Legrahd du Saulle, Agoraphobie, p. G
LES CRISES D’AGITATION FORCÉE
2° Le deuxième phénomène qui joue un rôle prépondérant comme point de départ de ces crises, c’est Y attention. En effet, les agitations motrices, les ruminations, les angoisses commencent aussi dans d’autres circonstances quand il s’agit simplement d’idées et non pas d’actes. Je remarque alors que ces idées provocatrices demandaient pour être comprises un certain effort d’attention ou bien étaient proposées à l’acceptation ou à la croyance. C'est l’effort pour faire attention et surtout l’effort pour croire ou pour nier comme tout à l’heure l’effort pour agir qui semble être la cause de ce singulier travail mental.
Une fillette de i5 ans, Ho..., est forcée de faire ses tics « quand commence la classe à l’école » elle se secoue, se met les doigts dans le nez, ronge ses ongles, frotte son ventre, pense h ses poils au pubis « parce que la dictée est difficile ». On peut observer le fait chez un grand nombre d’enfants et la maîtresse d’école Lkb... n’échappe pas à la loi. Elle est très tranquille pendant les récréations; elle cligne des yeux et secoue son épaule quand il faut recommencer la classe et surtout « quand il faut faire la leçon aux grandes, ce qui demande plus d’attention. » Renée a ses tics quand elle veut lire un livre et le... est « invinciblement poussé à marcher indéfiniment quand il se met à sa table de travail pour écrire ses devoirs. » Le fait est banal et se vérifie très facilement.
Tout un groupe d’angoisses peut être désigné sous le nom de phobies des idées. Elles naissent à propos de l’effort d’attention pour adopter ou repousser certaines croyances. Essayer de se faire une opinion sur la religion, sur Dieu, sur le démon, sur l’enfer, voilà ce qui détermine les angoisses de Lise et de bien d’autres. Ki... a des angoisses quand il essaye de faire attention à la causalité ou à une idée philosophique quelconque.
L’attention portant sur des idées morales sur le devoir, le mensonge, le crime, rend tous ces malades anxieux. Mais il n’est pas nécessaire qu'il s’agisse d’idée morale capable de rappeler leurs obsessions de scrupule. Une attention quelconque, sur une lettre, sur un journal détermine des phobies et des ruminations chez /.a... ; Jean redoute « toute application d’esprit » qui amène des palpitations de cœur. Le fait négatif a la même valeur que le lait positif: un effort pour nier une histoire absurde suffit pour ramener toutes les ruminations de Lise.
Enfin il faut encore ici faire la même remarque que précédemment, il ne s’agit pas d’une idée, d’une croyance quelconque
LES AGITATIONS FORGÉES
agissant sur notre conduite presque à notre insu, il s agit d une croyance volontaire et attentive. Cha... ne se pose pas de questions quand il enseigne la musique. Claire a beau affirmer qu’elle ne peut croire à rien, il est évident cependant qu’elle est convaincue d’une foule de choses: elle croit qu’il fait jour, que j’habite à Paris, qu elle parle français, etc. Toutes ces croyances sont impliquées dans le simple fait de m’écrire une lettre, mais elle n’v fait pas attention, et ces croyances ne la troublent pas. C est en somme 1 acte d attention amenant 1 acceptation ou la négation qui a une influence tout naturellement analogue à celle de la volonté.
d° Un autre phénomène peut devenir le point de départ de certaines ruminations ou de certaines phobies, c'est l’émotion ou du moins un certain genre d’émotion.
Legrand du Saulle 1 cite ce fait curieux: « dès qu il faisait une tentative de coït, ses pensées surgissaient aussitôt avec la plus grande intensité et glaçaient toute disposition à la rigidité pénienne. » Cette observation intéressante est tout à lait banale : je ne puis, on le comprend, raconter en détail les singulières conlessions que m ont faites un grand nombre de ces malades à propos de leurs émotions génitales. Mais je puis relever ce fait principal : 1 émotion génitale est très souvent le point de départ des ruminations, des tics et des angoisses. Les malades ont le desn , ils se sentent plus ou moins excités, et a ce moment commencent des agitations, des angoisses ou d interminables ruminations mentales. C est aussi 1 instant où plusieurs d entre eux sont saisis par un invincible besoin d uriner ou d’aller à la selle ou commencent leurs tics.
Il en est de même pour la douleur physique ou morale. Lise a une très singulière manière de ressentir les douleurs de l’accouchement. C est a ce moipent que son esprit est envahi au suprême degré parles manies du serment, des pactes, par des ruminations interminables et odieuses. Les douleurs morales ont le même cflcl. « Lajoie ou la peine, dit Mm..., me font perdre l’équilibre et me font retomber dans mes rêveries ». « Les situations lugubres, dit .Jean, me donnent des agitations et des crises de fou rire. »
La colère, chez Lise, est aussi le point de départ de ruminations et elle redoute même à ce propos le plaisir esthétique.
i. Legrand du Saulle, l'olic du doute, îG.