‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 43 sur 201 · LES ALGIES DE L’ESTOMAC · texte numérisé non relu

LES ALGIES DE L’ESTOMAC

Il y a un an, quelque temps après un accouchement, elle a commencé à avoir au milieu de la nuit des crises singulières. Ces crises se sont répétées d’abord irrégulièrement, elles surviennent maintenant toutes les nuits. La malade s’endort tranquillement vers dix heures; puis vers une heure du matin, elle se réveille brusquement en poussant de grands cris, elle a la figure pâle, les yeux hagards, elle fait des contorsions de tout le corps, mais n’a pas de convulsions véritables. Elle répète qu’elle souffre horriblement de l’estomac, que ce sont des brûlures épouvantables et que cette douleur va déterminer sa mort prochaine : elle crie, elle pleure, elle demande l’extrême-onction. Cette agitation folle dure une heure ou deux, puis la malade se calme un peu et vers six heures du matin elle se rendort. Comme la comédie se reproduit toutes les nuits depuis six mois, le mari commence justement à s inquiéter.

On a examiné les sécrétions gastriques, on a constaté l’hypochlorhydrie typique, l’absence complète d’LICl libre, une diminution considérable de l’HCl combiné et une hypopepsie à peu près complète. Ce sont là des troubles qu’on observe d’une manière banale chez beaucoup de neurasthéniques: suffisent-ils pour expliquer de semblables crises? On a parlé d’épilepsie : ce diagnostic n’est pas pour nous déplaire, comme nous vous l’avons montré, nous croyons qu’il y a lieu de rapprocher souvent ces états psychasthéniques et l’épilepsie, mais ici il n’y a vraiment rien qui rappelle bien exactement l’accès comitial. Il serait plus naturel de parler d’hystérie s’il y avait quelquefois de l’inconscience dans la crise, si nous pouvions relever quelques amnésies, quelques stigmates surtout au niveau de la région hypogastrique, mais nous ne trouvons rien de ce genre ici.

Restent les algies psychasthéniques, et nous pensons qu’il s’agit simplement d’une crise d’angoisse déterminée par une algie de ce genre. La malade est une aboulique et une inquiète, elle a depuis dix ans des préoccupations sur son estomac. Dans la journée, elle domine ses préoccupations et ne se laisse pas aller à l’angoisse, c’est pourquoi le repas de midi n’amène pas de crises semblables. La nuit, pendant le sommeil, elle présente une résistance moindre; il est probable que la fin de la digestion s’accompagne de fermentations acides déterminant des brûlures, ces brûlures confusément senties amènent des rêves qui doivent rouler sur le cancer de l’estomac ou sur l’appendicite. Elle reconnaît

LES PHOBIES

d’ailleurs en souriant que nous avons deviné juste, que de tels rêves mettent en jeu de grandes émotions et lui causent des angoisses.

C’est en vain qu elle a usé de tous les traitements de l’estomac, nous croyons qu’ils ne sont pas inutiles et dans des cas semblables nous nous sommes bien trouvés de traitements basés sur des principes différents, l’ipéca, l’acide phosphorique au début de la digestion, les alcalins à la fin, le carbonate de chaux, l'hvdrate de magnésie. Mais ici nous sommes d’avis de tout supprimer, d’abord parce qu elle a usé de tout cela, ensuite parce que l’emploi de médicaments entretient l’émotion hypocondriaque. Il vaut mieux, à notre avis, se borner à un régime sévère, à quelques pratiques hydrothérapiques, lui conseiller quelque exercice physique et même quelque travail mental ; il faut surtout insister sur l’affirmation sérieuse qu’elle n’a rien à l’estomac et qu’elle doit faire effort pour s’en convaincre. C’est ce que nous pouvons indiquer de plus sage. Comme la malade désire être hypnotisée et quelle a confiance en ce traitement, nous essayons de modifier ces convictions pendant un léger état d’engourdissement que l’on peut provoquer chez elle.

11 est rare de réussir aussi bien, cette jeune femme a bien voulu se laisser convaincre par notre autorité; elle continue à avoir mal à l’estomac, cela est vrai; mais elle n’a plus de crises la nuit, ce qui est toujours un gros progrès.

Observation 5a. — Algie de l’estomac.

Deux mots seulement sur cette malade, Cœ..., femmede 29 ans, que vous devez simplement rapprocher de la précédente. 11 s’agit en effet exactement du même phénomène, seulement il se passe dans la journée et par conséquent il est un peu moins dramatique. Trois heures après le repas « douleur atroce de l’estomac, la mort devant les yeux..., on ne souffre pas plus pour mourir, je ne pourrai plus manger, je ne puis déjà plus boire de vin. On ne me donne pas les soins que l’on doit à une mourante ». Qu’y a-t-il au fond de tout cela ? Du pyrosis, quelques aigreurs tout simplement avec grande réaction angoissante à cause de la faiblesse nerveuse sur laquelle se greffe ce phénomène.

Page 1