‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existence (volume 5)Chapitre 41 sur 49 · LONDRES. TOWER-HILL · texte numérisé non relu

LONDRES. TOWER-HILL

qu'ils estimaient encore, mais qu'ils n'avaient pas le couraj^e de suivTC dans leur nouvelle voie ; tantôt des cœurs ébranlés déjà cherchaient lumière et force auprès de ceux qui, jusqu'à ce jour, avaient été leurs conseillers intimes.

Il ne suffisait pas aux Oblats de se dépenser sans mesure pour le district si difficile dont ils étaient spécialement chargés. Leur influence rayonnait loin du quartier de Toiver-Hill

Sur l'invitation de l'autorité diocésaine, les Pères Cooke, Fox, Gubbins et Ahearn prêchèrent une mission, un mois durant, dans l'église de l'Assomption, située près de Régent Street et de Charing Cross, au point le plus central de Londres.

En commençant, les Missionnaires sentirent qu'ils auraient à combattre le démon dans un de ses plus redoutables retranchements. Cette première impression se changea bientôt en certitude.

Quelles industries fallacieuses et criminelles, de la part du monde, pour perdre les âmes se dévoilèrent à leurs regards !... Il faudrait vaincre ce que l'iniquité a de plus raffiné et de plus séduisant !

Placée au milieu de centaines de maisons de plaisir, l'église pourraitelle soutenir une concurrence victorieuse, et attirer la foule dans ses murs, en lui présentant la Croix ?

Cette question fut vite résolue, et, devant l'affluence toujours croissante, on s'aperçut que l'église était manifestement trop petite.

Pour répondre aux pieuses exigences des auditeurs, on régla qu'il y aurait quotidiennement quatre prédications : deux le matin, et deux l'après-midi. Le reste du temps serait consacré aux confessions. Elles furent si nombreuses que souvent les Pères ne quittaient le tribunal de la Pénitence que deux heures après minuit.

Magnifique fut la double cérémonie de clôture, l'une pour les hommes, et l'autre pour les femmes, car les hommes suffisaient à eux seuls à remplir

Le P. Gubbins.

l'église. Quelle fut imposante et émouvante la scène du renouvellemeiit de leurs promesses du baptême ! Plusieurs prêtres, entre autres des jésuites, déclarèrent qu'ils n'avaient jamais rien vu de si beau.

Un bon nombre de protestants se convertirent au cours de la mission, et reçurent le baptême.

C'est avec des larmes aux yeux que le chanoine Hearn, vicaire général,

remercia jnibliquement les Pères du bien immense qu'ils avaient opéré.

A ces campagnes apostoli()ues succédaient, parfois, des périodes de combat ])Ius critiques encore.

Quand le choléra, transporté des colonies ])ar les navires ou les marchandises contaminées, fondait sur la capitale, il frappait les coups les plus rudes et les jilus répétés dans le district de Toiccr- Ilill, où l'agglomération de tant de personnes dans des maisons étroites et malsaines, offrait à la contagion autant de victimes incapables de se prémunir cf)i)tre SCS attaques.

Dans ces douloureuses circonstances, le zèle des Pères s'élevait jusqu'à riiéroïsme.

Jour et nuit, ils accouraient au chevet des malades, ne craignant pas, même pour les plus pauvres, d'exposer mille fois leur propre vie. Leur infatigable charité pour les plus indigents étonnait les ennemis de notre foi, qui ne pouvaient s'empêcher d'opposer un dévouement aussi sublime à la prudence trop humaine de leurs ministres. Que de préjugés tombèrent alors ! L'estime et l'admiration remplacèrent le mépris et la haine.

A ce revirement d'opinion on doit attribuer le concours que des protestants et des juifs donnèrent aux Oblats, quand ceux-ci entreprirent de bâtir leurs écoles et leur église.

Mais quelle affreuse misère laissait le fléau après son passage parmi des foules qui, auparavant, manquaient du nécessaire ! Que de familles l^rivées de leur unique soutien ! Que de veuves ! Que d'orphelins et d'orphelines !...

Le P. Fox.

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A tant de dcshcritcs, il iallait, en toute hâte, procurer des secours indispensables. Mais à qui s'adresser ? Les riches protestants s'étaient si souvent montrés sans cœur ])our les catholiques pauvres !... et les catholiques riches étaient si rares à Londres !...

Dans ce pressant besoin, le P. RinjT écrivit au lord-maire que beaucoup accusaient, cependant, de partialité contre les « romanistes o dans la distribution des lariresses publiques. Ce personnatre lui répondit d'instituer un comité. On verrait ensuite. La condition ayant été remplie, on envoya un premier secours de cinquante liATCs sterling, soit douze cent cinquante francs.

C'était beaucou}), et c'était peu ! Quid hœc inter tantos !

Sur ces entrefaites, le curé protestant de ToicerHill, ayant appris C[ue des secours étaient accordés aux catholiques, voulut en obtenir pour ses paroissiens, et, à son tour, s'adressa au lord-maire. Celui-ci répondit qu'un comité existant déjà dans ce district, il devait se mettre en rapport avec lui, et, par ce moyen, entrer en participation des subventions qui lui seraient allouées dans la suite.

Le révérend ministre ne se le fit pas répéter deux fois. Il vint avec ses vicaires chez les Oblats qui les accueillirent en toute charité. Voilà donc les protestants, pasteurs en tête, obli<jés d'aller demander des subsides à un comité catholique, officiellement reconnu par l'autorité civile, et siégeant dans une maison de religieux !

DeiDuis trois siècles, rien de semblable ne s'était vu en Angleterre ! Mgr Manning félicita chaleureusement les Pères de ce résultat, auquel il attachait une grande importance.

Auparavant, dans des circonstances analogues, que de fois les pauvres catholiques irlandais de Tozcer-Hill avaient subi les attac^ues les plus cruelles contre leur conscience ! On ne leur promettait un morceau de pain Cju'à la condition (|u'ils fussent prêts à le jjayer ])ar l'apostasie.

A partir de ce moment, les relations entre les ministres et les Pères furent des plus cordiales. Le curé protestant voulut absolument les avoir, un jour, à sa table. Ils acceptèrent par condescendance, et, peu après, lui rendirent l'invitation avec une aimable courtoisie.

Que les temps étaient changés ! Se trouvait-on vraiment dan;», cette Angleterre d'Henri YIII, d'Edouard VI et d'Elisabeth, où, il y avait à peine un siècle, les catholicjues étaient traqués comme des bêtes fauves, et obligés de se cacher i)our prier Dieu !

Très satisfait des succès apostoliques des Oblats, rArchevêque les pria de se charger également de desservir la mission allemande, située à quelques minutes de Prescott Street. 11 y avait eu, là, de profondes dissensions ; mais, grâce au zèle prudent des Pères, la concorde se rétablit.

Plusieurs années après, cette église, par suite de quelque vice de construction, s'étant écroulée, ils travaillèrent à la rebâtir dans de meilleures conditions de solidité.

Au milieu de tant de préoccupations diverses, et dans l'entraînement d'un ministère si absorbant, les Oblats avait pensé à tout... excepté à eux-mêmes. Longtemps, ils n'eurent qu'une habitation petite et très incommode. La première pierre de leur maison ne fut posée que le 9 mai 1881.

Londres. — Tower-Hill.

Maison des Pères attenante à l'église.

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Pendant (jue ses murs s'élevaient, ils eurent une consolation bien plus grande : celle de prendre j)ossession de la Tour de Londres elle-même. Ils furent les premiers j^rêtres catholiques autorisés par le gouvernement à y célébrer la messe.

Quelle indicible émotion remplissait leur âme, tandis qu'ils offraient le saint sacrifice dans une salle voisine de la cellule où le glorieux Fisher fut enfermé plusieurs mois avant son martyre... tout près aussi du fameux donjon où Thomas Morus, Philippe Howard, d'Arundel et tant d'autres se préparèrent à verser leur sang pour la cause de Jésus-Christ I

Les Oblats y j^rêchèrent à de pieux assistants privilégiés. Avec eux ils chantèrent le Te Deum de la reconnaissance pour cette nouvelle victoire de l'Eglise immortelle, et prièrent pour le retour de l'Angleterre à la vraie foi.

Ce ne fut pas là, d'ailleurs, un fait isolé : il se renouvela. Les Oblats dédièrent à saint Pierre-ès-Liens la chapelle qu'ils ouvrirent définitivement dans cette sombre forteresse, illustrée par la présence de tant de héros chrétiens. Ils y organisèrent le service religieux en faveur des employés catholiques et des soldats irlandais.

De nos jours, le quartier de To'aer-Hill ne présente plus le même aspect. Un grand nombre de ses A-ieilles maisons, foyers permanents de maladies contagieuses, ont été démolies par les soins de la municipalité. Sur ce sol, nivelé complètement, ont surgi de confortables demeures. Dans les rues élargies, pénètrent en abondance l'air et la lumière, sources fécondes de force et de santé.

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