrie^ à cause de la simplicité des générateurs qui les produisent et des moteurs qu'ils mettent en mouvement : citons en passant les modèles de Fives-Lille et du Creusot.
L'éclairage électrique n'a pas fait de progrès bien sensibles : on peut signaler cependant les nouveaux modèles des lampes Cance et Bardon, les régulateurs de Contades, Wilbrant, Brianne ; au contraire le chauffage s'est beaucoup développé. Nous décrirons en particulier le four électrique de M. Moissan, et, pour un autre genre d'applications, les appareils de chauffage de Crompton.
La traction électrique a pris une grande extension, surtout en Amérique. La plus importante des Sociétés s'occupant de cet objet, la Compagnie Thomson- Houston, qui avait, au 15 septembre 1889, installé seulement 37 lignes représentant 336 kilomètres et équipé 307 voilures, avait organisé, à la fin de 1893, plus de 400 lignes représentant 9441 kilomètres et employant 9000 voitures.
Le système Thomson-Houston, très en faveur en Amérique, commence à se répandre en Europe. Ainsi, depuis sa formation, qui remonte au i" mai 1893, la Compagnie française, créée pour l'exploitation de ce procédé, a déjà installé une extension de la ligne de Florence à Fiesole, une ligne de la place du Dôme à la porte Sempione à Milan, et plus récemment la ligne de Bordeaux-Bouscat au Vigean et le réseau complet de la ville du Havre, la ligne de la place de la Charité à OuUins et à Saint-Genis-Laval, à Lyon, trois lignes à Belgrade, etc.
De sérieux essais ont été aussi effectués pour appliquer Télectricité à la traction des trains de chemins de fer. La locomotive de M. J.-J. Heilmann a été expérimentée sur la ligne de l'Ouest entre le Havre et Beuzeville, puis entre Paris et Mantes. D'un autre côté, la Compagnie du Nord a mis à l'étude une locomotive à accumulateurs, spécialement destinée à la traction en souterrain ; la maison Siemens, de Londres, et la Compagnie Thomson-Houston ont également construit, dans ces derniers temps, des modèles de locomotives électriques.
De nombreuses stations centrales ont pris naissance dans ces dernières années ; telles sont la station centrale de Hanovre, Tusine électrique du Salève, l'usine du secteur des Champs-Elysées, les ateliers des services électriques de la Compagnie du Nord, installés sous la direction de M. Sartiaux. L'une des stations les plus considérables qui aient encore existé est sans contredit l'installation provisoire qui fut édifiée pour le service électrique de TExposition de Chicago.
Les maisons Lombard-Gérin, de Lyon, Fichet et Heurtey, de Paris, la Société des accumulateurs Tudor et celle des moteurs Niel exposaient à Lyon collectiment, sous le nom de station électrique rationnelle, un ensemble de station électrique de mille lampes de dix bougies environ. Un des points originaux de cette station est la production de la force motrice avec moteurs à gaz, dans des conditions d'économie exceptionnelle, avec une simplicité de fonctionnement qui permet de confier à un seul homme la surveillance d'installations importantes.
Le système Tudor est appliqué, depuis une dizaine d'années, dans une quarantaine de stations centrales.
Nous signalerons encore parmi les appareils qui
nous ont paru mériter une description : les moteurs de MM. Hutin et Leblanc, la dynamo Cail-Helmer à inducteur mobile, la turbine Laval, Texploseur Manet, les transformateurs Ganz et Labour, les nouveaux appareils de désinfection de M. Hermite, les appareils de M. Héroultpour Télectrométallurgie, les récepteurs microphoniques d'Arsonval, Mercadier et Anizan,> de Lalande, et enfin l'installation du théâtrophone.
On voit que, dans le domaine de l'électricité, les dernières années n'ont pas été perdues, ni pour la se ience pure ni pour les applications industrielles. L'industrie électrique, qui ne compte guère plus de dix années d'existence, n'a pas cessé d'affirmer sa vitalité ; il y a tout lieu de croire que cette marche ascendante ne s'arrêtera pas et que les années qui vont suivre apporteront à leur tour de nouveaux progrès ei amasseront un bagage digne de figurer à l'Exposition de 1900. C'est le souhait que nous formons en terminant, et nous ne doutons pas qu'il se réalise.
J. Lefèvre.
Nantes, février 1896.
LES