‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 91 sur 201 · LES TICS ET LE DÉLIRE DE SCRUPULE · texte numérisé non relu

LES TICS ET LE DÉLIRE DE SCRUPULE

contre très fréquemment chez les psychasthéniques, elle avait le sentiment « qu’elle jouait la comédie, qu’elle faisait exprès d’avoir des tics ridicules ». Mais ces pensées étaient passagères et pendant les périodes des tics l’esprit restait en apparence assez sain.

Pendant trois ans on essaya de tous les traitements sans pouvoir diminuer les tics. Enfin on voulut essayer de l’hypnotisme et la malade fut isolée et soumise à des essais réguliers d’hvpnotisation. Quelle que fut la patience du médecin et du sujet jamais il ne fut possible d’arriver au sommeil hypnotique. Ce point est à remarquer car nous soutenons précisément que les psychasthéniques ne sont pas hypnotisables et que ce caractère très important contribue à les séparer des hystériques. Mais pendant ces séances on répéta à la malade qu’il fallait faire effort sur ellemême, se dominer, qu’elle pouvait, si elle le voulait, arrêter ces tics qui faisaient son désespoir et rendaient tout travail impossible : elle finit par s’en émotionner. Elle ressentit en elle-même une impression bizarre. « Je me suis découragée, il m’a semblé que tout partait en dedans de moi-même, je ne me suis plus sentie la même, je n’étais plus moi, je jouais tout à fait la comédie, je n’avais plus de bonne volonté, plus de volonté du tout. »

Cette émotion et ces réflexions amenèrent deux résultats également curieux, d’abord les tics se mirent à diminuer, puis à disparaître et l’agitation ne se manifesta plus au dehors par des mouvements des membres. Mais la jeune fille ne fut pas guérie pour cela, elle resta plus immobile, plus morne que jamais. « Je ne peux plus rien faire, disait-elle, je n’ai plus envie de rien, je ne prends plus plaisir à rien, je n’ai même plus de chagrin de ma maladie et cela ne me fait rien de faire de la peine à mes parents, je ne veux plus vivre et d’ailleurs je ne sais plus si je vis, ce n’est plus moi... »

C’est là un abaissement mental plus considérable que précédemment avec aboulie, apathie et perte plus grande des fonctions du réel. Mais la dérivation qui tout à l’heure se faisait par des tics a-t-elle disparue? Non, seulement elle est devenue differente, elle est devenue mentale : la malade rumine perpétuellement, s’analyse indéfiniment, elle s’interroge sur le traitement hypnotique : « Pourquoi est-ce qu’on n’a pas pu l’endormir, quand le médecin avait dit qu’il endormait tout le monde ; c’est donc qu’elle est différente des autres, c’est elle qui a résisté et qui ne s'est pas prêtée au traitement, c’est sa faute si elle n’a pas été

LES TICS

guérie, ce qui lui reste est-ce de la paresse dont elle soit responsable devant le bon Dieu...? que faut-il faire pour cherchera Se rattraper quand on est tombée ainsi, etc... ? » C’est en ce moment de l’agitation mentale, ce que l’on appelait autrefois de la folie du doute.

Nous tenions à vous faire remarquer cette substitution de la folie du doute à la maladie des tics; cela confirme une fois de plus ce que nous disions sur l’ identité fondamentale des deux maladies qui ne sont que deux aspects, deux phases de la dérivation dans la psychasthénie.

Cela nous donne aussi quelques enseignements sur le traitement des tics. C’est une erreur à notre avis de ne voir dans le tic que la maladie du mouvement et de ne s’occuper que de modifier le mouvement. On peut très bien supprimer le tic d’un tiqueur sans le guérir en aucune façon et même en aggravant son mal. L’essentiel n’est pas cette forme de dérivation qui donne le tic, l’essentiel c’est l’abaissement de la tension nerveuse, c’est la suppression des phénomènes psychologiques supérieurs de la volonté de l’attention, du plaisir du présent. Ce sont ces phénomènes-là qu’il faut s’efforcer de faire remonter par tous les procédés physiques et moraux et c’est pourquoi l’un de nous disait déjà il y a dix ans que la guérison du tic consiste à apprendre au sujet à faire attention. Quand on réussit à guérir un tic en habituant le malade à faire certains mouvements, il ne faut pas se figurer que ce sont ces mouvements qui l’ont guéri. Ce qui l’a guéri, c’est la confiance que le médecin a su lui inspirer dans le traitement, ce sont les émotions heureuses que l’on a excitées, ce sont surtout les efforts d’attention qu’on lui a fait faire graduellement. Il nous semble que M. Dubois de Saujon a très bien indiqué, d’après notre enseignement, comment les tics se guérissent de cette manière. Si en ne s’occupant que du mouvement on n’obtient pas l’amélioration de l’état aboulique on amènera simplement une transformation de la maladie dont nous venons de voir un exemple.

Observation iï3. — Crise de tics. — Mouvements de danse, cris, paroles (/rassiéras, ruminations, scrupules et idées de persécution.

11 est souvent utile de revoir, après un long intervalle, nos

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