‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existenceChapitre 74 sur 125 · AUTUN · texte numérisé non relu

AUTUN

ont gardé le meilleur souvenir. Ils nous en ont donné des marques, toutes les fois que l'occasion s'en est présentée.

Dieu compensait par ses consolations ce que cette épreuve renfermait de pénible. Mgr Guibert ayant refusé l'archevêché d'Aix, on songea sérieusement, en haut lieu, à le transférer à Paris.

— Peu s'en est fallu que je n'y fusse nommé, écrivait-il à Mgr de Mazenod. C'est effrayant ! Heureusement, je n'ai su le danger qu'après coup. Maintenant, je respire, et j'en suis quitte pour la peur.

Le péril n'était pas, cependant, définitivement conjuré. Peu après, Mgr Guibert recevait la notification officielle de sa promotion à l'archevêché de Tours. Le ministre des Cultes le lui annonçait d'une façon si nette, quoique extrêmement courtoise, que toute résistance devenait impossible.

— Cette fois, le coup est porté, écrivait-il à Mgr de Mazenod. Chacun pleure ici, et moi plus fort que les autres. C'est cruel de laisser ce diocèse ! Je me résigne à ce qui paraît la volonté de Dieu, car il me semble qu'en persévérant dans mes refus, je m'exposerais à contrarier les vues de la Providence... La lettre du ministre, entièrement de sa main, est on ne peut plus belle, touchante et beaucoup trop flatteuse pour moi. Il avait résolu de me faire archevêque, à tout prix... Dieu doit avoir des desseins cachés. Avec la confiance que les puissants de la terre me témoignent, je serai probablement à même de servir plus efficacement, sur un siège si rapproché de Paris, des intérêts qui nous sont chers, à vous et à moi, et qui sont les intérêts de Dieu.

En apprenant qu'il allait perdre son évêque, le clergé de l'Ardèche éprouva un vif chagrin, raconte le biographe de Mgr Guibert. A Viviers, on était fier de lui, de ses talents, de la majesté de son style, de la considération dont il jouissait dans le monde catholique, du rang élevé qu'il occupait dans l'épiscopat, et de la distinction de son caractère. On l'aimait sincèrement, comme le bienfaiteur, mieux encore, comme le fondateur du diocèse (i).

Le 5 mai 1857, il prenait solennellement possession de sa métropole, en présence de toutes les autorités civiles et militaires de la ville de Tours, et d'une foule immense. Cette intronisation fut des plus brillantes.

— Pendant la procession qui le conduisait à son église, écrit le cardinal Bourre t, alors son secrétaire, tous étaient frappés de l'aspect noble, grave et si vénérable de sa personne. Sous ses habits pontificaux, Mgr Guibert avait le plus grand air. Ses traits allongés, maigres et

(i) Cf. Mgr Paguelle de FoUenay, Vie du Cardinal Guibert, t. II, p. 217.

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coupés de hachures austères lui donnaient la physionomie dun de ces saints évêques peints sur les vitraux des cathédrales : quelque chose de saint Germain ou de saint Martin. Cette remarque a été souvent faite, et elle était pleinement justifiée (i).

C'est cet archevêque, déjà si illustre, qui, dans sa correspondance avec Mgr de Mazenod. se montrait si humble, si soumis, si reconnaissant!

— Mon existence, lui écrivait-il. le 21 décembre i85;, est liée à la vôtre, comme la plante au sol dont elle tire la sève. Je ne puis arrêter ma pensée à la supposition que vous quitteriez ce monde avant moi. Aussi j'espère qu'il n'en sera pas ainsi, et je le demande à Dieu. Je resterais comme une branche lang-uissante, séparée du tronc vivifiant. Heureusement Dieu vous a départi une force qui n'est pas près de s'épuiser. Il aura égard à mes vœux et aux besoins d'une œuvre qui, formée par vous, doit être achevée par vous.

J^a paroisse de Saint-Jean d'Jlutun et les missions dans la Saône-et-Loire.

Au mois de novembre i85^, Mgr de Marguerye, évêque d'Autun, voulant établir les missions dans son diocèse, d'une manière permanente, vint à Marseille, pour obtenir de Mgr de Mazenod quelques-uns de ses Oblats, dont il connaissait les succès apostoliques, en France et à l'étranger. Il était heureux de renouer, par ce moyen, les relations qui, depuis l'origine du christianisme, existaient entre son église et celle de la grande cité méditerranéenne. C'est dans la cathédrale d'Autun, en effet, que se conserve, comme un trésor des plus précieux, le corps de saint Lazare, premier évêque de Marseille, l'ami ressuscité de Jésus.

La proposition de Mgr de Marguerye fut acceptée, et, au mois de mai i858, les Oblats étaient par lui installés à Autun, dans un bel immeuble, précédemment abbaye de chanoinesses, contigu à l'église paroissiale de Saint-Jean, qu'il leur confia aussi. La maison avait des dimensions plus que suffisantes. Non seulement la communauté s'y trouvait à l'aise, mais elle pouvait y recevoir les prêtres désireux de passer quelques jours dans la retraite. Un vaste parc avec jardin, transformé en verger fertile, l'entourait. Il rendait ce séjour des plus agréables, en l'isolant des bruits du monde et l'enveloppant d'une atmosphère de silence, si propice au recueillement et à la vie religieuse.

Sur ce nouveau théâtre, les Pères furent vite appréciés. Bientôt la sympathie générale se traduisit par de nombreuses demandes de

(i) Cardinal Bourret, Souvenirs sur le Cardinal Gnibert, ia-12, Tours. 1886, p. r)4.

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