‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existenceChapitre 71 sur 125 · CHAPITRE XXVII Définition du dogme de l'Immaculée Conception · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII Définition du dogme de l'Immaculée Conception

Le Supérieur général, hôte du Pape, au Quirinal, pendant deux mois.

Peu de jours après l'installation du scolasticat à Montolivet, Mgr de Mazenod, spécialement invité par Pie IX aux réunions épiscopales qui devaient précéder la définition du dogme si cher à sa piété, s'embarquait, le 25 octobre, sur un navire de l'Etat, avec un grand vicaire et un domestique.

A peine le vaisseau avait-il jeté l'ancre dans la rade de Civita- Vccchia, qu'un officier se présentait à bord, de la part du délégué apostolique, pour saluer le prélat. Il le conduisit à terre sur son propre canot. Une chaise de poste attendait les trois voyageurs, qui, le soir même, arrivaient dans la Ville éternelle. A Ihôtel de la Minerve, où ils descendirent, ils furent vite rejoints par un dragon pontifical, porteur d'une lettre émanée du Vatican. Elle apprenait à Mgr de Mazenod, qu'avant toute demande d'audience, il serait reçu par le Saint-Père, dès le surlendemain, lundi. Cet empressement de Pie IX témoignait de sa haute considération pour le Supérieur général des Oblats.

Presque en même temps, survenait Mgr Barluzzi, envoyé par le cardinal Antonelli. Il annonçait que, par l'ordre du Pape, on avait préparé pour Mgr de Mazenod et sa suite des appartements dans le magnifique palais du Quirinal. C'étaient ceux mêmes qu'y occupe le cardinal secrétaire d'Etat, quand le Pape y réside.

Pie IX ne se contenta pas de loger si luxueusement Mgr de Mazenod et ses familiers. Il voulut pourvoir aussi à leur entretien. Pendant plus de deux mois, il leur donna une royale hospitalité, aussi généreuse que paternelle. Il mit également à leur disposition plusieurs laquais, avec mission de prévenir leurs moindres désirs.

L'audience, le 3o octobre, dura plus d'une heure et demie, et fut empreinte de la plus délicieuse cordialité.

DKFIMTIOX DU DOGME DE l'iMMACULÉE CONCEPTION 4^9

Sentiments de Mgr de Mazenod sur le rôle des évêques

pour l'examen Je la bulle » Ineffahilis ».

Attaché, depuis son enfance, aux doctrines ultramontaines les plus pures, et pressentant par sa foi les décrets du concile du Vatican, Mgr de Mazenod, en partant, avait dit à ses intimes :

— Nous nous rendons à Rome, pour entendre les oracles du Vicaire de Jésus-Christ, et non pour lui enseigner à faire des bulles.

Depuis longtemps, en effet, la bulle était préparée. Les théologiens romains y avaient travaillé deux années durant, suivant les indications très précises du Pape. La dernière rédaction allait être présentée à l'assemblée des cardinaux et des évêques, réunis en Congrégation générale, non pour un examen du fond, mais seulement pour celui de la forme. On discuterait sur l'exactitude des termes, et l'on verrait s'il n'y avait pas lieu de donner de plus nets éclaircissements pour l'avantage des fidèles.

Selon Mgr de Mazenod, il en serait de la bulle Ineffahilis, comme il en fut, qiiatorze siècles auparavant, de la célèbre Lettre dogmatique, Lectis dilectionis tiiœ, de saint Léon le Grand. Elle fixait, par avance, la doctrine christologique anti-nestorienne et anti-eutychienne que le concile œcuménique de Chalcédoine (45i) approuva et fit souscrire à tous ses membres.

Dès le premier jour, les Pères du concile, après avoir écouté la lecture de cet exposé si lucide, s'écrièrent d'une commune voix :

— Par la bouche de Léon, Pierre a parlé (i) !

Le Pape saint Gélestin L'' avait agi d'une façon analogue, pour le concile d'Lphèse (4^i) (2).

Tous les conciles œcuméniques tenus dans la suite, quand les Papes ne les présidaient pas personnellement, reçurent toujours aussi des directions doctrinales indiquant les décisions à prendre.

A Pierre, en effet, et à ses successeurs, il a été dit : Confirme tes frères dans la foi.

Et encore : Pais mes agneaux ; pais mes brebis.

C'est donc au Pape à guider les évêques ; et non aux évêques à régenter le Pape.

On aurait tort, cependant, de conclure que les assemblées d'évê-

(i) Cf. Hardouin, Acta conciliorum, 12 in-fol.. Paris, i^iS, t. II, p. 290 sq ; 386 sg, 399, 402. — Mansi, Sacrorum conciliorum, 3i in-foL, Florence et Venise, ijôg-i'jgo; t. V, col. i366 sq; t. YI, col. 971 ; t. VII, col. 7-48; ii3-ii6.

(2) Hardouin, t. I, col. 1347, 1422, i4;i- — Mansi, t. IV, col. 556, 1211, 1290, 1295.

490 l'extension en FRANCE

ques, réunis en concile ou autrement, sont absolument inutiles. Elles^ affirment, aux yeux du monde entier, d'une manière solennelle et plusfrappante, la merveilleuse unité de croyances existant entre les pasteurs de toutes les nations et le chef de l'Eglise universelle.

La pensée de Mgr de Mazenod sur le rôle de l'épiscopat dans l'examen de la bulle Ineffabilis, était donc, on le voit, parfaitement conforme aux plus saines traditions en ces matières si importantes.

Certains évêques, cependant, parmi lesquels le cardinal Gousset,, tout en croyant à l'Immaculée Conception, étaient d'avis que sa définition serait inoppoi-tune. Selon eux, il suffisait de décréter que cette doctrine « approchait de la foi », sans préciser qu'elle était de foi. Blessé dans son amour filial envers la Mère de Dieu, Mgr de Mazenod eut, avec l'archevêque de Besançon, une discussion, dont Mgr Jeancard nous a conservé les détails (i). Elle détermina le Supérieur général à adresser au Souverain Pontife, au sujet de cette opportunité, plusieurs lettres dont Pie IX fut extrêmement satisfait, et dont il le fit remercier par Mgr Barnabe, en l'engageant à continuer à lui transmettre ses vues.

La première réunion générale eut lieu, le 20 novembre, dans la salle ducale au Vatican.

Un exemplaire imprimé du projet de bulle fut remis à chacun des évêques. Ils eurent l.i faculté de l'étudier à loisir et de préparer leurs remarques.

Dans ces conférences, tout fut passé au crible de la plus sévère critique, et chaque mot pesé avec soin. A l'extrémité de la salle, siégeait la commission des théologiens chargés de soutenir et d'expliquer le texte.

Plusieurs évêques américains, anglais et irlandais, dont les diocèses se trouvaient en pays protestants, formulèrent quelques objections. Un autre ne voulait rien moins que remanier la bulle de fond eu comble.

— C'est facile à dire, écrivait, le soir, Mgr de Mazenod. S'il a fallu plus de deux ans pour la composer telle qu'elle est, combien en faudraitil encore pour la refaire? C'est vraiment dérisoire.

Les théologiens, rompus aux joutes intellectuelles, eurent promptement raison de ces oppositions. Dès le ^4 novembre, toute résistance cessa. La lumière brillait sans nuage, et l'accord était absolu.

Nous ne décriroas pas ici les magnifiques solennités qui accompagnèrent la définition dogmatique. Elles ont souvent été racontées, et ne rentrent pas directement dans le cadre de notre récit.

(i) Mélanges historiques, p. 282-287.

Page 1