‹ Les nuits d'hiverChapitre 30 sur 43 · IMITATION D'HORACE · texte numérisé non relu

IMITATION D'HORACE

(0 fons Blandusiœ)

Fontaine au flot plus clair que le cristal sacré

Où des libations le vin est préparé,

Demain, dans ce bassin où ton onde caresse

Un rivage de marbre apporté de la Grèce,

Je veux semer des fleurs et répandre le sang

D'un chevreau jeune encor, dans l'herbe bondissant.

C'est vainement déjà que son instinct devine La chèvre en liberté, paissant sur la colline; Vainement qu'il s'apprête U la lutte, à l'amour ; Demain, je te l'immole à la chute du jour.

Victime dont les fleurs parfument l'agonie,

Ses derniers bêlements à la douce harmonie

Que la brise du Tibre éveille en tes roseaux

Se mêleront ainsi qu'à tes limpides eaux,

Miroir de la naïade amante des fontaines,

Se mêlera le sang échappé de ses veines.

Puis, sur le luth d'ivoire à mon bras suspendu,

Des siècles à venir pour qu'il soit entendu,

Je veux chanter ton nom, ô fraîche Blandusiel

Mais de mon sacrifice et de ma poésie,

En acceptant l'hommage, ch ! du moins quelquefois

Si ma voix te supplie, écoute alors ma voix,

lia voix qui to dira, doucement amoureuse

N'attends-tu pas ce soir la craintive baigneuse, Néobulé la blonde, aux regards ingénus, Que, sur l'autel du temple, on prendrait pour Vénus ; Néobulé que j'aime et qui fuit ma parole Pour celle d'un enfant vainqueur au discobole, Timide adolescent qui ne sait que rougir, Et qu'un baiser d'amour ferait évanouir, Mais qu'elle me préfère aujourd'hui, l'infidèle, Car il est, cet enfant, aussi beau qu'elle est belle? Et depuis que trois fois, au milieu des bravos, Son nom fut proclamé, même par ses rivaux, Le jeune Hébrus, partout, à son pas attachée, Trouve Néobulé, pour moi seule cachée.

Mais, puisque dans ton onde elle revient souvent Baigner son pied d'albâtre et dénouer au vent Ses cheveux, que, suivant les modes lesbiennes, Ont tressés sur son front d'autres mains que les miennes :

Puisque souvent encor, sur le sable doré,

L'un après l'autre elle a lentement retiré

Jusqu'à son dernier voile, et qu'alors elle mire

Son beau corps, caressé par l'amoureux Zéphyre, —

Dans tes flots transparents, de ma Néobulé,

Ce beau cygne inconstant de mon toit envolé,

Dans tes flots pourmes yeux conserve au moins l'image,

Miroir de Blandusie, et que sous ton bocage

Je rencontre toujours, flattant à mon côté,

Le mensonge aussi bien que la réalité.

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