HENRI, RONCEVAUX
RONCEVAUX (assis à droite, se verse du vin ct l'avale d'un trait).—Voici ce que t’écrit le colonel : ‘Mon cher Henri, nous sommes perdus !”
HENRI (se retournant, avec une surprise douloureuse).—Perdus !
RoncevaAux.—Le mot y est. Je continue :
‘ L'empereur a appris ton d‘harquement sur le ‘ territoire français. Des ordres ont été donnés ‘« à la préfecture de police pour des visites do- ‘ miciliaires. Un ami m'a prévenu que j'étais ‘ soupçonné de te donner asile, et l’on pourrait ‘ faire des perquisitions, dès demain, à ma
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‘ maison de campagne d'Orly. Renaud a reçu ‘€ mes ordres; il disposera tout, pendant que je ‘“ terminerai mon service aux Tuileries, et dès ‘6 que la nuit sera venue, il te conduira à un ‘endroit désigné où je t'attendrai.—
66 FLAVIGNAN.”
HENRI (@ lui-même, avec désespoir).-—Pourquoi compromettrais-je plus longtemps ce cher comte qui sacrifie sa sûreté à la mienne. (Æaut.) Ecoute, Georges ; l'heure que je prévoyais est arrivée ; personne désormais ne sera lié à mon destin. Tu triomphes !.. Demain tu n'auras plus de frère !.…
RoncEvaux.—-Bah !.. parlonsaffaires… (Apercevant un médaillon sur la table.) Qu'est-ce que cela ? (Le prenant.) Un médaillon de prix. (Z/ l’ouvre.) Ton portrait... Ceci aidera la police dans ses recherches. (// plie la lettre, l'enferme dans le médaillon et remet le tout dans sa poche. 1l boit.) Ce vin me tourbillonne dans le cerveau. (Se retuurnant vers Henri.) Oui, parlons affsires… Tu as fait un héritage inattendu ? une vieille parente éloignée, à ce qu’on m'a dit ?
HENRI.—Oui, un mois après que tu m'eus volé tout ce qui me restait de ma fortune.
RoNcEvAUX.—Tu as touché cent mille écus; c’est une somme.
HenRi.—Elle appartient à mes enfants.
RoncEvAUx.— Tes enfants? ah! oui, il y a l’autre, Lucien, je n’y pensais , lus. (Z/ boit.)
HENRI.—1Il y a aussi Robert que tu vas pervertir, Robert que tu fais passer par toutes les dégradations ; par qui tu me déshonores en le déshonorant !.…. Mon Robert!... Malheur à toi, Ronce-
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vaux ! La punition des grands criminels se fait quelquefois attendre, mais c'est pour éclater soudain, terrible et foudroyante !... (A part.) Ah! si je pouvais en être l'instrument! (Z/ passe au milieu du théâtre. Durant ce monologue, Roncevaux l'observe ae Mais non, je suis impuissant, cloué par la faiblesse, brisé par le malheur ; sans force et sans énergie. Je ne suis plus que l'ombre de moi-même, une ruine décrépite, à la veille de crouler. Tous ces coups cruels portés dans le plus profond de mon être, toutes ces épreuves ; mon dévouement pour l’empereur, méconnu, mon exil qui en est la récompense; les fatigues et les privations de tuutes sortes, la mort d’Hortense, l’enlèvement de mon fils, l’idée continuelle de sa dégradation ; toutes ces émotions, ces angoisses ont brisé mon mon corps et mon âme! Je sens quelquefois que mon cerveau se fond, mes idées fuient, mes souvenirs se perdent et le présent m'échappe !.… O douleur !... pauvre moil... Pourtant je sens encore de l’homme en moi, mais je n’ai plus de force. Je veux... et je ne puis! Je suis déjà vieillard, tandis que lui, le crime et la vengeance retrempent et augmentent sou énergie. Oh!
pourqui n’y a-t-il plus que de l’eau qui coule dans mes veines! (A Roncevaux.) Georges, prends pitié de ma misère, laisse-toi toucher par ma faiblesse, si ce n'est par ma douleur, et rends-moi Robert en échange duquel je suis prêt à te donner la moitié de ce que je possède.
RoNcEvAUXx.—La moitié ! et que donneras-tu pour garder l’autre ?
HENRI.—Que veux-tu dire ?
Roncevaux. — Comment! tu l'aurais pour
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