LA RÉCOLTE DU HOUBLON
M. Bastian goes with his laborers to the hop-fields. While overseeing the picking of the hops, he hears the voice of Ulrich Biehler from the forest above. He mounts to where his friend is, and Ulrich pleads his nephew's cause, but to no purpose, for M. Bastian can not endure the 5 thought that his daughter should marry a man whose father is a member of the German Parliament, and whose sister is the wife of a German officer. The remainder of the chapter describes the visit of Prefect Kassewitz.
Toute la maison était déjà prévenue. Lucienne et 10 madame Oberlé se tenaient assises près de la cheminée. Elles ne se disaient rien. L'industriel, qui, depuis une demi-heure, était revenu de son bureau, observait, les deux bras écartés derrière les vitres de la fenêtre, le landau qui s'avançait en contournant la pelouse. 15
Le programme s'exécutait selon les plans combinés par lui. Le personnage officiel qui venait de pénétrer dans le domaine apportait à M. Oberlé l'assurance de la faveur allemande. Une seconde, dans une bouffée d'orgueil qui le fit tressaillir, celui-ci aperçut, 20 en imagination, le palais du Reichstag. . . .
— Monique, dit-il en se retournant, essoufflé comme après une grande course, est-ce que votre fils est enfin rentré ?
Devant lui, mince dans le fauteuil jaune, auprès de 25
I3 6 LES OBERLÉ
la cheminée, madame Oberlé répondit, tous les traits tendus par Pémotion :
— Il y sera, puisqu'il Ta promis.
— Le fait le plus certain est qu'il n'y est pas. Et 5 le comte de Kassewitz arrive. ... Et Victor ? je suppose qu'il est sur le perron pour annoncer comme je l'ai recommandé ?
— Je le suppose.
M. Joseph Oberlé, furieux de la contrainte que
10 s'imposait sa femme, de la désapprobation qu'il rencontrait jusque dans cette soumission, traversa l'appartement, tira avec violence le cordon de la vieille sonnette, et, entr'ouvrant la porte qui donnait sur le vestibule, constata que Victor n'était pas à son poste.
15 II dut se retirer, car le bruit des pas montant le perron se mêlait aux derniers tintements de la sonnette.
M. Joseph Oberlé se plaça près de la cheminée, face à la porte, près de sa femme. Les pas écrasaient
20 le sable sur le granit du perron.
Quelqu'un était venu cependant à l'appel de la sonnette. La porte fut poussée, l'instant d'après, et le ménage des Oberlé aperçut en même temps la vieille cuisinière Salomé, blanche comme la cire, les
25 dents serrées, qui ouvrait la porte sans mot dire, et M. de Kassewitz qui la frôlait et entrait.
Ce personnage, très grand, très large d'épaules, était sanglé dans une redingote. Son visage était composé de deux éléments disparates: un front bombé,
30 des pommettes rondes, un nez rond, puis, faisant
saillie, hérissant la peau, soudés en mèches dures, les sourcils, les moustaches, la barbiche courte pointaient en avant et en Pair. Cette figure de reître, faite de flèches et de rondaches, s'animait de deux yeux perçants, vivants, qui devaient être bleus, car le poil S était jaune, mais qui ne sortaient point de Pombre, à cause des sourcils débordants, et de l'habitude qu'avait Phomme de plisser les paupières. Ses cheveux, rares sur les tempes, étaient ramenés en coup de vent de Pocciput jusqu'au-dessus des oreilles. 10 [ K ^
M. Joseph Oberlé s'avança, et dit, en allemand :
— Monsieur le Préfet, nous sommes très honorés de votre visite. . . . Avoir pris cette peine vraiment. . . .
Le fonctionnaire saisit et serra la main que tendait M. Oberlé. Mais il ne le regarda pas, et ne s'arrêta 15 pas. Sur le tapis de haute laine du salon, ses pas continuèrent de sonner lourdement. Il fixait, au coin de la cheminée, la mince apparition en deuil. Et, colossal, il salua, par des mouvements répétés de tout le buste raidi. 20
— Monsieur le comte de Kassewitz, dit M. Oberlé, — car le préfet n'avait jamais été présenté à la maîtresse de la maison.
Celle-ci fit une légère inclination de la nuque, et ne répondit rien. M. de Kassewitz se redressa, attendit 25 une seconde; puis, prenant son parti et affectant une bonne humeur qu'il n'éprouvait peut-être pas, salua Lucienne qui avait rougi, et qui souriait.
— Je me rappelle avoir vu mademoiselle chez Son Excellence le statthalter, répondit-il. Et, vraiment, 30
I3 8 LES OBERLÉ
Strasbourg est à quelque distance d'Alsheim. Mais je suis d'avis qu'il y a des merveilles qui valent le voyage, encore mieux que les ruines des Vosges, monsieur Oberlé. . . .
S II eut un rire de satisfaction, et s'assit sur le canapé, faisant face à la cheminée. Puis, s'adressant à l'industriel, qui avait pris place à côté de lui, il demanda :
— Est-ce que monsieur votre fils est absent ?
10 M. Oberlé, anxieux, écoutait depuis une minute. Il put répondre :
— Le voici, monsieur le préfet.
En effet, le jeune homme entrait. La première personne qu'il aperçut, ce fut sa mère. Cela le fit
i5 hésiter. Ses yeux jeunes, impressionnables, eurent un clignement nerveux, comme s'ils étaient blessés. Rapidement, il se détourna vers le canapé, serra la main que tendait le visiteur, et, grave, avec moins d'embarras que son père, et plus de sang-froid, dit en
20 français :
— Je reviens de faire une promenade, monsieur le préfet. J'ai dû courir pour ne pas être en retard, car j'avais promis à mon père d'être là quand vous viendriez.
25 — Trop aimable, dit en riant le fonctionnaire. Nous parlions allemand avec monsieur votre père; mais je puis soutenir une conversation dans une autre langue que notre langue nationale.
Il continua, en français, appuyant sur les pre-
30 mières syllabes des mots :
— J'ai admiré, monsieur Oberlé, votre parc, et même tout ce petit pays d'Alsheim. C'est fort joli. . . Vous êtes entourés, je crois d'une population assez réfractaire, et à peu près invisible, en tout cas, car, tout à l'heure, en traversant le village, c'est à S peine si j'ai aperçu âme qui vive?
— Ils sont aux champs, dit madame Oberlé.
— Quel est donc le maire?
— M. Bastian.
— Oui, je me souviens, une famille, paraît-il, tout à 10 fait arriérée. . .
Il interrogeait du regard, portant, d'un mouvement rapide, militaire, sa lourde tête du côté des deux femmes et de Jean. Trois réponses lui vinrent à la fois. i5
— Arriérés, dit Lucienne, ils le sont, mais braves gens.
— Ce sont simplement d'anciennes gens, dit madame Oberlé.
Jean dit : 20
— Surtout très dignes.
— Oui, je sais ce que cela veut dire. . .
Le préfet fit un geste évasif.
— Enfin. . . pourvu qu'on aille droit! . . .
Le père sauva la situation. 25
— Nous avons peu de choses curieuses à vous montrer, monsieur le préfet, mais peut-être seriezvous intéressé par mon usine. Elle est pleine et animée, je vous en réponds. Cent ouvriers, des machines en mouvement, des sapins de vingt mètres 30
sous branches qui sont, en trois minutes, réduits en planches ou découpés en chevrons. Vous conviendrait-il de la visiter ?
— Oui, vraiment S La conversation, ainsi détournée, devint aussitôt moins contrainte. Les origines de l'industrie des Oberlé, les bois des Vosges, la comparaison entre le mode allemand d'abatage des coupes par l'administration et le système français d'après lequel les
io acquéreurs d'un lot de forêt abattaient eux-mêmes les arbres, sous la surveillance des forestiers, permirent à chacun de dire un mot. Lucienne s'anima; madame Oberlé, interrogée par son mari, répondit; Jean parla aussi. Le fonctionnaire se félicitait
15 d'être venu.
Sur un signe de son père, Lucienne se leva, pour sonner le valet de chambre et demander des rafraîchissements. Mais elle n'eut pas le temps de faire un pas.
20 La porte s'ouvrit, et Victor, le domestique qui n'était pas à son poste tout à l'heure, apparut, très rouge, embarrassé et baissant les yeux. Sur son bras gauche s'appuyait, se tenant aussi droit que possible, l'aïeul, M. Philippe Oberlé.
25 Les cinq personnes qui causaient étaient debout. Le domestique s'arrêta à la porte, et se retira. Le vieillard entra seul, appuyé sur sa canne. M. Philippe Oberlé avait mis ses beaux habits du temps qu'il était valide. Il portait, déboutonnée, la redin-
30 gote que fleurissait le ruban de la Légion d'honneur.
L'intense émotion l'avait transfiguré. On Peut dit de vingt années plus jeune. Il s'avançait à petits pas, le corps un peu plié en avant, mais la tête ferme et haute, et il regardait un seul homme, le fonctionnaire allemand debout à côté du canapé. Sa lourde 5 mâchoire tremblait, et se crispait comme s'il eût articulé des mots qu'on n'entendait pas.
M. Joseph Oberlé se méprit-il ou voulut-il donner le change? Il se tourna du côté de M. de Kassewitz étonné et sur ses gardes, et dit: 10
— Monsieur le préfet, mon père nous fait la surprise de descendre: je ne m'attendais pas à ce qu'il vînt se mêler à nous.
Les yeux du vieux député, tendus sous leurs lourdes paupières, ne quittaient pas l'Allemand, qui i5 faisait bonne contenance, et qui se taisait.
Quand M. Philippe Oberlé fut à trois pas de M. de Kassewitz, il s'arrêta. Alors, de sa main gauche qui était libre, il prit dans la poche de sa redingote et il tendit au comte de Kassewitz son ardoise, sur 20 laquelle deux lignes étaient écrites. Celui-ci se pencha, puis se redressa superbement :
— Monsieur!
Déjà M. Joseph Oberlé avait saisi la mince lame de pierre, et lisait ces mots tracés avec une décision 25 singulière: «Je suis ici chez moi, monsieur!»
Les yeux du vieil Alsacien ajoutaient: «Sortez de ma maison!» Et ils ne se baissaient point. Et ils ne lâchaient point l'ennemi.
— C'est trop fort! dit M. Joseph Oberlé. Com- 30
ment, mon père, vous descendez pour insulter mes invités! . . . Vous excuserez, monsieur, mon père est vieux, exalté, un peu troublé par l'âge. . .
\s — Si vous étiez plus jeune, monsieur, dit à son
5 tour M. de Kassewitz, nous irions plus loin. . . Et vous ferez bien de vous rappeler que vous êtes chez moi, aussi, en Allemagne, en terre allemande, et qu'il n'est pas bon, même à votre âge, d'y injurier l'autorité. . .
10 — Mon père! dit madame Oberlé, en se précipitant vers le vieillard pour le soutenir ... je vous en prie. . . . Vous vous faites mal. . . . C'est une émotion trop forte. . • .
Un phénomène anormal se produisait, en effet
15 M. Philippe Oberlé, dans la violente colère qui l'agitait, avait trouvé la force de se redresser presique entièrement. Il paraissait gigantesque. Il était de la même taille que M. de Kassewitz. Les veines de ses tempes se gonflaient; ses joues se coloraient de sang;
20 ses yeux revivaient. Et, en même temps, toute cette chair à demi morte tremblait et épuisait en mouvements involontaires sa vie factice et fragile. Il fit signe à madame Oberlé de s'écarter, et de ne pas le soutenir.
25 Lucienne, pâle, leva les épaules, s'approcha de M. de Kassewitz:
— Ce n'est qu'un acte de nos tragédies de famille, monsieur. N'y prenez pas garde, et venez à l'usine avec nous. Laissez-moi passer, grand-père!
30 Celui-ci n'y prit pas garde. Elle passa, d'un air
de défi, entre M. Philippe Oberlé et le fonctionnaire qui répondit seul:
— L'injure qu'on me fait, je ne vous en rends pas responsable, mademoiselle. ... Je comprends la situation, je comprends. S
La voix s'échappait avec peine de la gorge serrée. Furieux, dominant d'une demi-tête tous ceux qui étaient là, sauf M. Philippe Oberlé, M. de Kassewitz tourna sur ses talons, et s'avança vers la porte.
— Venez, je vous en prie, dit M. Joseph Oberlé, en 10 s'efïaçant devant le préfet.
Lucienne était déjà dehors. Madame Oberlé, aussi malade d'émotion .que ce vieillard qui refusait son secours, sentant les larmes l'étouffer, courut jusqu'au vestibule, et remonta dans sa chambre, ou elle éclata i5 en sanglots.
Dans le salon, Jean restait seul avec le vieux chef, qui venait de chasser l'étranger. Il s'approcha :
— Grand-père, qu'est-ce que vous avez fait !
Il voulait dire: «C'est un terrible affront. Mon 20 père ne le pardonnera pas. La famille est brisée complètement.» Il aurait dit cela. Mais il leva les yeux vers ce vieux lutteur tout près de l'hallali, faisant tête encore. Il vit qu'à présent le grand-père le fixait, lui ; que la colère atteignait son paroxysme ; que 25 la poitrine se soulevait; que la figure grimaçait et se tordait. Et tout à coup, une voix extraordinaire, une voix rauque, puissante et rouillée, cria, dans une sorte de galop nerveux:
— Va-t'en! Va-t'en! Va-t'en! Va-t'en! 30
La voix monta jusqu'aux notes aiguës. Puis elle se brisa. Et, la bouche encore ouverte, le vieillard chancela; et s'abattit sur le parquet.
On le releva, on l'assit dans un fauteuil, et chacun S s'ingénia à ranimer le malade.
Après quelques minutes encore, il fit signe qu'on l'emmenât dans sa chambre.
Quelqu'un montait rapidement les degrés du perron, et, avant même d'entrer, demanda:
10 — Qui donc a poussé un cri pareil?
— Lui!
— Lui ? dit M. Oberlé, ce n'est pas possible !
Il n'osa répéter la question. Son père, debout, soutenu par Jean et par le valet de chambre, trem- 15 blant et fléchissant, s'avançait à travers le salon.
— Jean, dit madame Oberlé, veille bien à tout! Ne quitte pas ton grand-père ! Je remonte.
Son mari l'avait retenue au passage. Elle voulait éloigner Jean. Dès qu'elle fut seule avec M. Oberlé 20 — Qu'a-t-il donc crié ? demanda l'industriel.
— Il a crié: «Va-t'en! Va-t'en!» Ce sont des mots qu'il dit souvent, vous savez, pour marquer sa haine.
— Heureusement, M. de Kassewitz n'a pas assisté à ce second acte. Le premier suffit. ... En vérité,
25 toute la maison s'est liguée pour faire de cette visite, si honorable pour nous, une occasion de scandale et d'offense: mon père, Jean, qui s'est montré impertinent, vous. . . .
— Mon pauvre ami, dit-elle en joignant les mains, 30 vous en êtes encore là!
Madame Oberlé remonta en hâte au premier. Une inquiétude nouvelle, autrement forte que la crainte des menaces de son mari, la torturait. «Qu'a voulu dire mon beau-père? se demandait-elle. Ce vieillard n'est point en délire. . . . Pourvu que Jean n'ait pas S compris comme moi! . . .
En haut de l'escalier, elle rencontra son fils qui sortait de la chambre de l'aïeul.
— Eh bien ?
— Rien de grave, j'espère; il est mieux; il veut 10 être seul.
— Et toi? interroge la mère, angoissée, prenant son fils par la main, et l'entraînant vers la chambre qu'il habitait. Et toi?
— Comment, moi ? 15
— Tu as bien compris, n'est-ce pas, ce qu'a voulu dire lç grand-père? C'est un mot qu'il a dit souvent à des étrangers. Il s'adressait à M. de Kassewitz. . . . Tu ne le crois pas ?
— Pardon, il s'adressait à moi. 20
— Tu es fou! Vous êtes les meilleurs amis du monde, ton grand-père et toi. . . .
— Justement.
— Il n'a donc pas voulu te chasser du salon !
— Non. 25
— Alors ?
— Il m'ordonnait de quitter la maison.
— Non, mon Jean, non, il n'a pu penser cela. . . En tout cas, toi, tu ne le ferais pas ?. . . Dis que tu ne le feras jamais ?. . . 30
Elle attendit un moment la réponse qui ne vint pas.
— Jean, par pitié, réponds-moi !. . . Promets-moi de ne pas nous quitter ?. . . Oh ! vraiment, que serait la maison sans mon fils, à présent ? . . . Moi qui n'ai plus
S que toi!. . . Jean, regarde-moi! . . .
Il ne put résister tout à fait. Elle revit les yeux de son fils, qui la regardaient avec tendresse.
— Je vous aime de tout mon cœur, dit Jean.
— Je le sais! Mais ne pars pas!
10 — Et, comme il ne disait plus rien, elle s'écarta.
— Tu ne veux rien promettre ! Tu es dur, toi aussi ! Tu ressembles. . .
Elle allait dire: «A ton père.» Jean pensa: «Je
puis lui donner plusieurs semaines de paix, je dois les
15 lui donner.» Et il dit, tâchant de sourire à son tour:
— Je vous promets, maman, d'être à la caserne Saint- Nicolas le I er octobre. Je vous le promets. . . Êtesvous contente?
Elle fit signe que non. Mais lui, la baisant au front, 20 ne voulant rien dire de plus, il la quitta en hâte. . . . Le dîner sonna. Le repas fut des plus courts et des moins gais. Très peu de mots furent échangés. Lucienne songeait au nouvel obstacle que rencontrait son projet de mariage et à l'irritation violente de M. 2S de Kassewitz; Jean, à l'enfer qu'était devenu cette maison familiale ; M. Oberlé, à ses ambitions probablement ruinées; madame Monique au départ possible de son fils. Vers la fin du dîner, M. Oberlé se mit à dire, comme s'il continuait une conversation: 30 Je suis résolu à hâter le mariage de Lucienne avec le
lieutenant von Farnow. Ni vous, ni mon père, ni personne ne m'en empêchera. Et je viens de lui écrire, à lui-même, dans ce sens.
M. Oberlé regarda successivement, avec la même expression de défi, son fils et sa femme. Il ajouta: 5
— Il faut que ces jeunes gens puissent se revoir et se parler librement, comme des fiancés, qu'ils sont, de par ma volonté, et à dater de ce soir. J'avais l'in*tention de ne rien vous demander, et de conduire moimême Lucienne à Strasbourg, chez une tierce per- 10 sonne, qui aurait, dans son salon, réuni les fiancés.
— Je n'ai jamais mérité'cela !
— Acceptez-vous donc d'accompagner votre fille ? Elle réfléchit un instant, ferma les yeux, et dit:
— Certainement. i5 Il y eut une surprise dans la physionomie de son
mari, de Jean et de Lucienne.
— J'en serai ravi, car ma combinaison ne me séduisait qu'à moitié. Il est beaucoup plus naturel que vous vous chargiez de conduire votre fille. Mais quel 20 lieu de rendez-vous avez-vous l'intention de choisir?
Madame Monique répondit:
— Ma maison d'Obernai.
— C'est bien, Monique. C'est très bien. Et quelle époque vous conviendra? 25
— Le temps de prévenir M. de Farnow. Vous fixerez vous-même l'heure et le jour. Écrivez-lui de nouveau, quand il vous aura répondu.
Lucienne, si peu tendre qu'elle fût pour sa mère, se rapprocha d'elle, ce soir-là. Elle suivait ou essayait 30
148 LES OBERJLÉ
de suivre la pensée sur ce visage ridé, creusé, si mobile et si expressif encore. Mais on ne lit souvent qu'à moitié les âmes. Ni Lucienne, ni Jean ne devinèrent la raison qui avait déterminé si promptement le sacri- 5 fice de madame Oberlé.