‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existenceChapitre 95 sur 125 · I.a ToTir de Londres · texte numérisé non relu

I.a ToTir de Londres

Entre la vieille Tour et les tlocks, entrepôts du commerce du monde entier, s'étendait, alors, le domicile de la misère la plus noire : labyrinthe de ruelles obscures et fangeuses ; cours, vrais cloaques d'immondices ; bouges hideux, où jamais ne pénétrait un rayon de soleil ; asile de la pauvreté et de la souffrance, du dénuement et de la faim !

Hélas ! c'était aussi le repaire de l'ignominie et l'école de la dépravation pour des légions d'enfants déguenillés. Les forfaits les plus

abominables s'y commettaient ouvertement : les plus dégoûtants, comme les plus cruels. De toutes les contrées de l'univers, les marins s'y réunissaient pour y dépenser en quelques heures, dans les plus honteuses débauches, l'arg-ent durement gagné au prix de mille fatigues au milieu de Tocéan. A leur suite accouraient les malandrins de tous les pays pour mettre en commun leurs instincts pervers.

Prostituées, souteneurs, voleurs, assassins, s'étaient donc, de temps immémorial, fixés en ce lieu.

A côté de ces malheureux descendus si bas, vivait, cependant, une population laborieuse, composée d'Irlandais. Les hommes travaillaient dans les docks, à charger et à décharger les innombrables navires qu'envoyaient toutes les nations du globe. A la maison, leurs femmes cousaient fébrilement de grands sacs de toile grossière, qu'on leur payait au prix dérisoire de quarante centimes la douzaine. Exploitation barbare delà misère !... véritable crime de lèse-humanité, de la part de riches commerçants sans entrailles ! Quelle tentation pour ces ouvrières si peu rétribuées, que la vue de ces créatures perdues de mœurs, qui, dans leur voisinage, gagnaient de l'or à pleines mains par leur infâme métier 1

L'évêque de Marseille et son compagnon s'aventurèrent dans ce dédale de rues si étroites, que, parfois, deux personnes ne pouvaient y passer de front. On y respirait un air fétide... A droite et à gauche, des huttes où s'entassaient, dans une promiscuité malsaine sous tous les rapports, des milliers d'êtres humains de tout âge et de tout sexe. Sur leurs traits émaciés, on lisait la soulTrance; parfois, une sorte d'hébétement produit par les suites de cette extrême misère qui les avait saisis dès le berceau et les tenaillait jusqu'à la tombe ; parfois aussi, hélas ! les rides précoces causées par l'habitude du vice.

Devant un si lamentable spectacle. Mgr de Mazenod ne put retenir ses larmes. Son cœur se serrait douloureusement ; une immense compassion l'envahissait, et ses lèvres murmuraient, comme autrefois celles du divin Maître :

— Oh ! que j'ai pitié de cette foule ! elle meurt de faim : Misereov super tiirhain... non enini habent qiiod mand iicent !

Mais sa pensée s'élevait plus haut que les horizons de ce monde :

— Pauvres gens! qu'ils sont à plaindre!... 11 leur manque le pain du corps ! combien plus le pain de l'âme !... Quel est le prêtre qui s'occupe de ces infortunés ?... Que connaissent-ils de Dieu et de Jésus-Christ, son Fils unique, leur Rédempteur?... Savent-ils qu'ils sont créés pour le ciel?... Sont-ils môme simplement baptisés?...

Et, se tournant vers le P. Aubert :

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