CHAPITRE IV Londres -Kilburn
§ 1 L'ancien monastère.
En même temps qu'il confiait aux Oblats le quartier si déshérité de Toiver-Hill, le cardinal Wiseman les priait de faire refleurir la vraie foi dans celui de Kilburn, situé au nord-ouest de Londres.
Si l'on jette un coup d'oeil sur le plan de cette immense capitale, on verra que les noms de plusieurs rues qui se trouvent en cet endroit, suggèrent l'idée qu'il y ait eu, là, dans un passé déjà lointain, un couvent, abbaye ou prieuré.
On y voit, en effet, la rue ou route de l'abbaye Ahbey Road; la route du Prieuré, Priory Road; le chemin du jardin du Prieuré, Priory Park Road; la route de l'Abbé, AhhoVs Road; la route de l'église du bois, Woodchurch Road ; le bois ou la forêt de Saint- Jean, S^ John' s Wood, etc..
Vers 1115, en ce lieu, alors désert et presque sauvage, fut fondé par la reine Mathilde, fille de sainte Marguerite d'Ecosse, et femme du roi Henri I^J" d'Angleterre, un monastère de Bénédictines, bientôt célèbre, et dans les murs duquel, pendant plusieurs siècles, des légions d'âmes se sanctifièrent.
Il en fut ainsi jusqu'à la persécution d'Henri VIII. Confisqué en 1536, cet édifice, dépouillé, ravagé, finit par tomber en ruines. Le temps qui nivelle tout, le fit complètement disparaître ; mais son souvenir se transmit, d'âge en âge, par le nom des chemins convergeant vers la petite éminence sur laquelle on l'avait autrefois élevé.
§ 2 La renaissance religieuse.
Quand nos Pères furent invités à venir s'y établir, Kilburn constituait l'un des faubourgs extrêmes de Londres, à six ou sept kilomètres de l'Oicer Ilill. Quelques rues allaient jusque-là, mais ne se prolongeaient
pas davantage. La canipagne commençait. On y respirait un air pur, au milieu de la verdure et des fleurs.
La Congrégation y acquit deux hectares de terrain, avec l'intention d'y bâtir une église et une maison convenables. Ce serait le Rock-Ferrj^ de la capitale anglaise, où les Pères pourraient, de temps en temps, se reposer de leur laborieux ministère dans le centre de la cité.
On commença par louer dans les environs une maison particulière, gracieuse mais modeste, au numéro 1 de Greville Road, devenu plus tard le numéro 15. Dans une des chambres transformée en chapelle, la messe fut célébrée, pour la première fois, le 2 février 1865, fête de la Purification de la Sainte Vierge, en présence de cinq personnes. A cette époque, la population catholique de tout ce quartier ne dépassait pas cinquante âmes.
Vers la fin de l'année suivante, le 12 décembre 1866, fut bénite la première pierre d'un édifice assez imposant, destiné à faire partie ensuite d'un établissement i)lus considérable. Il était de style ogival, et mesurait vingt-trois mètres de long sur neuf de large. Le rez-de-chaussée, divisé en appartements distincts, servirait de résidence aux Pères. Tout l'espace supérieur serait occupé jjar la chapelle publique, qui ne manquerait pas d'une certaine élégance. On l'appela le Neio Priory.
Par cette combinaison on s'épargnait de grandes dépenses, qu'il eût été difficile de supjiorter, en ce moment. On évitait aussi le provisoire qui coûte toujours beaucoup, et dont nul généralement n'est satisfait.
Ouverte le 8 septembre 1808, en la fête de la Nativité de la Sainte Vierge, cette église fut dédiée au Sacré-Cœur de Jésus.
En quelques amiées, le nombre des catholiques monta à six cents, puis à mille, et l'on eut la certitude que ce nombre augmenterait encore, vu l'extension continuelle que prenait la ville dans cette direction. 11 augmenta, en effet, soit par l'arrivée de nouveaux venus, soit par la conversion de jirotestants.
De toute nécessité, il fallut songer à bâtir une église qui, par ses dimensions, répondît aux besoins de la population croissante. On voulut que par sa beauté elle rivalisât avec celle de l'ancienne abbaye.
Le cardinal Manning en posa solennellement la première pierre, le 3 juin 1878, en présence d'une foule considérable, accourue de toute la banlieue de Londres.
Kilburn se transformait à vue d'oeil. A jieine tracées, les rues se bordaient, comme par enchantement, de jolies maisons. Une ville neuve surgissait dans la campagne. Le calme ([u'on y goûtait, l'air pur qu'on y respirait à pleins poumons, y attirait nombreuses les familles à l'aise.
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Les travaux de la grande église du Sacré-Cœur furent donc poussés activement, à tel point que, le 8 mai 1879. la moitié déjà pou\-ait être livrée au culte. Il ne manquait que deux travées de la nef principale, le transept et le sanctuaire.
Cette seconde partie, néanmoins, ne fut achevée que plusieurs années après, car il fallut bâtir des écoles qui absorbèrent une centaine de mille francs.
L'église terminée en coûta plus de trois cent mille.
C'est un superbe édifice, richement orné, irréprochablement tenu, et digne de la capitale du Royaume-Uni.
Actuellement Kilburn est un quartier aristocratique. Il est pour Londres ce que Neuilly est pour Paris. De tous côtés, on n'aperçoit que de gracieuses demeures.
Aux rues dont les noms rappellent, l'ancien monastère, s'en est ajoutée une autre qui atteste tout ce que la Congrégation des Oblats a fait, en cet endroit : c'est l'avenue Mazenod, ainsi nommée en souvenir de notre vénéré Fondateur. Elle longe la nouvelle église, et va de la Quex Road à Smyrna Road.
Ce que l'on avait supposé, d'abord, ne devoir être qu'une dépendance de Tozcer-HiU, et comme un sanatorium pour les Pères se dévouant dans l'atmosphère malsaine de Londres, devint non seulement une maison autonome, mais un établissement très florissant.
La résidence des Oblats, à Kilburn, désignée, à cause de son aspect monastique, par l'expression de Nexv Priory, est une habitation charmante, loin du bruit des quartiers agités, et complétée par un très agréable jardin.
Une annexe y fut ajoutée pour abriter le juniorat, jusqu'à son transfert, à Belcamp, en 1893.
.Dans le voisinage immédiat se trouve une communauté des Sœurs de l'Espérance. Leur zèle industrieux et leur charité délicate dans le soin des malades, ont été, ])our l'œuvre de la régénération des âmes, un concours des plus précieux.
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