LA CHANSON DE MUSETTE
Hier, en voyant une hirondelle
Qui nous ramenait ie printemps,
Je me suis rappelé la belle
Qui m'aima quand elle eut le temps.
Et pendant toute la journée,
Pensif, je suis resté devant
Le vieil almanach de Tannée
Où nous nous sommes aimés tant.
Non, ma jeunesse n'est pas morte, Il n'est pas mort ton souvenir; Et si tu frappais à ma porte, Mon cœur, Musette, irait Couvrir.
Puisqu'à ton nom toujours il tremble, Musb ùe l'infidélité, Reviens encor manger ensemble Le pain béni de la gaîté.
Les meubles de notre chambrette, Ces vieux amis de notre amour, Déjà prennent un air de fête Au seul espoir de ton retour.
Viens, tu reconnaîtras, ma chère, Tous ceux qu'en deuil mit ton départ, Le petit lit — et le grand verre Où tu buvais souvent ma part.
Tu remettras la robe blanche Dont tu te parais autrefois, Et comme autrefois, le dimanche, Nous irons courir dans les bois.
Assis le soir sous la tonnelle, Nous boirons encor ce vin clair Où ta chanson mouillait son aile Avant de s'envoler dans Tair.
Dieu, qui ne garde pas rancune
Aux méchants tours que tu m'as faits.
Ne refusera pas la lune
A nos baisers, sous les bosquets.
Tu retrouveras la nature
Toujours aussi belle, et toujours;
O ma charmante créature,
Prête à sourire à nos amours.
Musette qui s'est souvenue, Le carnaval étant fini , Un beau matin est revenue, Oiseau volage, à l'ancien nid; Mais en embrassant l'infidèle, Mon cœur n'a plus senti d'émoi,.
Et Musette, qui n'est plus elle, Disait que je n'étais plus moi.
Adieu, va-t'en, chère adorée, Bien morte avec l'amour dernier; Notre jeunesse est enterrée Au fond du vieux calendrier, Ce n'est plus qu'en fouillant la cendre Des beaux Jours qu'il a contenus, Qu'un souvenir pourra nous rendre La clef des paradis perdus.