‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existence (volume 2)Chapitre 25 sur 81 · SAINT-BONIFACE · texte numérisé non relu

SAINT-BONIFACE

de sa Congrégation, sur l'opportunité d'accepter les propositions de Mgr Bourg et.

Pour faire connaître et son style et ses sentiments, citons quelques extraits de la lettre que, du sanctuaire de Notre-Dame des Lumières, il envoya à son Supérieur général :

— Non seulement je suis prêt à traverser les mers, mais je désire vivement cette grâce. Juste Ciel ! J'ai déliré de joie, en apprenant qu'une occasion si favorable se présentait à notre Institut d'aller au loin évangéliser les pauvres. 11 sera donc, enfin, venu, ce jour après lequel je soupirais depuis si longtemps !... Je n'ai pas oublié l'heure bénie de mon Oblation, lorsque, prosterné sur les marches de l'autel, je demandais avec larmes au Seigneur de mourir au milieu des sauvages. Je ne me rappelle pas avoir offert le Saint Sacrifice, une seule fois, sans prier pour ces infortunés, et solliciter de Dieu la faveur de les rejoindre. Cette prière constante aura, j'espère, été entendue au Ciel, et vous voudrez bien ne pas écarter celle que je vous adresse aujourd'hui à vous-même. Depuis que je suis votre enfant, j'ai répété mille fois que j'espérais bien, un jour, m'élancer à travers l'océan, pour porter au loin le flambeau évangélique. Maintenant, plus que jamais, j'ai cette douce confiance. Ne me refusez pas, mon bon Père, ce que le Seigneur semble m'avoir accordé. Quel obstacle pourrait m'arrêter ? N'ai-je pas ime santé solide ?...

Cette lettre pressante se terminait par ce post-scriptiwi original, dans lequel le signataire avait mis toute son âme :

— Vi\ent les sauvages !

Hélas ! ce ne fut point l'insuffisance de la santé qui retint au rivage le P. Bermond, imjîatient de partir. Ce fut la volonté du vénéré Fondateur.

Quinze jours plus tard, le P. Bermond, fort désappointé, revenait à la charge :

— Pour cette entreprise, il faudrait, je l'avoue, une autre perfection que la mienne... Il faudrait une sainteté que je n'ai pas. j'en conviens... A cela, je n'ai rien à objecter, si ce n'est que le bon Dieu aura pitié de moi. et que vos prières m'aideront à acquérir la vertu qui me manque... Après tovit, que la volonté de Dieu et la vôtre se fassent, et non la mienne. Si l'humble supplication que je vous envoie est rejetée, je tâcherai de supporter avec résignation ce que je regarderai comme un châtiment du Ciel pour mes péchés.

Malgré de si beaux sentiments, le P. Bermond ne reçut que cpiatre ans après l'ordre de départ si impatiemment attendu.

Enfin, ses vœux furent comblés, et, le 16 juillet 1845, il s'embarquait au Havre, avec le P. Chevalier et un autre de ses confrères.

De Longueuil, il fut dirigé sur Bytown et employé, durant l'hiver, à l'œuvre des chantiers. Son bon cœur, sous une écorce un peu rugueuse, lui gagna vite les sympathies, et son apostolat fut fécond. Dieu sait au prix de quelles fatigues et de quels dangers !.,.

Une fois, après une journée de marche dans la forêt par des chemins impraticables, ayant dû, avec de la boue jusqu'aux genoux, se risquer dans de vastes marécages, il fut surpris par la nuit, et faillit périr de froid et de faim. Dans inie autre circonstance, il fut sur le point de faire naufrage, sur un lac à demi-glacé qu'il traversait sur un frêle esquif, au milieu d'une tempête de neige.

Loin de le décourager, ces accidents excitaient sou zèle.

Aussitôt à Saint -Bonif ace, il étudia sans retard le sauteux, et, vu ses aptitudes spéciales, y progressa rapidement.

— Lanofue malaisée ! écrivait-il. Elle ne ressemble en rien à la nôtre, ni à aucune de celles de l'Europe. Et ces sauvages sont d'une sévérité excessive pour les règles de la quantité. Si vous manquez à la prosodie, ils vous rient au nez. Vous pouvez, dès lors, vous dispenser de continuer le sermon : ce n'est plus le moment de prêcher.

L'arrivée du P. Bermond permit au P. Aubert de réaliser le projet conçu dès les premiers mois de son séjour à la rivière Rouge : celui d'un établissement plus septentrional, afin d'évangéliser des peuplades qu'on n'aurait pu atteindre autrement. L'emplacement choisi était sur les bords de la baie des Canards, Duck hay, vers le milieu de la rive occidentale du lac AVinnipegosis, à plus de trois cents kilomètres au nordouest de Saint-Boniface.

En mars 1847. le P. Bermond s'v rendit, malgré les rigueurs de l'hiver. Douze jours de course en traîneau lui furent nécessaires pour y parvenir.

Dans son style imagé, il nous décrit lui-même ce voyage :

— Mes préparatifs de départ fvu'cnt bientôt faits. Une planche large de quarante centimètres ; je m'installe dessus, gardant de mon mieux l'équilibre ; quelques chiens sont attelés, et en avant !... Chutes fréquentes, mais peu dangereuses, parce qu'on ne tombe pas de haut. Que le vent souffle, ou la neige descende du ciel en gros flocons, on n'en continue pas moins à marcher. Le soir, il faut dormir. Qu'à cela ne tienne : la maison est partout. Le premier bois (pu Ton rencontre sert de campement. On écarte la neige, on allimie le fin : en nu instant, le repas est apprêté et pris de bon appétit ; puis, on étend sa couverture, et l'on dort, s'il plaît au sommeil d'alourdir les paupières. Vous voyez, le progranune est des plus alléchants.

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