‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 30 sur 201 · ANGOISSE ET ÉPILEPSIE · texte numérisé non relu

ANGOISSE ET ÉPILEPSIE

Gl

blir son ménage depuis que son amant est parti. Elle a la sensation que son cœur se serre et que chez elle, tout est mort. C’est un sentiment d’anesthésie dans tous les viscères, il lui semble qu’ils n’existent plus. Ce sentiment l’effraye beaucoup et elle croit qu’elle va devenir folle, aussi ne peut-elle plus rester chez elle et se sauve-t-elle, même en chemise, chez des voisins.

Ce qu'elle décrit là, c’est une crise d’angoisse avec doute de soi-même, désespoir, sentiment de folie telle qu’on l’observe chez les mélancoliques et surtout chez les scrupuleux. Si on la laisse parler, elle est disposée à rattacher cet état à son éducation. Tout viendrait, dit-elle, de ce qu’elle a été enfermée dans un couvent où elle était très malheureuse.

Cependant si nous précisons l’étude de cette malade nous trouvons qu’il s’agit de choses infiniment plus graves. Dans ce couvent, déjà à l’âge de 20 ans, elle avait des crises de nerfs la nuit, dans lesquelles elle se mordait la face interne des joues et pendant lesquelles elle urinait dans son lit. Depuis cette époque, ces crises n’ont jamais cessé et se reproduisent de temps en temps la nuit et même le jour.

On peut se demander s’il n’y a pas quelque rapport entre ces accès d’angoisse dans lesquelles elle croit que tout est mort et qui l’amènent à fuir hors de son appartement et ces crises antérieures typiques. Or, bien souvent ces accès d’angoisse sont précédés ou suivis par un vertige. Dernièrement,, après un de ces désespoirs, elle s’est sauvée de chez elle, mais elle ne sait plus ce qui s’est passé : c’est qu’elle est tombée brutalement sur le front (elle en a encore la cicatrice au sourcil) et qu’elle a dû être transportée à l’hôpital Saint-Antoine où elle s’est réveillée. C’est donc par un véritable accès épileptique que l’angoisse s'est terminée.

Il y a probablement, chez cette femme très nerveuse, un état de tristesse et d’angoisse déterminé par ses chagrins domestiques. Mais cette idée obsédante prend par moments un caractère spécial : elle s’accompagne du sentiment que tout est mort, de cette angoisse, de cette fugue et il nous semble vraisemblable que ce caractère spécial de la tristesse n’est que le substitut d’un accès épileptique, soit que l’accès survienne réellement après, soit qu’il avorte.

C’est un exemple de plus à ajouter aux cas déjà nombreux de substituts psychiques du mal comitial que nous avons étudiés ici.

GK

PSYCHASTHÉNIE ET ÉPILEPSIE

Observation 36. — Manies mentales de la recherche dans

l’aura épileptique. — Sentiment de mécontentement, doutes,

manie de la recherche.

Nous réunissons ces trois malades qui présentent à peu près exactement le même phénomène : ce sont trois épileptiques. Gat.. ., cette jeune fille de 19 ans, a peu de grands accès, un tous les trois mois à peu près, mais en revanche elle a de grands vertiges qui se reproduisent presque toutes les semaines. Cet homme de 25 ans, Jet..., a eu des accès épileptiques à l’âge de 7 ans; ces accès se sont arrêtés d’une manière curieuse, à l’âge de i4 ans, à la suite d’une blessure assez grave qu’il s’est faite à la main et qui lui avait causé une grande peur. Il est resté jusqu’à l’âge de 21 ans, sans vertige et sans accès ; voici que tout a recommencé à 1 âge de 21 ans. Il était au régiment, et il est probable qu’il s’est laissé entraîner à des excès de toutes sortes ; il se sentait déjà fatigué quand il a assisté à des écoles à feu, le bruit du tir a déterminé un accès. Depuis trois ans, ils se répètent assez fréquemment. Enfin ce troisième malade, Sié..., jeune homme de 17 ans, n'a des accès que depuis deux ans. Ils ont été fréquents au début ; ils semblent être devenus plus rares puisqu’ils n’existent que tous les trois mois.

Chez ces trois malades, nous notons des auras psychiques, c’està-dire un trouble intellectuel très net, parfaitement reconnaissable pour l’entourage et pour le malade, trouble qui précède et qui annonce l’accès. Chez la première malade, l’accès ne vient pas toujours à la suite de l’aura qui reste ainsi avortée et constitue simplement ce que l’on appelle un vertige. Cette jeune fille, depuis l’âge de 7 ans surtout, a constamment, même en dehors des accès, un de ces sentiments de mécontentement et d’inquiétude que nous avons appelé un sentiment d incomplétude. Elle ne se sent j3as comme les autres, elle a 1 idée que tout le monde lui en veut, que personne ne l’aime.

Notez cet abaissement mental avec sentiment d'incomplétude, même en dehors des accès, chez un épileptique. De temps en temps elle, se sent beaucoup plus inquiète, beaucoup plus troublée et elle éprouve malgré elle « le besoin d'approfondir », c’est-àdire qu’elle réfléchit sur une des idées précédentes. « Est-il vrai qu’elle soit méchante ? est-il vrai que telle personne lui en veuille?. . . »

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