MADRIGAL
Vous en rirez, pour en faire sourire
Les gens à qui vous irez le conter ;
Mais je vous aime et j'aime à vous le dire.
Ne dussiez-vous pas même m'écouter.
De cet amour j'ignore l'origine;
Mon cœur plus tard doit peut-être en souffrir,
Mais ma blessure aimera son épine :
U est des maux qu'on a peur de guérir.
Pour quelques mots échangés à voix basse. Pour un instant auprès de vous passé Dans mon chemin j'ai retrouvé la place Où mes vingt ans autrefois m'ont laissé Jeunesse, amour, poésie, espérance, J'ai reconquis ce que j'avais perdu; C'est bien le moins qu'avec vous je dépense Tout le trésor que vous m'avez rendu.
18ÔD.
CHA^SOft
Bouche mignonne et lèvre rose,
A la chanson Toujours ouverte; voyez Rose Merte comme un gai pinson.
Pour en tresser une couronne, A pleines mains dans le blé mur
Rose moissonne A pleines mains les fleurs d azur.
Cheveux blonds flottant sous le voile
En longs anneaux, A l'heure où la première étoile Ramène le pâtre aux hameaux; Rose, dont le cœur bat plus vite, Dans les prés effeuille à son tour
La marguerite Qui dit les secrets de l'amour.
Beaux bluets qu'on tresse en couronne
Dans les beaux jours, Belles fleurs que le printemps donne Pour oracle aux premiers amours, Tout se fane bien vite, Rose :
Un jour tu n'auras à cueillir
De fleur éclose Que clans les champs du souvenir.
RENOVARE
Avez-vous oublié, Louise, Le coin fleuri du vieux jardin Où, certain soir, ma main s"est mise Pleine d'émoi dans votre main?
Nos lèvres cherchaient nos paroles, Nos genoux touchaient nos genoux; Nous étions assis sous les saules...
Dites, vous en souvenez-vous V
Avez-vous oublié, Marie,
L'échange de nos deux anneaux,
Les soleils d'or dans la prairie,
Le bois plein d'ombre et plein d'oiseaux,
La fontaine au bassin sonore,
Où nous avions nos rendez-vous?
De ces lieux, et d'autres encorei
Dites, vous en souvenez-vous?
Avez-vous oublié, Christine, Le boudoir rose et parfumé, L'humble chambre du ciel voisine, Les jours d'avril, les nuits de mai?
Ces claires nuits où les étoiles Semblaient vous dire : Ainsi que nous, Belle, laissez tomber vos voiles...
Dites, vous en souvenez-vous?
Louise est morte, hélas! Marie A la débauche tend la main; La pâle Christine est partie Refleurir au soleil romain.
Louise, Marie et Christine Pour moi sont mortes toutes trois ; Notre amour n'est qu'une ruine, Et seul j'y pense quelquefois.