A MADAME L.... L
Chère madame.
Voulez-vous me permettre de dédier ce livre à la femme ahnable et spirituelle et à l'amie qu'on trouve toujours.
Votre dévoué
rONSON DU TËRRAIL.
INTRODUCTION
Il y a quelques mois de cela.
Accoudé tristement à la fenêtre de la petite maison que j’habite dans l’avenue Frochot,' tout en haut de la colline blanche que l’on appelle la butte Saint-Georges, et plus ordinairement encore le quartier Breda, je contemplais mélancoliquement cette ville joyeuse dé notre jeunesse que tous ceux que j’avais connus et aimés ont désertée un à un.
J’étais maussade et triste, et j’avais, le matin, entendu sonner ma trente-quatrième année.
Où étaient-ils tous ceux qui avaient rêvé, les
4 IBTRODDnTION.
uns la renommée, les autres la fortune, et tous,
l’amour?
Où étaient-elles, ces bonnes compagnes de nos vingt ans dont le rire retentissait dans nos mansardes et dans nos ateliers?
Celui-ci était devenu célèbre, — celle-là s’en allait au bois dans un huit-ressorts. Cette autre était applaudie chaque soir au Gymnase ou au Palais-Royal...
Et comme je songeais au passé, on m’apporta une lettre que je transcris ici et qui sera la meilleure préface qu’on puisse faire à ce livre qui n’est pas un roman et dont je ne suis pour ainsi dire que l’éditeur :
« Mon cher ami,
«C’est une recluse qui t’écrit, une exilée du ' monde, réfugiée dans un nid de verdure, à cent lieues de notre Paris, où je ne retournerai peutêtre jamais.
« Car Juliette est morte, mon bon ami; elle est morte la soubrette piquante à l’œil effronté, morte la coquette pour qui on a fait tant de folies; morte la Dorine du théâtre français de Saint-Pétei'sbourg.
« Je crois même que son cœur a été enterré au
INTRODUCTION
Caucase, le lendemain d’un combat meurtrier, avec la dépouille d’un général de trente-six ans.
« Mais, chut! ceci est un secret qui n’est plus à moi seule, et j’estime que le plus sacré de tous est celui qu’on partage avec une tombe.
« Juliette est donc morte, le mois dernier, comme poussaient les dernières feuilles et s’épanouissaient les premières roses.
« Elle avait juste, ce jour-là, trente-quatre ans, et plus rien dans le cœur, si ce n’est un souvenir.
« Que veux-tu que devienne une femme de cet âge qui n’ose plus aimer, et qui, peut-être, ne le pourrait plus?
«Rentrer au tliéàtrc? m’exposer, après deux années passées à l’étranger, aux coups de plume de quelque petit journaliste qui me trouvera engraissée?
« Et puis, rire quand on a pleuré et qu’on pleure encore... ne faut-il pas y être contraint?
« J’ai de quoi vivre, mon ami, et j’ai besoin de repo.s. En arrivant à Paris, je suis allée chez Trichon, mon vieux notaire, qui me tripote mes fonds à sa guise, et je lui ai, le poing sur la hanche, tenu ce discours ;
« INTRüHUCilO'N.
« — Je veux quitter Paris, vivre à la campagne/ habiter une maison entourée d’arbres, adossée à un coteau, dominant une prairie, se mirant dans une rivière, et je veux, en outre, des vaches, des poules, des moulons, des clievaux, toutes sortes d’animaux enfin.
«Trichon m’a écoulée en souriant.
« — Habituellement, m’a-l-il dit, quand on veut une maison semblable, on la fait bâtir et on commande le site où on 1a placera, au Père éternel, qui est un assez bon paysagiste. Cependant, rassurezvous, ma chère enfant, je crois que j’ai quelque chose comme ça dans ma clientèle.
« — A vendre?
« — Naturellement. C’est un peu loin, par exemple... en Berry. Cela vaut cent mille francs avec la ferme. 11 y a un chemin de fer à huit lieues.
« Trichon, malgré sa tête pelée et sa barbe grise, est toujours le notaire galant et bel esprit que nous avons connu. Il ne s’est jamais refusé le plaisir de dire une impertinence. Aussi, comme sa proposition me convenait fort, il m’a regardée d’un air malin et m’a dit :
« — Quel est donc le petit jeune homme que tu vas enterrer là pendant... six mois?
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« Je lui ai jeté mon éventail au nez, et l’ai prié fie m’acquérir la maison en question.
« Huit jours après, j’étais ici.
« Triclion n’avait rien exagéré et mon rêve était réalisé.
«J’ai une maison charmante, mon ami; la fameuse maison blanche aux volets verts de tous les romans, — avec des arbres de cent ans et de vieilles grilles seigneuriales, et une prairie d’une' lieue, et, pour tout voisinage, un hameau qui se nomme Saint-Firmin et dont j’aperçois, là-bas, dans le vallon, le clocher pointu comme une aiguille.
« On m’a dit qu’il y avait à six lieues d'ici une ville assez grande, peuplée de bourgeois hérissés de pruderie, et dont l’unique occupation consiste à s’occuper de la pluie et du beau temps, de la ruine des uns et de la fortune des autres.
« Je n’y suis point allée encore et n’en éprouve nullement le besoin.
« On m’appelle ici madame Valneuve, du nom de mon père, que je n’ai jamais porté au théâtre.
« Le notaire et le curé me croient veuve, bien que je ne l’aie pas dit.
« Quand je suis arrivée, j’étais en demi-deuil;
INTRODUCTION
j’achevais de porter celui de mon vieil oncle qui m’a laissé quelque chose.
« Jusqu’à présent, on ne s'est pas beaucoup occupé de moi, du moins de ce côté-ci du vallon, — car...
« Car, mon cher ami, toute médaille a son revers, toute oasis avoisine le désert, et l’Arabie Pétrée louche à l’Arabie Heureuse.
« Tu vas en juger.
« Ma maison est donc à mi-côte ; plus haut la colline se couvre d’une fouillis de vignes; au-dessus encore s’élèvent de grands bois qui semblent fermer l’horizon.
« A première vue, ce sont là mes colonnes d'Uereule. Il n’en est rien cependant. Un jour il m’a pris fantaisie de gravir le coteau, d’arriver au.x grands bois et de les traverser, et, tout aussitôt, comme Moïse découvrant la Judée du haut d’une montagne, j’ai vu se dérouler devant mol, au nord, un vaste horizon qui ressemble à la terre promise à peu près comme la rue aux Ours ressemble au boulevard des Italiens.
« Plaines arides, sablonneuses, semées de pins rabougris, coupées de cours d’eau morbide, d’étangs fiévreux, mouchetées çà et là d’une maison
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en briques rouges qui prend le nom pompeux de château, — telle est la jolie contrée qui m’avoisine.
« Cela s’appelle la petite Sologne, — la pouilleuse, comme ils disent en Berry. Eh bien! mon ami, dans ce joli pays déshérité de Dieu et des hommes, il se trouve force propriétaires campagnards, demi-hobereaux, demi-manants, dont la langue acérée s’est déjà beaucoup occupée de moi.
« Pour les uns je suis veuve, pour d’autres je vis séparée de mou mari.
« Une grosse femme assez commune, qui a beaucoup d’argent, un mari maigre et des enfants gras, prétend que j’ai eu une conduite scandaleuse à Rouen. Pourquoi Rouen?
« Au château de la Revessière, — voilà un nom qui sonne bien ! — une nichée de gentillâtres, le père et les cinq fils, a jeté ses vües sur moi. Je suis bien encore, paraît-il ; je suis à mon aise, on me croit riche. Voilà une occasion sérieuse de consolider un peu le manoir qui tombe en ruines.
« Donc, on s’occupe de moi un peu partout.
« Mais je me retire derrière mes grands aii}res, et je me figure qu’on a baissé le rideau sur une mauvaise pièce.
INTRODUCTION
« Je le vois et t’entends, d’ici, t’écrier :
« — Ail çà! mais lii dois t’ennuyer horriblement là bas’?
« Non, mon bon ami, je ne pleure plus, je ne ris pas encore; mais je suis à peu près heureuse. Me voilà presque fermière et à l’abri de Paris.
a Car, vois-tu, quand je suis revenue de Péfersbourg, “Paris m'a épouvantée.
« G’élail le tourbillon, le gouffre qui allait m’attirer de nouveau.
« On ne renonce ni au théâtre ni à l’amour sans de grands déchirements, — le théâtre, cette nourriture de l’orgueil féminin, — l’amour, ce pain du cœur. Il faut s’en aller bien loin, comme j’ai fait, se condamner à ne plus lire un journal, fermer sa porte à tout homme qui n’a pas un faux toupet et des mollets de son.
« J’ai souffert, mais est-ce à dire que je ne souffrirais plus encore? J’ai fait un serment, mais aurais-je eu la force de le tenir à Paris?
« Et puis, si parfait que soit un mort, peut-il rivaliser avec les imperfections d’un vivant ?
« Cependant j’ai failli rester...
« Ah ! nos souvenirs de jeunesse qui nous re prennent un jour à la gorge, qu’en dis-tu?
INTHOniiCTION.
« El il faut bien que je le dise une Iiisloirc que peul-êtré tu sais mieux que moi, pour l’expliquer mon hésitation. Cettehistoire c’est celle d’un homme que nous appellerons Gérard, si tu veux, cl d’une femme nommée Juliette.
a Or donc, mon ami, laisse-moi te raconter cela comme un roman.
H Ce fut un soir d’hiver que Gérard rencontra Juliette, pour la première fois, — lui inconnu encore, — elle dans toute la splendeur de sa jeunesse, de son talent et de sa beauté.
a Las de valser, ils s’étaient réfugiés dans un petit salon déserté par les joueurs de whist.
« Gérard était à genoux; il tenait dans ses mains les deux mains de Juliette et lui murmurait la première strophe de cette chanson de l’amour, éternellement jeune et mélodieuse et qui sera toujours la même.
« Elle réooufait, inclinant sa tête intelligente et coquette, souriant pour lui montrer ses dents éblouissantes à travers scs lèvres moqueuses.
« Puis, tout à coup, le sourire s’effaça, le regard étincelant de malice devint rêveur; la voix railleuse eut un timbre plus doux.
« — Vous avez vingt ans, lui dit-elle, et je n’en ai
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que vingt-deux. Vous ne savez rien de la vie, et ce que j’en sais, moi, je ne pourrais vous l’apprendre. Peut-être ai-je souffert un peu, mais si peu... vous n’avez pas souffert, vous, et le livre de l’amour, ce livre dont vous me parlez, ne s’est point encore ouvert sous vos yeux.
« Si vous m’aimiez, votre amour durerait-il ? Si je vous aimais, serais-je constante?
« Non, car voyez-vous, mon ami, l'amour viai, l’amour unique, celui qui monte du cœur au cerveau, au lieu de descendre de la tête au cœur, attend pour naître que la douleur ait mûri l’âme. j
« Alors seulement, mon ami, on est indulgent ; on croit, on espère, on pardonne.
a Nous sommes deux enfants, aujourd’hui ; vous,
rêvant la renommée; moi, enivrée de mes triomphes et n’ayant point encore la force de les supporter.
« Nous serions malheureux tous deux, vous me faisant expier parfois votre obscurité, moi vous accablant de ma jeune réputation... attendons... qui sait ?
« Et le bruit d’une valse interrompit Juliette, et on vint la chercher, et Gérard soupira...
« Peut-être, en sortant de ce boudoir où l’adolescent lui avait timidement elTleuré les doigts de scs
INThODüCTION
lèvres, toujua-l-cllc la têlc pour le revoir encore... Mais le iourbillon renlraiiio, la nuil finit, le jour vint, et cet incendie que Juliette avait allumé dans la tête enthousiaste t’e Gérard s’éteignit avec trois gouttes de pluie, c’est-à-dire en moins de huit jours.
« Juliette avait eu raison, — il n’avuit pas souffert encore.
« Mais à six années de là ils se retrouvèrent, elle plus belle encore, et lui fatigué mais non lassé d'un labeur qui avait porté ses fruits.
« Et ici commence une autre histoire qu’on ne saurait dire en quelques lignes.
« Une histoire vraie, un drame intime et l'éel, mêlé de rires et de larmes, de joies délirantes et de cruels sacrifices, l’histoire d’une vie de deux années dont le souvenir la reprit et qui fit retentir tout à coup dans son cœur où veillait un mort le nom d’un vivant.
« Juliette songea à Gérard.
' « Où était-il?
« Pendant une heure elle courut comme une folle, de rue en rue, dans ce pays Breda, où Gérard avait demeuré ; depuis les hauteurs delà rue des Martyrs jusqu’à la rue Sainl-Lazove.
INTRODUCTION
« Elle passa devant celle maison où ils s'élaieiil quiltés, un malin, le cœur brisé, mais fermes et dignes comme il convient de l’être à la dernière heure...
« Ah! si elle l’avait rencontré...
« Tout à coup, à l’angle de la rue Taitboul, Ju- • licite SC trouva face à face avec Clémence Vernier, qui sortait de chez Marguerite Berlin, et qui lui sauta au cou.
« En dix minutes Clémence eut raconté à Juliette toute son exisfcnce depuis quatre années ; mais Juliette ne comprit, n’entendit qu’une chose, c’est que Clémence avait été la dernière maîtresse de Gérard, et que Gérard était marié.
a Et Juliette se sauva chez Trichon le notaire et huit jours après elle était ici, où je viens de prendre la plume pour t’écrire. Je ne te dirai pas que j’ai pris mon parti en brave, mais je suis plus calme et presque heureuse, et je vais te conter l’existence que je mène.
« Je me lève de bonne heure et tout aussitôt me voilà dehors, à travers champs et prairies, entourée de trois ou quatre amours de petits chiens qui gambadent autour de moi.
« Mon cocher, un mougik du nom de Wassili que
INTUODI'CTIUN.
j’ai amené de Russie, me dresse un pelil cheval du pays que je monterai dans huit jours et qui est vif comme un vaudeville de Duvert et I^uzannc.
« J’ai emporté des livres, de la musique, et une grosse main de papier blanc. Sais-tu pourquoi? Je deviens bas-bleu sur le tard, je veux écrire celle histoire dont je te parlais tout à l’heure, l’histoire de notre jeunesse et de nos amours, de nos joies et t e nos misères, à nous tous et nous toutes qui nous réunissions, les soirs d’été, dans le jardinet de Gérard, rue de Laval, tout en haut du quartier Breda.
« Et si, par aventure, tu apprenais quelque jour que Gérard n’est pas complètement heureux, dislui donc que je ne liens pas, comme certains vaudevillistes, à travailler seule, qu’il sera de^ la pièce s’il lui plaît de venir en Berry se souvenir un peu du temps passé, et qu’il pourra mettre son nom sur l’affiche à côté de celui de ta vieille camarade,
« JüUETTE. »
nu
QÜAHTIER BREDA
LES THÉORIES CASPASIE
Aspusic (lonnail un bal.
Pour dire la vraie vérité, Aspasie s’appelait Marguerite.
Mais il serait convenable avant tout de prendre un Juste milieu entre les bourgeois féroces qui veulent que chaque lorette soit la fille d’un portier, et le gandin naïf qui les croit issues des Montmorency par les femmes.
Donc il luui vous dire la provenance de Marguerite qui se nommait Aspasie.
Aspasie était la fille d’un petit employé qui avait fait des miracles, avec ses dix-huit cents francs pour élever sa famille.
Il avait fait un sous-lieutenant de son fils, il voulait que sa fille entrât dans un pensionnat.
Et comme Marguerite, à dix-sept ans, était gentille, spirituelle et gaie, elle avait jeté son bonnet par-dessus le chapeau d’un joli garçon, en guise de moulin.
Ce joli garçon était un acteur.
Marguerite était entrée au théâtre ; de dix-huit à vingt-six ans, son existence avait été celle de toutes les femmes qui adoptent la carrière dramatique comme un moyen et non comme une profes.sion.
Elle avait flotté constamment entre douze cents francs et deux mille d’appointement, entre un sixième d’agent de change et un bon commerçant , rangé, entre un mobilier non payé et toujours saisi et la perspective d’un coupon de rente constamment promis à la veille d’une rupture.
Elle n’avait jamais pu faire beaucoup de dettes, elle n’avait jamais aimé ni ruiné personne.
On disait d’elle, au pays de l’amour en comman-
DU QUARTIRR DREDA. 19
dite : Marguerite est une carroteuse, elle fait tout en petit.
Pourtant elle avait de l’esprit ; au théâtre elle n’était pas mauvaise ; elle était jolie, elle avait même d’adorables cheveux blonds sur la limite extrême qui sépare celte nuance du rouge.
Mais en tout cela rien d’excentrique, de tapageur, de voyant.
— Tu ne sais pas ce qui plaît aux hommes, lui (lisait un jouijun joli bébé de quarante-trois ans pour qui un adolescent se ruinait.
Avec cela des locades de fidélité tous les six m^ois, et l’amour delà famille.
Car il faut bien l’avouer, les pères qui maudissent leurs filles sont de rares exceptions, et les mères qui ne les accompagnent pas dans leur nouvelle existence, confirment la règle.
Le père de Marguerite était à la retraite; en le renvoyant de son ministère avec huit cents francs de pension, on lui avait donné la croix.
Marguerite lui payait son loyer, lui faisait des chemis^ et des bas, et lui donnait à dîner trois fois paÆemaine.
Le bonhomme aimait les bons cigares, il ne se faisait pas trop prier pour en accepter.
'Wi-
a« LES NUITS
Quelquefois, si Marguerite était gênée, il appor* tait son trimestre dans la maison.
Lorsque Marguerite voulait apaiser un créancier, elle lui envoyait son père.
Un homme décoré, ça faisait toujours son petit effet.
Et Marguerite était arrivée ainsi jusqu’à vingtsix ans, sans position bien sérieuse dans le monde, sans épargnes pour l’avenir, et sans trop d’arriéré pour le passé.
On dit que la fortune frappe, une fois en notre vie, à la porte de chacun.
L’heure de Marguerite n’était point venue.
— Ma petite, lui dit un jour une de ses amies, regarde-moi. Je ne suis pas jeune, je ne suis ni belle ni laide, l’esprit que l’on m'accorde est une mosaïque faite avec les mots de tout le monde, et je n’aimerais pas qu’on pénétrât de trop bonne heure dans mon cabinet de toilette.
Eh bien! j’ai trente mille livres de rente, deux chevaux et trois domestiques. Le petit baron Benjamin se ruine pour moi, et je le laisse failc. A ton âge j’étais comme toi. Il faut prendre un parti, il faut te lancer.
DU QUAHTIEn nilEDA.
— Jft le voudrais bien, répondit Marguerite, mais comment?
— Ma chère, reprit la vieille hétaïre, souvienstoi que les hohimes de notre temps demandent à une femme tout ce qui n’est pas de la vertu. Sois bonne fille, économe, rangée, adopte un garçon qui gaspille sa fortune, fais-lui payer ses dettes, vis en pot au feu avec lui ; et tu peux être certaine qu’il te quittera pour se marier avec quelque laideron de province. Ruine-le, au contraire, laissele se brûler la cervelle, au besoin, et le lendemain il te pleuvra des déclarations et tu verras arriver à la file dix millionnaires armés de lingots.
— Mais, dit naïvement Marguerite, pour ruiner un homme, encore faut-il qu’il ait de l’argent ! et où le trouver?
— Nous le trouverons.
— Où cela? demanda Marguerite.
— A Bade, nous partons ce soir.
— Mais je n’ai pas le sou.
— Je le prêterai cinq mille francs.
— Mais je ne puis pas quitter Adolphe comme ça...
— Pars sans lui rien dire, il se consolera comme il pourra.