II
LES OBSESSIONS HYPOCONDRIAQUES
Observation i 58 bis. — Les résultats d’une opération simulée chez une obsédée hypocondriaque. — Troubles de la ménopause, spasmes, interprétation, obsession des épingles, opération simulée sans résultats.
L’histoire de cette malade nous offre un petit enseignement dont nous devons profiter. Elle nous apprend qu il n'est pas toujours bon de faire des opérations chirurgicales de complaisance chez des névropathes, quoique l’intention soit excellente. Elles réussissent quelquefois et alors tout est pour le mieux ; quand elles échouent, elles aggravent la situation.
Cette dame vient de subir, il y a quelques mois à l'hôpital Laënnec, une petite opération qui avait pour but, paraît-il, de la débarrasser de deux épingles qu’elle prétendait avoir avalées par mégarde et qu’elle sentait se promener dans son corps. Avant de l’opérer on l’a photographiée aux rayons Rôntgen et la photographie qui lui a été montrée contenait deux superbes épingles bien nettes. On l’a chloroformée, on a fait des petites entailles, l’une au niveau de l’estomac, l’autre au niveau de l’œsophage ; on a appliqué un pansement et au réveil on lui a présenté deux longues épingles un peu tachées de sang : elle les conserve précieusement dans une petite boîte.
Malheureusement les souffrances n’ont pas disparu après l’opération. Bien au contraire elles ont été complètement exagérées : les étranglements à la gorge, les douleurs h l’estomac se sont compliquées d’un affreux goût métallique dans la bouche. « Cela s’explique facilement, dit-elle, puisqu’elle a eu longtemps dans le coi'ps deux épingles qui l’ont imprégnée de cuivre. » L’empoisonnement par le cuivre des épingles joue maintenant un rôle plus grand que les épingles elles-mêmes. Cette pauvre dame sent la limaille de cuivre entre les dents, elle souffre horriblement de l’empoisonnement, elle prétend ne plus pouvoir manger et elle se désespère nuit et jour. Vous voyez que l’opération chirurgicale ne lui a pas fait de bien. Nous pourrions presque dire qu’elle lui a fait du mal en mettant dans son cerveau plus fortement encore l’idée des malheureuses épingles. A tous les arguments pour lui montrer qu’elle n’a pas de limaille entre les dents, elle répond avec entêtement: « Je pouvais douter autrefois ; mais maintenant on ne peut plus me dire que je n’ai pas