TRANSMISSION PAR COURANTS TRIPHASÉS
Ces alternateurs donnent, à la vitesse angulaire de 600 tours par minute, 100 ampères et 2 500 volts. La fréquence est de 50 périodes par seconde. Chacune de ces machines est commandée directement par un ensemble de 2 roues Pelton de 200 chevaux chacune^ à double ajutage. Le réglage de la puissance hydraulique est effectué par le système ordinaire différentiel Pelton, actionné par Tarbre d'une des excitatrices. Un second petit régulateur différentiel, actionné par l'arbre de l'autre excitatrice, contrôle l'action du premier enréglantles roues hydrauliques des excitatrices.
Un tableau de distribution très complet permet de mettre chaque machine séparément sur un circuit ou de réunir les deux circuits et les deux machines en parallèle. Pour le couplage en parallèle, on fait usage d'un synchroniseur acoustique, dont l'action est beaucoup plus précise que le système des lampes de phase généralement employé. Quand les machines sont près d'être en phase, on entend très nettement les battements, et, quand les alternateurs sont rigoureusement en phase, le son rendu par l'appareil est très pur.
L'aménagement intérieur de la station a été fait avec le plus grand soin, et la maison du chef de la station, à proximité de l'usine, a été pourvue de tous les appareils de chauffage électrique pour les appartements et pour la cuisine.
Deux circuits de 9,3 mm. de diamètre, à trois conducteurs, partent de la station centrale. Un de ces circuits aboutit aux bureaux de la Compagnie, èi Redlands, distants de 12,2 kilomètres, et, de ce point, se divise dans la ville pour la distribution de l'éclairage et de la force motrice. L'autre circuit se dirige sur Mentone, à 7 kilomètres, où se trouve la fabrique de
TRANSMISSION PAR COURANTS TRIPHASÉS. 31 i
glace artificielle de la Union Ice C°, Dans cette usine, on a installé un alternateur triphasé synchrone, à mise en route automatique, d'une puissance de 150 kilowatts, à 750 tours par minute, commandant par courroie et par une transmission intermédiaire deux grands compresseurs à ammoniaque et différentes autres machines accessoires pour la fabrication de la glace. Le moteur marche nuit et jour sans arrêt, à pleine charge, et a toujours fonctionné sans le moindre, accident. A Redlands, il y avait, à la fin du mois de décembre 1893, 30 lampes à arc et plus de 1 000 lampesà incandescence de 16 bougies, distribuées sur les trois branches du réseau, et un certain nombre de petits moteurs de puissance variable.
Les transformateurs sont analogues à ceux du type F construit par la General Electric C° pour Téclairage par courants alternatifs simples, sauf qu'ils sont étudiés spécialement pour 50 cycles par seconde et 2 200-110 volts. Autant que possible, on a employé de. gros transformateurs et de grands réseaux secondaires.
On n'a éprouvé aucun ennui pour le non-équilibrage des lignes. Peu de temps après la mise en route de la station, la plus grande partie des lampes étaient branchées sur deux lignes seulement du circuit triphasé,, et, quoique des lampes de ces deux lignes fussent disposées dans les mêmes pièces, on ne pouvait constater aucune différence dans leur éclat.
Le premier alternateur arriva le V septembre 1893 à Redlands et fut mis en service régulier le 8 septembre. Le moteur à glace fut mis en marche le 13 septembre. Depuis cette date, les générateurs et moteurs ont fonctionné sans arrêt.
État actuel de la distribution de l'énergie élec-
trique à Paris (1). — Les distributions d'énergie électrique existent depuis longtemps à Paris, depuis 1877 par les installations privées, et depuis 1889 par stations centrales.
I. Les.stations centrales. — En ce qui concerne les stations centrales, l'auteur rappelle d'abord un court historique. Il mentionne les essais d'éclairage effectués en 1878, 1879, 1882, 1884, et arrive à l'inauguration de la première station centrale de Paris, l'usine dite de la Cité Bergère, le 21 juin 1887. L'incendie de l'Opéra- Comique le 27 mai 1887 a réveillé l'attention, et en 1888 les théâtres commencent à s'installer. Mais ce n'est que le 29 décembre 1888 que le cahier des charges relatif aux concessions de canalisation électrique dans Paris est voté par le Conseil municipal. La surface de Paris est divisée en un certain nombre de secteurs. A cette époque, en 1889, sont constituées et acceptent le cahier des charges: la Compagnie continentale Edison, la Société d^Éclairage et de Force par l'électricité et la Compagnie V, Popp, actuellement Compagnie parisienne de VAir comprimé et d'Electricité; le réseau municipal entreprend également ses travaux pour l'éclairage électrique des Halles centrales et des abords. Par des efforts considérables, les grands boulevards peuvent bientôt être éclairés électriquement par les Sociétés. En 1890, la Société du secteur de Clichy obtient une concession et, en 1893, sont définitivement constituées la Société du Secteur des Champs-Elysées et la Société du Secteur de la Rive gauche.
L'utilisation la plus grande de l'énergie électrique est actuellement faite pour l'éclairage. Mais depuis
(1) D'après une communication de M. J.Laffargue à la Société internationale des Électriciens, novembre 1896.
quelque temps, les moteurs électriques commencent à être employés surtout pour les manœuvres des ascenseurs, en raison du prix de Teau, porté à 60 centimes le mètre cube.
Les moteurs à courants continus fonctionnent dans de très bonnes conditions; les moteurs à courants alternatifs exigent encore à la mise en marche des précautions qui rendent jusqu'ici leur emploi peu pratique; mais la question est à l'étude.
Le point faible dans la marche actuelle des stations centrales est toujours une consommation nulle dans la journée et maxima à la tombée de la nuit. On a remédié en partie à ces inconvénients par un emploi rationnel et bien combiné des accumulateurs électriques.
Étude détaillée des secteurs, — La Compagnie continentale Edison possède actuellement trois usines : la station Drouot, dite Cité Bergère, la station Trudaine et la station du Palais-Royal, d'une puissance totale actuelle de 2 400 kw. Il existe aussi une sous-station rue Saint-Georges. On installe en ce moment à la sta- . tion Trudaine un groupe électrogène de 900 chevaux avec dynamos Brown. Ces trois usines peuvent être montées en quantité suivant les besoins du service ; la marche de jour peut également être assurée par l'une d'elles.
Le nombre des foyers installés est de 88 000 lampes de 10 bougies, et le nombre total de moteurs est de 30, d'une puissance totale de 36,8 kw, variable de 250 watts, à 4,5 kw pour chaque moteur.
La Société d'Éclairage et de Force par l'électricité effectue la distribution dans son secteur à l'aide de l'usine primaire de Saint-Ouen, à haute tension, de J. Lefèvrb. — Nouv, électr. 18
600 kw, et à l'aide des usines réceptrices dans Paris, Barbes (360 kw), gare du Nord (465 kw) en partie réceptrice, et à l'aide des usines Bondy (400 kw), Filles- Dieu (400 kw), la Villette (200 kw), et Abattoirs (192 kw). La puissance totale est donc de 2025 kw. Mais à l'usine de Bondy on enlève 2 moteurs dynamos Weyher-Desroziers de 100 kw chacun, et on ajoute un Côrliss-FarcoL-Desroziers de 441 kw, et une dynamoturbine Laval-Desroziers de 220 kw. La puissance totale sera donc très prochainement de 2 552 kw.
Le nombre des lampes installées est de 70 000 de 10 bougies ; le nombre des moteurs est de 35 d'une puissance totale de 90 kw.
La consommation maxima de l'année n'est atteinte qu'au mois de décembre.
La Société du Secteur de la place Clichy a considérablement augmenté sa puissance depuis son établissement. Elle possède actuellement 3 moteurs-dynamos horizontaux de 350 kw, 3 moteurs verticaux de 350 kw également, ainsi que 3 machines à vapeur Armington et Sims actionnant des dynamos shunt de 50 kw pour la charge des accumulateurs, et 1 machine à vapeur verticale de 100 chevaux actionnant des survolteurs. La puissance totale est de 2470 kw. Le réseau de cette Société s'est considérablement développé. Il est vrai de dire que tous les soins et toute la perfection désirables ont été apportés dans l'installation et dans l'exploitation. Certains feeders sont actuellement très chargés, et la Société étudie un moyen de réglage à l'aide de survolteurs.
Le nombre des lampes installées est de 95 000 de 10 bougies. Les moteurs électriques sont au nombre de 67, d'une puissance totale de 176 kw. Dans la station
DE L'ÉiNERGIE ÉLECTRIQUE A PARIS. 313
centrale, 10 moteurs sont employés pour divers usages, mise en marche d'outils, pompe, etc.; nous signalons en particulier l'emploi d'un moteur électrique, avec appareil automatique de démarrage, pour la mise au point des machines à vapeur. Le rapport de l'assemblée générale ordinaire du 21 octobre 1895 insiste beaucoup sur le développement que peuvent prendre les ascenseurs électriques. La Société a actuellement signé des polices pour 31 ascenseurs et elle espère que dans l'année ce chiffre montera à 100.
La Compagnie parisienne d'Air comprimé et d'Électricité avait installé en 1889, au début, une série de petites usines à air comprimé d'une puissance totale de 600 chevaux, et d'autres plus importantes telles que la Bourse du Commerce, la Cité du Retire, la rue des Jeûneurs. Ces usines ont rendu à cette époque de grands services pour entreprendre rapidement la distribution de l'énergie électrique sans attendre la pose des canalisations extérieures. On a ensuite installé l'usine du boulevard Richard-Lenoir, et on a transformé l'usine du lac Saint-Fargeau. Ces 2 usines produisent aujourd'hui des courants continus à haute tension, 2 ou 3 000 volts, et chargent à l'aide de lignes distinctes des batteries d'accumulateurs réparties dans 25 sous-stations. Les lignes sont distinctes, mais elles passent toutes deux dans toutes les stations, et peuvent être alimentées chacune séparément par une des stations ou les deux en quantité par les deux usines en tension, suivant les régimes de marche adoptés. Les batteries d'accumulateurs, dans un nombre aussi grand de sous-stations, exigeaient un grand entretien, et n'ont pas donné toute satisfaction. On les a remplacées en grande partie par des transformateurs
rotatifs à courant continu, formés de deux dynamos Thury, montées sur le même arbre, d'une puissance de 40 ou 80 kw suivant les cas.
La Compagnie parisienne semble aujourd'hui ne pas apprécier beaucoup l'emploi de sous-stalions multiples, et elle a l'intention de les remplacer par 2 ou 3 grandes sous-stations. La sous-station Saint-Roch, en particulier, renferme 3 groupes de 4 transformateurè en tension alimentant un réseau à 5 fils pour desservir le quartier Vendôme. Deux groupes de transformateurs ont une puissance de 80 kw, et le troisième une puissance de 40 kw. Il y a également 16 batteries d'accumulateurs de 50 kw.
Pour assurer encore une plus forte alimentation dans son réseau si étendu, la Compagnie parisienne fait installer sur le quai Jemmapes une station centrale (distribution à 5 fils) qui aura, comme première installation, une puissance totale de 2400 kw(3 dynamos de 800 kw). Celle-ci alimentera, à l'aide de feeders en câbles sous plomb et armés de 1000 mm^ de section, le réseau secondaire de la sous-station Saint-Roch, et assurera la charge de batteries établies dans une nouvelle sôus-station en construction rue Mauconseil. Le réseau secondaire de la sous-station Saint-Roch sera donc monté en quantité avec les feeders de la station Jemmapes. Quand toutes ces installations seront terminées, la puissance totale des usines du secteur atteindra 4 600 k w.
Le nombre des lampes desservies est actuellement de 80000 ; il n'y a pas de moteurs.
La. Société du Secteur des Champs-Elysées fait la distribution à courants alternatifs à l'aide d'une station centrale établie à Levallois-Perret, sur les bords de la
Seine. L'usine, comprenants alternateurs Hillairet, a une puissance de 1 200 kw ; elle installe actuellement un autre groupe moteur avec 1 alternateur Farcot. Des feeders aboutissent à la place de l'Étoile et alimentent ensuite divers sous-feeders. On compte actuellement 80000 lampes de 10 bougies, dont 75 000 à incandescence et 160 lampes à arc. Les moteurs sont au nombre de 15, d'une puissance totale de 25,7 kw.
La Société du Secteur de la rive gauche avait, dès le mois d'octobre 1893, commencé son exploitation en utilisant la petite usine du Panthéon, d'une puissance de 100 kw. Elle a pu ainsi desservir quelques abonnés dans le quartier de la Sorbonne, et notamment les laboratoires de la nouvelle Sorbonne.
L'usine définitive est sur les bords de la Seine, à Issy: elle a une puissance de 4 000 kw, fournie par 10 alternateurs Ganz de 400 kw à 3 000 volts et k 42 périodes par seconde. La canalisation est faite avec des câbles concentriques Felten et Guillaume sous plomb et armés, isolés au jute et au papier. Ces câbles sont fabriqués par la Société industrielle des Téléphones dans ses usines de Bezons. LHnauguration de cette usine doit avoir lieu en mars 1896.
La Station municipale des Halles centrales n'a pas subi de grands changements depuis l'origine. Sa puissance totale est toujours de 570 kw, dont 240 kw pour les courants continus et 330 kw pour les courants alternatifs. On a seulement ajouté 4 dynamos Desroziers de 42,5 kw pour la charge d'une batterie d'accumulateurs, et 1 alternateur- volant Patin de 38 kw. Le nombre des lampes de 10 bougies installées est de 32 498 en courants continus et 9069 en courants alternatifs. Il y a également 7 moteurs,
3i8 ÉTAT ACTUEL DE LA DISTRIBUTION
dont 4 sur les courants continus et 3 sur les courants alternatifs.
Puissance utile des stations centrales, — Il y avait à Paris :
En 1890 3 900 kilowatts.
1895 (fin d'année) 21 305 —
Le tableau général suivant fixe complètement les idées sur les états, actuel et prévu, des stations centrales de Paris à la fin de Tannée 1895.