‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existenceChapitre 18 sur 125 · LA CHAPELLE DE LA MISSION A AIX IO · texte numérisé non relu

LA CHAPELLE DE LA MISSION A AIX IO

"L'Œuvre de la Jeunesse.

Créée depuis quelques années à peine, l'Œuvre de la Jeunesse avait rapidement prospéré. En 1816, elle comprenait plus de trois cents jeunes gens. Chaque jour, ils se réunissaient à la chapelle ; puis, ils jouaient ensemble dans le jardin, ou, en cas de mauvais temps, dans des salles de l'ancien couvent mises à leur usage.

Le dimanche, aune messe dite pour eux, une instruction leur était faite. L'après-midi, on les convoquait de nouveau pour le catéchisme, avant ou après les vêpres, selon la saison. On les accompagnait ensuite à un vaste enclos, situé aux portes de la ville, et appartenant aux Mazenod. Là, ils trouvaient le grand air et l'espace pour courir à l'aise.

Ces délassements honnêtes les préservaient des périls de tout genre. Ils se conservaient purs et bons, grâce aux soins vigilants dont ils étaient l'objet, et à la réception fréquente des sacrements. On s'industriait à développer leur ferveur par les exercices les plus variés : retraites annuelles prêchées à tous ; retraites spéciales pour les anciens, ou pour les premiers communiants, etc.

Les résultats de cette direction éclatèrent bientôt à tous les yeux. Le 22 août 1816, à la distribution solennelle des prix au collège Bourbon, l'assistance d'élite qui avait répondu à l'invitation du proviseur, s'aperçut que les éloges décernés par lui aux plus méritants, s'adressaient à des membres de l'Œuvre de la Jeunesse. Les applaudissements de l'assemblée furent un encouragement pour le Fondateur.

Avec un dévouement sans bornes, il formait ces adolescents à la sagesse, en ouvrant leur cœur aux impressions les plus saines. La plupart devinrent très édifiants. Leur reconnaissance, loin de s'affaiblir avec le temps, grandit à mesure que leur esprit se rendit mieux compte du bienfait reçu.

Sa première biographie fut composée par l'un d'eux, gloire du barreau français. Simple esquisse, elle est remarquable par l'élévation des sentiments autant que par la ressemblance du portrait.

— Mgr de Mazenod, dit-il, guida mes pas et me fît connaître les charmes de la vertu. Son souvenir revit en moi, plein de fraîcheur et de suavité à la fin de mes jours, comme à l'aurore de mon existence. Je le vois encore avec ses qualités supérieures, ses manières nobles et distinguées, son élan vers le bien, son affectueuse indulgence et les côtés ravissants de son âme. J'entends encore sa parole éloquente, et je ressens, après de longues années, les émotions qu'elle causait. Je me le représente surtout se vouant au culte de la jeunesse....

IIO LA FONDATIOX

L'auteur nous le montre se livrant avec une elVusion entière, mais proportionnant le don de lui-même aux besoins de chacun.

— Souvent séparé de lui, je lui écrivais avec abandon. Il me répondait ce qu'au milieu de ses travaux évangéliques sa pensée savait trouver de traits vifs, rapides et délicats, et ils étaient nombreux. Ses lettres sont de gracieux modèles de lart épistolaire. Impossible d'exprimer avec plus de goût et de naturel des choses alTectueuses, ou de les orner d'un style plus pur. J'en publierai quelques-unes pour faire connaître son àme, la forme exquise de son langage et l'étendue de son dévouement...

Lorsque son heure dernière approcha et qu'une si belle vie fut sur le point de finir, j'accourus à son lit d'agonie, et je pus recevoir, avec ses adieux, le dernier mot et le dernier mouvement de son cœur... Je vois encore ce visage labouré par le mal, alïaibli par la souffrance, consumé par le travail de la mort. Il avait conservé son regard afiectueux et doux. Son àme apercevait déjà le ciel ; ses yeux s'y portaient, comme ses espérances. On eût dit qu'il contemplait d'avance la place qui lui était réservée. Il la voyait à travers le feu de ses désirs et les ardeurs de sa foi. Le calme le plus profond régnait sur tout son être : la mort avait pour lui des douceurs... Il fut pour moi, dans ce moment suprême, ce qu'il avait toujours été durant sa vie... Je m'éloignai, baigné de larmes, saluant sa grande àme qui me quittait; je sentis qu'une partie de moi-même s'éteignait sans retour, pour ne plus vivre que dans les cieux, et, de là, continuer à veiller sur ceux qu'elle avait aimés ici-bas...

Voilà ce que je voudrais raconter. En moi, tout se rattache à lui : mon adolescence, mes études, ma vie publique et mon bonheur.

D'autres raconteront son existence entière. Ils diront ce qu'il a fait dans l'Église catholique. Ils peindront la grandeur de son esprit, la force et l'énergie de son gouvernement épiscopal, la vigueur et le courage de ses lettres aux divers pouvoirs politiques qui se sont succédé, et la fondation de l'Ordre religieux qu'il créa.

Mon dessein est moindre. Je ne veux peindre qu'un côté de sa grande figure : son dévouement au culte de la jeunesse ; le mouvement de nos deux âmes l'une vers l'autre, et celui de nos deux cœurs vers Dieu... Avant de mourir, je ne voudrais pas laisser se perdre des souvenirs qui sont sacrés pour moi. Je voudrais les faire vivre et leur donner aux yeux de tous le charme qu'ils ont eu pour moi-même, durant le cours de ma vie... Je veux apporter ma pierre au monument qui lui sera, sans doute, élevé un jour... Quelque faible que soit cet hommage, c'est mon cœur, c'est mon àme qui le lui

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