DE GRAY
ils suivirent sans bruit la route qui leur était tracée dans le vallon de la vie.
Voici un monument grossier qui semble
garantir ce tombeau de l'oubli Quelques
vers à peine gravés sur la pierre demandent au voyageur le tribut de ses larmes.
Hélas ! qui résigna jamais sans regrets cette inquiète et flatteuse existence? qui s'exposa volontairement à devenir la proie du silence et de l'oubli ? comment abandonner la brillante enceinte du jour, sans jeter en arrière un regard long et douloureux !
L'âme en quittant cette vie, jouit encore des regrets d'un cœur désolé ; les yeux en se fermant demandent quelques pleurs à la sensibilité; du fond des tombeaux la voix de la nature se fait encore entendre; nos cendres mêmes brûlent des feux qui les ont animées.
Et toi, qui, pour venger la mémoire de ces cendres négligées , les fais revivre dans tes vers, si par aventure un cœur sensible, ami de la contemplation , veut savoir ta destinée , sans doute un bon villageois, aux cheveux blanchis par les ans, s'empressera de lui répondre : Souvent nous l'avons vu dès le point du jour, traversant la prairie humide, marcher
vers ce coteau fleuri pour assister au lever du soleil.
Ali bout de ce vallon , assis sous un vieux chéné, il aimait à rêver dans la chaleur du jour, les yeux fixés sur le ruisseau qui fuit en murmurant.
Le soir, avant de regagner sa demeure, il errait au hasard dans les détours du bois , souriant avec amertume et prononçant des mots entrecoupés comme un malheureux délaissé de la nature entière , ou tourmenté d'un amour sans espoir.
Mais un matin il ne vint pas sur le coteau , le long du bois, ni sous son arbre chéri. Un autre jour parut , je le cherchai en vain dans le vallon près du ruisseau, je ne le trouvai pas.
Bientôt des chants funèbres m'apprirent qu'il n'était plus , et je le vis porter lentement vers ces lieux ! Approchez et lisez ces mots gravés sur la pierre qui le couvre.