Les nuits de Paris
Paris le jour. — Réveil de Paris. — Pauvre Marie ! Sa grandeur et sa décadence. - Économie du grand drame parisien. — Les trois feux d'arti- FiCE. — Les hauteurs de Montmartre, — La famille du garde national.
— Les trois génies. — Plan de Paris nocturne. — Paris oriental. — Le faubourg Saint-Antoine. — Mazaiin et la Grande Mademoiselle. — La place Royale. — Le Marais. — La Cité. — La rue Quincampoix. — Histoire du chevalier de Saulcy-Lagaronnayset de la belle Baradère.
— Les agioteurs. — Les escrocs. — Lamalgue et Moutan. — Paris occidental. — Le temple de la Gloire. — Saint-Eustache. — Histoire de Pierre Dominé, le bedeau, et de maître Antoine Bidault, procureur au Chatelet.
— Un beau coup de mousquet. — La place de la Concorde et les Champs- Elysées. — La Croix-Mansard. — Histoire de François Delapalme, MAITRE en fait d'armes. — Cinq beaux coups d'épée. — Une tradition celtique. — Dangers d'une forêt future. — Paris noyé.
Paris la nuit ! C'est là le grand drame, le roman sans fin, l'histoire mystérieuse que les vieux monuments racontent tout bas dans l'ombre ; c'est l'immense imbroglio de cette comérlie amoureuse, gracieuse, terrible, ardente, de cette farce grotesque, de cette tragédie pleine de sang, qui se jouent : la comédie, sous les girandoles, toute gaie, avec le sourire alerte et la
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gaillarae répartie, — la farce, aux lueurs de la chandelle ignoble, — la tragédie près de la rampe triste ou sous la flamme vacillante des réverbères.
Des épées, des poignards, le lâche couteau des bandits, — du velours, du satin, les diamants qui jettent leurs feux mystiques en gerbes dans les ténèbres, — la gaze aimée sur le sein pur des jeunes filles, — la dentelle jolie et perfide qui sert de masque,— le bal qui chante derrière les vitres éclairées, — l'ivresse qui hurle, la faim qui pleure.
L'amour heureux qui se cache et qui se tait.
Là-bas, à l'abri de ces rideaux jaunâtres, parmi l'odeur détestée de la pipe, des haillons et du vin empoisonné, des misérables se disputant avec des cartes sales, sur une table graisseuse, les quelques sous volés dans la journée.
Ici, M. le marquis d'Athènes, gentilhomme grec, opérant avec des cartes toutes neuves sur un tapis brossé parfaitement, se servant de fiches de nacre et de jetons d'or, mais volant plus impudemment que les pauvres diables, volant les dandys idiots, les prêtresses de Cupidon-négociant, les seigneurs à cravache, les duchesses à cigare, ce qui est œuvre pie, — mais volant aussi cette petite bête vicieuse qui est dans toutes les familles, qui ouvre un soir le pauvre secrétaire, et va jouer, et va perdre l'honneur de son père ou la vie de sa mère.
Car les philosophes l'ont dit, ainsi que les chansonniers entre deux vins : Il faut bien que jeunesse se passe !
Et comme jeunesse trouve à se 'passer dans ce beau Paris! que ce soit sur les tapis moelleux des fiers salons ou dans la fange honteuse de la rue !
Jeunesse se passe, au gré des philosophes et des chansonniers. Les hôpitaux regorgent ; les prisons débordent ; la Morgue fait recette. Il faut que jeunesse se passe.
Jeunesse passée, selon le rit philosophique ou suivant le dogme
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de la chanson (Et gai, gai, gai ! ), on va un peu au bagne, beaucoup à l'Hùtel-Dieu.
Mais de quoi se plaint-on?
N'a-t-on pas bu? n'a-t-on pas ri?
Allons, belle jeunesse des goguettes parisiennes, lions crottés du Prado, nymphes enrhumées de la Grande-Chartreuse et de la Chaumière, courez chercher quelque vieux troubadour ayant rimé toute sa vie treille et bouteille, cueillez les roses fanées du Mont- Parnasse, prenez le buis de quelque cabaret, et du tout tressez une couronne pour le front de cet Orphée bourgeois qui regrette son bonnet de coton !
Dansez, jeunesse aimable! Sablez le nectar frelaté ! Dévorez le gibier domestique !
Faites l'amour plus frelaté que le vin !
Jeunesse se passera. Vous deviendrez portière si vous avez été grisette ; vous deviendrez professeur, magistrat, médecin, si vous avez su porter le pantalon à carreaux et la casquette crâne.
Et vous aurez gardé assez d'intelligence, allez, pour être magistrat, professeur ou portière.
Paris dort le jour.
Si Paris ne dort pas, il fait des affaires.
Le jour, Paris court, les mains dans ses poches, boutonné dans son paletot, serré dans son cachemire.
Le jour, Paris est tout pâle, tout fatigué, tout passé.
Il ressemble à ces vieilles coquettes que les novices et les provinciaux vont surprendre avant qu'elles aient eu le temps de mettre leur rouge.
Le jour, Paris est à son bureau ou à son comptoir, ou bien Paris est à sa toilette.