SCHOXAU, HEER ET SAINT- CHARLES
Le château d'Opveld.
En laissant la Suisse, le P. Michaux, comme nous l'avons déjà dit, se rendit à Jersey ; mais on songea aussi à préparer ailleurs un refuge aux junioristes de Sion, pour le cas où la persécution les chasserait de la sainte montagne.
Dans ce but, on loua, dans le Limbourg hollandais, une maison assez vaste, un peu prétentieusement nommée le château d'Opveld, située entre Houthem et Maestricht, tout près du village de Heer, qui compte seize cents habitants.
Attenant à l'habitation est un joli parc avec de belles allées bordées de j^latanes. Autour, on n'aperçoit que prairies, bosquets, sombres pins, hauts peupliers, ormes et chênes séculaires.
Au mois d'octobre 1882, on y envoya les rhétoriciens du junior at de Sion, pour y former le noyau d'un établissement de ce genre, avec le désir de recruter par ce moyen quck[ues sujets originaires du Limbourg si religieux, et des provinces rhénanes qui l'avoisinent.
Cet espoir ne fut pas déçu. Dès les premiers jours, trois sujets de langue allemande se présentèrent, et leur nombre alla toujours croissant. Dans les régions catholiques de l'empire, en effet, beaucoup de jeunes gens aspirant au sacerdoce se plaignaient du manque de séminaires, que gênaient, dans leur fondation ou leur essor, une foule de mesures vexatoires. Aussi combien parmi eux qui tournaient leurs regards vers les missions !
Jusqu'alors, les missionnaires hollandais étant les seuls connus, c'est de leur côté que les vocations se dirigeaient. Mais un vrai courant ne tarda pas à se dessiner vers les Oblats. De bonne heure, il leur arriva des junioristes du Hanovre et de la Saxe ; puis, de la Bavière, du Wurtemberg, du grand duché de Bade, de la Hesse, de la Silésie, de la Westphalie, etc.
Rapidement leur nombre s'augmenta de telle façon, que, l'élément français ne devenant plus nécessaire à la marche de l'œuvre, les élèves furent tous de langue et de nationalité allemande.
Tandis que, dans ses débuts, la maison de Heer n'avait été qu'une dépendance et comme une succursale de celle de Notre-Dame de Sion, elle en arriva, en peu d'années, à vivre de sa vie propre, et à recruter ses sujets sur un terrain tout différent.
EXPANSION AU DEHORS A LA SUITE DES EXPULSIONS
Sous l'habile direction du P. Legrand, supérieur, ce nouveau juniorat acquit un tel développement, qu'il fallut bientôt le transférer dans un local plus spacieux, et susceptible d'être aménagé d'une manière entièrement conforme à sa destination spéciale.
Le P. Legrand.
Fondateur et premier Supérieur du juniorat de Saint-Charles.
§ 3 Le « CaroUnum ».
C'est à Ravensbosch, près de Fauquemont, que cette institution, déjà si pleine de promesses, trouva son siège définitif. Elle y fut placée sous le patronage de saint Charles.
Fauquemont, en flamand Valkenberg, est une {Detite ville, à trois
SCHONAU, HEER ET SAIXT-CIIARLES
kilomètres à l'est de Houthem. Dans ses environs, on remarque de vastes grottes, anciennes carrières exploitées dès le temps des Romains. Elles servirent souvent de refu^re aux habitants durant les invasions, et à des prêtres français pendant la grande Révolution.
Quand il prit possession de sa nouvelle demeure, au mois d'octobre 1885, le juniorat de Saint-Charles comptait soixante-dix élèves. Il en avait quatre-vingt-dix en 1886, et cent quatorze en 1887. Ce chiffre montait à cent trente en 1888, à cent quarante en 1889, à cent soixante en 1890, et à cent soixante-dix en 1891. Non seulement ce nombre ne diminua
Juniorat de Saint-Charles.
Entrée.
pas au cours des années suivantes, mais il eut toujours une tendance à augmenter. Il y eut souvent plus de deux cents élèves.
En même temps que se multipliaient ces bataillons de junioristes, la maison qui les abritait, dilatait ses murailles.
On ajouta d'abord au corps de bâtisse une aile de soixante-huit mètres de long, seize de large, et dix-sept de haut ; puis, une autre, du côté opposé. On eut ainsi plusieurs vastes dortoirs, des vestiaires, une infirmerie, un grand réfectoire, des salles de classe et d'étude, une s'alle de séances avec théâtre, une salle pour la bibliothèque, des emplacements convenables pour le cabinet de physique, le musée d'histoire naturelle, etc.
Afin que l'établissement, autant que possible, se suffît à lui-même, on créa une ferme ; on construisit un moulin, une boulangerie, une buanderie perfectionnée ; des ateliers de menuiserie, de couture, de reliure,
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