I.F.S TICS
attend avec impatience le prochain repas après lequel il recommence. Et voici cinq à six ans que dure cet exercice.
C est peut-etre beaucoup que de faire rentrer une pareille folie dans les tics, mais elle se rapproche des rots, des éructations et aujourd hui le vomissement est devenu très facile, presque invo-
LES TICS DE VOMISSEMENT
lontaire. D'autre part, il a remplacé des tics précédents et procède du même état mental.
Comment cet homme en est-il arrivé là ? Sans grands antécédents héréditaires, il a toujours été un débile, très timide, très inquiet, il n’osait pas faire la moindre démarche, cela le faisait grelotter, lui donnait des angoisses et des tics. lia eu toutes sortes de tics, des clignements d’yeux, des secousses des épaules, il a rongé ses ongles, il avait un petit cri : « hum, hum », qu’il répétait trois fois à toute occasion; il a abusé de la masturbation, etc... Remarquons en passant que la masturbation est un des grands phénomènes de dérivation : chez beaucoup de nos débiles, l’effort volontaire, l’effort d’attention, le début d’une émotion se résolvent en excitation génitale et en masturbation.
Plus il avançait en âge, plus il devenait bizarre, il avait la peur du monde, le besoin de solitude « de peur de rencontrer des ennemis ».
Il commença vers l’âge de 18 ans à se préoccuper de sa miction : la crainte d’un trouble urinaire lui fit cesser les masturbations, mais alors il prit la manie d’uriner tous les quarts d’heure. Un peu plus tard vers l’âge de vingt ans, des douleurs d’estomac détournèrent l’attention du malade de ce côté, il conclut qu’il mangeait trop, ce qui n’était peut-être pas déraisonnable ; mais comme d’autre part, il avait bon appétit et n’avait pas la volonté suffisante pour restreindre l’alimentation, il se trouva mieux un jour que l’estomac s’était déchargé. De là l’idée singulière de vider en partie l’estomac après chaque repas. Le tic alla en grandissant : As... sentait un malaise, s’il n’avait pas tout vomi, une sorte de jouissance à vomir complètement « et, dit-il avec tristesse, je me suis laissé aller à la tentation ». Il en est arrivé peu à peu à vomir tout ce qu’il mangeait.
Remarquez bien la différence de cette maladie, d’abord avec l’anorexie hystérique dans laquelle il y a perte complète de l’appétit et refu^ d’aliments et avec le vomissement hystérique qui esttoutautre. Le vomissement hystérique est un acte automatique dans lequel le spasme de l’estomac, du diaphragme, de la poitrine, se fait involontairement et inconsciemment. Si au début du vomissement hystérique il y a quelquefois des idées du même genre que chez notre malade elles ont bien vite disparu de la conscience et ne se retrouvent que dans le somnambulisme. Ici, l’idée maladive ne se développe pas à part de la conscience, elle se déve-
loppe dans la conscience même et elle est l’expression d’un malaise général. Il en résulte que vous ne trouverez pas ici ces anesthésies de la région épigastrique, ces contractures des muscles abdominaux qui jouent un grand rôle dans le vomissement hystérique ; il en résulte que vous ne pourrez tirer ici que peu de bénéfice du massage de l’abdomen ou de la suggestion hypnotique.
Voici notre garçon bien engraissé; il a suffi de lui faire comprendre le danger de ses manœuvres, de remonter son courage : une surveillance de quelques semaines à l’hôpital, après les repas, a suffi pour lui faire perdre au moins momentanément sa répugnante et dangereuse manie.
Observation i io. — Crampe des écrivains. — Aboulie professionnelle, scrupules, étal neurasthénique.
Voici encore une maladie intéressante que l’on considère trop souvent comme un symptôme isolé, c’est la crampe des écrivains. Cette femme de 35 ans, An..., ne peut plus écrire du tout depuis six mois. Aussitôt qu’elle prend la plume, ses doigts se resserrent, le poing se ferme et la malade sent une douleur, un engourdissement qui remonte dans tout le bras droit jusqu’à l’épaule. Dans ces conditions, il lui est impossible d’écrire, il lui est même impossible de tenir la plume et elle la laisse tomber. Ce symptôme s’est développé peu à peu chez une personne qui vivait en faisant des copies et des traductions, par conséquent qui se fatiguait à écrire, c’est donc tout à fait le symptôme que l’on appelle la crampe des écrivains.
Chez cette personne, ce symptôme a été pendant longtemps précédé d’un autre qui a, à nos yeux, une grande importance et qui se présente, avant la crampe des écrivains, bien plus souvent que I on ne croit. An... avait un dégoût énorme, profond, de son métier, elle n’avait plus le courage de se mettre à ses copies, elle aurait préféré faire n’importe quoi. Eu un mot, elle présentait au plus haut degré l’aboulie professionnelle qui est si fréquente chez les psychasthéniques. Depuis longtemps, elle avait aussi des hontes de ce qu’elle faisait ; son travail lui paraissait mal fait, ridicule, honteux et elle commençait à avoir des obsessions de