‹ Les nuits de la Seine [microforme]Chapitre 56 sur 87 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

ROMANY, LUCIEN.

Romany (contemplant le médaillon). — Mon père !... voilà donc ses traits. .

LucIEN (sans voir Romany).—Flavignan ! mon second père, déshonoré, perdu.

RomaNY.—Flavignan !... par lui, mon père.

assassiné !.….

Lucien.— 11 protégea mon berceau, moi je creuse sa tombe !

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ROMANY.—Il m'a fait orphelin, et hier il m’a chassé ! (Se retournant vers le cabinet où a disparu Macreuse.) Oh ! cet homme ! oui, oui, il faut lui obéir encore! (// s'approche de Lucien.) Lucien !

LUCIEN (se retournant).—Romany !

ROMANY.—J’étais là, je sais tout... je viens de tout entendre.

LucIEN (avec effroi).—Tout, dis-tu ?

RomAnNy.—J’étais seul !.…

LuCIEN.—Alors tu sais ce qui me reste à faire,

RoMany.—Je viens te sauver.

LUCIEN. — Toi!... insensé !... (Montrant le flambeau qui est sur la table.) Tiens, regarde cette bougie ; avant qu'elle soit consommée, je scai mort.

Romany.—Mourir ! allons donc... La mort ne serait qu'une lâcheté de plus, ce serait la fuite après le crime.

LUCIEN (se levant et passant à gauche). — Non, non, l’aveu d’abord, et le châtiment après. Je dirai tout ; je révèlerai tout ; car enfin, j'ai écrit cette quittance à l’insu de Flavignan,.. la France le saura, et.

Romany.—Un scandale! Prends-y garde ! Le scandale est comme le feu, ce qu’il ne devore pas, il le noircit.

LUCIEN.—Quoi ! tu prétends que je ne puis rien réparer, pas même en me dévouant à la mort !

RoMaANy.—Il faut vivre, et tu peux tout sauver. Avant que cette bougie ait expiré je serai mort, disais-tu. (// la dd et prend ce qui reste de la bougie.) Æh bien, la voilà éteinte, et ce 9 it pas la mort qu’elle t'apporte,.. c’est le salut,

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LucIEN.—Que veux-tu dire ?

Romany.—Tu sais où est cette quittance ?.…

LuciEn.—Oui, oui, je le sais !

Romany.—Eh bien ! cette cire entre tes mains peut devenir obéissante.

LuCIEN.—Qu’entends-je ?

Romany.—Pure et malléable, elle peut prendre des empreintes et t'assurer ces portes, ces serrures qu’il te faut vaincre, avant que Bouvard, en les ouvrant, n’en fasse sortir le déshonneur et la honte!

LUCIEN. — Jamais! jamais! (77 se recule de Romany et le regarde.) Ah ! maïs, je comprends, que toi, tu puisses me donner ce conseil infâme ; mon père me l’a révélé... je sais qui tu es.

Romany.—Non, on ne sait pas qui je suis.

mais sois tranquille, on le saura bientôt.

LuciEN.—Romany ! !

Romany.—Mais toi, pauvre dupe, toi que Bouvard a perdu, laisse-toi doncsauver par Romany, l’homme sans nom, par Romany, l’aventurier, et qui sait peut-être si on ne dira pas par Romany le voleur!

Lucren.—Mais c’est un crime ! c’est un crime |

Romany.—Eh ! non, c’est la guerre ! c’est une conspiration que tu déjoues. Après tout, tu ne fais que reprendre ce qu'on t'a lâchement dérobé, ce n'est donc pas un crime. C’est Flavignan que tu sauves |

LucIEN.—Romany !

Romany.—Tu es entre cela et l’infamie...

entre cela et la mort de Flavignan, car il n’y survivra pas.

Lucien.- Ah! il dit vrai! Ô mon Dieu, pardonnez-moi (Romany lui donne la cire et le

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