‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 15 sur 201 · ABOULIE ET SENTIMENTS D’AUTOMATISME · texte numérisé non relu

ABOULIE ET SENTIMENTS D’AUTOMATISME

défaut d'émotion que nous avons déjà remarqué : « Je voudrais pouvoir me désespérer, pouvoir crier de douleur, je sais que je devrais être malheureuse et . je n’arrive pas à l’être. Je n’ai pas plus de plaisir que de peine, je sais qu’un repas est bon, mais je l’avale parce qu’il le faut, sans y trouver le plaisir que j’aurais eu autrefois, les joies ont fui et les chagrins aussi... J’ai été à un enterrement et je n’ai même pas su avoir de chagrin. »

Ce qui domine dans son état mental, c’est un sentiment singulier de perte de l’existence, de disparition de la vie, surtout de la vie morale. Voici quelques passages de la lettre qu’elle avait rédigée pour nous expliquer son état : « Je ne comprends plus la vie, ni le monde, ni moi-même, j’ai perdu toute conscience de mon être... Il me semble que je ne vis plus que matériellement, que mon âme est séparée de mon corps. Malgré tous mes efforts pour réagir, mon cerveau ne conçoit plus les choses comme autrefois, si bien que j’en arrive à me demander si j’existe réellement. Quand ces sentiments me prennent, j’éprouve le besoin que les miens me caressent, afin de me persuader que je suis bien encore auprès d’eux. » Il s’ensuit des crises de découragement profond : « Pourquoi est-ce que je ne vis plus la vie de la même manière qu’auparavant,... enfin, c’est un mal indéfinissable sans pour cela souffrir physiquement, car les quelques malaises que j’éprouve ne sont rien à côté de ces tortures morales, et je voudrais pouvoir souffrir. »

C’est sur ce sujet qu’elle revient tout le temps en insistant sur le sentiment de la perte de la vie, de la perte de la personne : « Je me figure ne plus être sur terre ; si je vis, je vis dans un autre monde... c’est la vie que je ne comprends pas, je ne puis pas me mettre dans la tète que moi et les miens nous sommes

vivants Je suis lasse d’une vie pareille, elle est si longue et je

ne la comprends plus. »

Comment devons-nous interpréter de pareilles expressions ? Elles méritent vraiment d’attirer notre attention, car elles sont fréquentes chez nos malades et se rattachent à tout un groupe de symptômes. Nombreux sont les malades qui nous disent avoir perdu leur moi, leur personne, leur vie, et il est bien probable que ce sentiment est au point de départ de bien des délires. Faut-il le considérer chez cette malade comme une obsession ? Pas précisément, car il n’y a pas encore là d’idée nette qui obsède la malade. Elle n’a pas de conception sur la vie et sur la mort ;

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