LONDRES. TOWER-HILL
qu'ils estimaient encore, mais qu'ils n'avaient pas le courage de suivre dans leur nouvelle voie ; tantôt des cœurs ébranlés déjà cherchaient lumière et force auprès de ceux qui, jusqu'à ce jour, avaient été leurs conseillers intimes.
Il ne suffisait pas aux Oblats de se dépenser sans mesure pour le district si difficile dont ils étaient spécialement chargés. Leur influence rayonnait loin du quartier de Tower-Hill.
Sur l'invitation de l'autorité diocésaine, les Pères Cooke, Fox, Gubbins et Ahearn prêchèrent une mission, un mois durant, dans l'église de l'Assomption, située près de Régent Street et de Charing Cross, au point le plus central de Londres.
En commençant, les Missionnaires sentirent qu'ils auraient à combattre le démon dans un de ses plus redoutables retranchements. Cette première impression se changea bientôt en certitude.
Quelles industries fallacieuses et criminelles, de la part du monde, pour perdre les âmes se dévoilèrent à leurs regards !... Il faudrait vaincre ce que l'iniquité a de plus raffiné et de jîlus séduisant !
Placée au milieu de centaines de maisons de plaisir, l'église pourraitelle soutenir une concurrence victorieuse, et attirer la foule dans ses murs, en lui présentant la Croix ?
Cette question fut vite résolue, et, devant l'affluence toujours croissante, on s'aperçut que l'église était manifestement trop petite.
Pour répondre aux pieuses exigences des auditeurs, on régla qu'il y aurait quotidiennement quatre prédications : deux le matin, et deux l'après-midi. Le reste du temps serait consacré aux confessions. Elles furent si nombreuses que souvent les Pères ne quittaient le tribunal de la Pénitence que deux heures après minuit.
Magnifique fut la double cérémonie de clôture, l'une pour les hommes, et l'autre pour les femmes, car les hommes suffisaient à eux seuls à remplir
Le P. Gubbins.
l'église. Quelle fut imposante et émouvante la scène du renouvellement de leurs promesses du baptême ! Plusieurs prêtres, entre autres des jésuites, déclarèrent qu'ils n'avaient jamais rien vu de si beau.
Un bon nombre de protestants se convertirent au cours de la mission, et reçurent le baptême.
C'est avec des larmes aux yeux que le chanoine Hearn, vicaire général,
remercia jîubliquement les Pères du bien immense qu'ils avaient opéré.
A ces campagnes apostolicjues succédaient, ])arfois, des périodes de combat plus critiques encore.
Quand le choléra, transporté des colonies ])ar les navires ou les marchandises contaminées, fondait sur la cajîitale, il fra])pait les coups les ])lus rudes et les plus réj)étés dans le district de Tozver- Hiîl, où l'agglomération de tant de ])ersonnes dans des maisons étroites et malsaines, offrait à la contagion autant de victimes incapables de se prémunir contre ses attaques.
Dans ces douloureuses circonstances, le zèle des Pères s'élevait jusqu'à l'héroïsme.
Jour et nuit, ils accouraient au chevet des malades, ne craignant pas, même pour les })lus pauvres, d'exposer mille fois leur propre vie. Leur infatigable charité jjour les plus indigents étonnait les ennemis de notre foi, qui ne pouvaient s'empêcher d'opposer un dévouement aussi sublime à la prudence trop humaine de leurs ministres. Que de préjugés tombèrent alors ! L'estime et l'admiration rem})lacèrent le mépris et la haine.
A ce revirement d'opinion on doit attribuer le concours que des protestants et des juifs donnèrent aux Oblats, (piand ceux-ci entreprirent de bâtir leurs écoles et leur église.
Mais quelle affreuse misère laissait le fléau après son passage jsarmi des foules qui, auparavant, manquaient du nécessaire ! Que de familles privées de leur unique soutien ! Que de veuves ! Que d'orphelins et d'orphelines !...
Le P. Fox.
LONDRES. TOWER-lIILL 343
A tant de déshérites, il fallait, en toute hâte, procurer des secours indispensables. Mais à (pii s'adresser ? Les riches protestants s'étaioit si souvent montrés sans cœur pour les catholiques pauvres !... et les catholiques riches étaient si rares à Londres !...
.Dans ce pressant besoin, le P. Rinfr écrivit au lord-maire que beaucoup accusaient, cependant, de partialité contre les « romanistes / dans la distribution des largesses ])ubliques. Ce personna<fe lui ré])ondit d'instituer un comité. On verrait ensuite. La condition ayant été remplie, on envoya un premier secours de cinquante livres sterling, soit douze cent cinquante francs.
C'était beaucoup, et c'était peu! Qnid hœc inter tantos !
Sur ces entrefaites, le curé protestant de To'aei-Hill, ayant appris que des secours étaient accordés aux catholiques, voulut en obtenir pour ses paroissiens, et, à son tour, s'adressa au lord-maire. Celui-ci ré])ondit qu'un comité existant déjà dans ce district, il devait se mettre en rapport avec lui, et, par ce moyen, entrer en participation des subventions qui lui seraient allouées. dans la suite.
Le révérend ministre ne se le fit pas répéter deux fois. Il vint avec ses vicaires chez les Oblats (jui les accueillirent en toute charité. Voilà donc les protestants, pasteurs en tête, obligés d'aller demander des subsides à un comité catholique, officiellement reeoniiu par l'autorité civile, et siégeant dans une maison de religieux !
Depuis trois siècles, rien de semblable ne s'était vu en Angleterre ! Mgr Manning félicita chaleureusement les Pères de ce résultat, auquel il attachait une grande importance.
Auparavant, dans des circonstances analogues, que de fois les pauvres catholiques irlandais de Tozver-Hill avaient subi les attaques les plus cruelles contre leur conscience ! On ne leur promettait un morceau de pain qu'à la condition (ju'ils fussent prêts à le payer par ra})ostasie.
A partir de ce moment, les relations entre les ministres et les Pères furent des plus cordiales. Le curé protestant voulut absolument les avoir, un jour, à sa table. Ils acceptèrent par condescendance, et, peu après, lui rendirent l'invitation avec une aimable courtoisie.
Que les temps étaient changés ! Se trouvait-on vraiment dans cette Angleterre d'Henri VIII, d'Edouard VI et d'Elisabeth, où, il y avait à l)eine un siècle, les catholiques étaient traqués comme des bêtes fauves, et obligés de se cacher pour prier Dieu !
Très satisfait des succès apostoliques des Oblats, l'Archevêque les pria de se charger également de desservir la mission allemande, située à quelques minutes de Prescott Strest. Il y avait eu, là, de profondes dissensions ; mais, grâce au zèle prudent des Pères, la concorde se rétablit.
Plusieurs années après, cette église, par suite de quelque vice de construction, s'étant écroulée, ils travaillèrent à la rebâtir dans de meilleures conditions de solidité.
Au milieu de tant de préoccupations diverses, et dans l'entraînement d'un ministère si absorbant, les Oblats avait pensé à tout... excepté à eux-mêmes. Longtemps; ils n'eurent qu'une habitation petite et très incommode. La première pierre de leur maison ne fut posée que le 9 mai 1881.
Londres. — Tower-Hill.
Maison des Pères attenante à l'église.