PREMIÈRE SECTION
LES OBSESSIONS DE LA HONTE DU COUPS
Nous commençons l’étude d’une nouvelle catégorie d'obsessions dont l’intérêt nous semble être très grand. Ce sont des idées qui se rapportent au corps, h l’ensemble du corps ou h tel organe isolément et qui consistent toujours en des idées de dépréciation, de mécontentement, de honte. C’est pourquoi nous proposons de désigner ces obsessions si fréquentes sous le nom d’obsessions de la honte du corps. Nous ne pouvons songer à étudier tous les cas qui se sont présentés. Nous choisissons quelques exemples des principales formes, ils sont intéressants pour vous faire remonter au trouble principal qui se dissimule sous ces idées singulières.
Observations i 5q el xGo. — Obsessions de la honte des vêtements et de la honte des mouvements du corps. — Aboulie, sentiment de gêne, désir de plaire.
Y.... jeune homme de a5 ans, se plaint de choses qui peuvent vous sembler bien insignifiantes, il se plaint tout simplement.
LES OBSESSIONS DE LA HONTE DU CORPS
d’être gêné par les vêtements qu'il porte et chose bizarre, c’est son tailleur qui nous le renvoie. Les vêtements ne lui vont jamais bien, ils le frottent, le gênent et ces sensations perpétuelles deviennent pour lui un véritable tourment. N’en souriez pas, vous ne vous figurez pas qu’on peut arriver au suicide par l’obsession du faux col. Il est plus important de se dire que ce jeune homme ne viendrait pas nous consulter pour ce phénomène en apparence si puéril s’il n’y avait pas quelque chose au-dessous.
Le père est arthritique, obèse, original, la mère est déjà inquiète et prédisposée aux obsessions. Ce malade avait des tics à l’âge de ii ans, des scrupules religieux à T2 ans, il prit à partir de 18 ans des habitudes de masturbation excessive. Nous ne croyons pas du tout, suivant des théories aujourd’hui à la mode, que ce soit ces masturbations qui aient amené les obsessions. Les tics, les scrupules religieux étaient du même genre et bien antérieurs ; la masturbation excessive était plutôt un nouvel accident de la maladie en évolution. Toujours est-il qu’elle l’affaiblit et qu’il eut beaucoup plus qu’auparavant des sentiments d’inquiétude, de doute, de gène dans les actions.
Il prit, dit-il, l’habitude des actes significatifs pour se convaincre lui-même. « Si je marche sur tel pavé, je dois faire telle chose »: c’est la manie des pactes que vous connaissez bien. Il prit une autre manie plus rare et plus intéressante: la manie des efforts. Ces malades sentent bien qu’ils manquent de volonté et d’énergie, ils veulent se pousser eux-mêmes et, au lieu des efforts réels de volonté qu’ils ne peuvent pas faire, ils prennent la manie de certains mouvements significatifs qui simulent des efforts. Celui-ci se réfugiait aux cabinets et faisait, excusez le mot, « des efforts pour pousser comme s’il allait à la selle, il voulait par là arrivera se convaincre qu’il croyait en Dieu ». Il prit aussi des manies de précision, il surveillait ses mouvements et en particulier, il surveillait sa respiration et il s’efforcait de sentir le vaet-vient de l’air. Vous voyez en présence de quel individu nous nous trouvons. C’est à ce moment que certaines choses prirent à ses yeux une valeur symbolique, ainsi il n’osait pastraverser dans la rue l’ombre des arbres ; cette ombre symbolisait les gênes, les obstacles qu’il rencontrait dans l’existence. Vous avez déjà vu le fait chez un individu qui avait des hallucinations symboliques.
11 en est arrivé à la préoccupation actuelle, c’est ainsi que ce sont ses propres vêtements qui symbolisent ses gênes et à propos
LES OBSESSIONS DE LA HONTE DU CORPS
desquels s’est développée cette obsession. Vous voyez bien que le fait fondamental ce n’est pas l’attention qu’il apporte aux vêtements, ni même comme on le lui a dit l’exagération des sensations subconscientes, c’est la faiblesse de la volonté et le sentiment d’inquiétude et de gêne.
Ce jeune homme de 24 ans, Wye. .., très intelligent et très instruit devient très malheureux par suite d’une préoccupation tout à fait injustifiée ; il a l’obsession constante des mouvements de ses membres, de leur attitude ; il sent que ses mouvements sont gênés, qu’ils manquent de naturel, qu’ils ne sont pas comme ils devraient être ; il pense que ses bras se balancent d'une manière gauche, que ses yeux se tournent mal, que ses jambes sont raides. « Mes mouvements sont ankylosés, je ne sais où mettre mes mains, je marche mécaniquement, on dirait l’ours du Jardin des Plantes. » Il en résulte des clignements d’yeux, des secousses des bras, des sortes de tics pour essayer de se rendre naturel. Cette idée qu’il est ridicule, que ses mouvements sont gauches, se présente constamment h lui sous toutes les formes : il sait qu’elle est ridicule, mais il la discute et prend des manies d'interrogation sur ce point ; elle finit par gâter toute son existence.
Nous retrouvons toujours les mêmes antécédents : des parents déjà nerveux, et surtout mous, sans volonté, une éducation absurde, qui semble avoir pour but de supprimer toute initiative, puis des tics en particulier, celui d’avaler sa salive, de frotter le bout de sa langue, puis des scrupules, la phobie des couteaux, etc. Mais ce n’est pas là le point de départ de son trouble intéressant actuel : il a depuis longtemps un sentiment très remarquable qui joue dans la société, plus qu’on ne le croit, un rôle bien curieux, c'est le besoin d’être aimé.
Ce besoin semble bien naturel, et on aura de la peine à faire comprendre que poussé à un certain degré il soit pathologique. C’est cependant dans bien des cas une manifestation évidente de l’aboulie et de la faiblesse mentales. Ces malades ont peur de 1 isolement, ils ont besoin de se sentir entourés, appuyés; d’autre part, ils sont terrifiés à la pensée de la lutte et ils voudraient rencontrer autour d’eux une sympathie universelle. Ce jeune homme est un amoureux perpétuel depuis le collège, ce sentiment prend chez lui une forme particulière en rapport
LES OBSESSIONS DE LA HONTE DU VISAGE
avec son inquiétude, il lui inspire la préoccupation de plaire. « Je rapporte tout, dit-il, à mon effet sur autrui, je suis toujours préoccupé de savoir si j’ai plu. » C’est toujours là une mauvaise disposition en réalité pour réussir dans le monde : quelques échecs qui sont survenus ont augmenté son inquiétude. Avec la disposition qui le pousse à toujours s’accuser lui-même, il rapporte ses insuccès à ses manières, et peu à peu se constitue cette obsession de la honte des mouvements. Elle n’est pas ici, croyez-le, le résultat d’angoisses préalables, les angoisses ne viennent que plus tard ; elle se rattache par une série de sentiments intermédiaires, tels que le désir de plaire, le besoin d’être aimé, à l’inquiétude et à l’aboulie fondamentales. Aussi est-il bien probable qu elle se guérira facilement, dès que ce jeune homme aura pris un peu plus d’énergie et aura été rassuré sur lui-même par quelques succès auquel il a droit.
Observations iGi, 162. — Obsessions de la honte des traits du
visage. — Dépression A la, suite de la syphilis ; — caractère autoritaire de la mère, timidité de la fille , peur de la lutte, obsession des poils sur la figure ; — obsession des convulsions du visage, l’aboulie et l'inertie, fréquence des obsessions de honte relatives au visage.
Ce jeune homme de 2/1 ans, l’k..., a été forcé d’interrompre ses études, car il ne peut plus se rendre aux cours. Ce qui l’empêche de s’instruire, comme il le désire, et comme son intelligence le lui permettrait, c’est qu’il est trop honteux de sa personne pour se présenter au milieu de ses camarades. Il a imaginé tout un ensemble d’idées sur sa personne qui le gênent au point qu’il ne peut plus sortir en public. « J’enlaidis de toute manière, ma figure change, ma mâchoire surtout me gêne, il me semble qu’elle devient énorme, ne remarquez-vous pas comme j’ai une grande mâchoire ? etc. »
Ce jeune homme, fils de suicidé, a toujours été un faible, avec de grandes inquiétudes sur l’avenir. Dernièrement, il a eu le malheur d’être atteint de la syphilis ; la maladie a été très bénigne et tout fait espérer qu’il en sera quitte à bon compte. Mais cette maladie n’a pas peu contribué à le déprimer et à accroître sa timidité, l’idée obsédante exprime ses inquiétudes sous une
LES OBSESSIONS DE LA MONTE DU CORPS
forme imagée qui l’a frappé. La névrose semble ici accidentelle et, croyons-nous, guérira rapidement.
Vous vous rappelez une petite jeune fille que nous vous avons présentée il y a deux ans. Ayant des inquiétudes sur un mariage, elle avait imaginé qu’elle était trop laide et qu’elle avait des moustaches1, voici une femme de 38 ans, Per..., qui est tourmentée par la même préoccupation ridicule des moustaches. Cela vous montre combien ces obsessions se répètent, parce qu’elles sont l’expression des situations et des sentiments et que ceux-ci sont toujours les mêmes.
Remarquez en passant les antécédents ; la mère était une abominable autoritaire, qui s’était prise de passion pour une de ses filles maladive qu’elle avait beaucoup soignée et se montrait d’une exigence insensée avec les autres. Mère autoritaire, fille scrupuleuse, c’est une association très fréquente, ce qui vous montre une fois de plus que les autoritaires sont des névropathes présentant la même faiblesse et la même aboulie que les scrupuleux.
La jeune fille élevée très durement et n’ayant d’ailleurs aucune énergie fut toujours timide et honteuse d’elle-mème. Elle avait tellement peur des reproches qu’elle a fait trois fois des tentatives puériles de suicide poury échapper. Elle s’est mariée cependant et tout allait assez bien. La voici qui depuis trois ans a pris en grippe ses voisins, gens désagréables d’ailleurs et tapageurs ; elle s’est inquiétée de ce voisinage, elle a peur d’avoir à lutter contre eux, elle les déteste et voudrait cependant leur être sympathique, c’est l’habitude de nos faibles. Ces sentiments l'ont rendue plus timide que jamais, et surtout timide quand il s'agit de parler aux voisins. Comme toujours la faiblesse s’accentue quand il s’agit de l’acte le plus difficile : la timidité n'est pas autre chose que cette manifestation plus grande de l’aboulie dans les actes sociaux. Per... a eu besoin de se donner à elle-même une explication de cette gêne qu’elle ressent en pensant à ses voisins; elle ne peut pas dire brutalement à son mari ni s’avouer à elle-même : « J ai peur d’avoir à lutter contre mes voisins, je ne me sens pas de force à le faire. » Elle cherche une explication plus avouable, et elle a été frappée d’une découverte. Les découvertes de ce