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Sentiments d’intimidation

Dans les cas extrêmes tous les sentiments que je viens de décrire se manifestent à propos de tous les actes quels qu ils soient Mais il est évident que dans les cas moins graves ces sentiments ne surviennent qu’à propos de certains actes et non a propos de tous.

Quels sont donc les actes qui ont le singulier privilège de les faire naître? Ce ne sont pas les actions insignifiantes que 1 habitude a déjà rendues automatiques ; Claire ne se préoccupe pas de marcher, de manger, de respirer. Les actions pour lesquelles ce sentiment s’éveille sont celles qui précisément ne sont pas d ordinaire automatiques, celles qui attirent 1 attention. Plus un acte est fait d Ordinaire avec attention, plus il est à proprement parler

i, Baron Mourrc, l’Aboulie. Revue philosophique, 1900, 11, 284.

volontaire, plus il a chance d’éveiller tous ces sentiments d’insuffisance de la volonté. On comprend donc que ces actes soient variables suivant les sujets, les uns, et ils sont nombreux, sont surtout préoccupés d’actes religieux et le trouble s’éveille au début dans les églises. Tout à fait au début Claire ne ressent ce sentiment de difficulté, ces indécisions, cet automatisme qu’au moment de faire ses prières et de se confesser. Chez d’autres l’acte grave va être l’acte professionnel : envoyer des dépêches ou rouler des pétales de rose en porcelaine, etc.

Mais il y a une catégorie d’actes qui ont le privilège d’être difficiles et importants pour tout le monde et d’exiger une certaine somme d’attention volontaire, ce sont les actes qui doivent être exécutés en public devant nos semblables. Je ne vois pas dans la timidité un phénomène spécial, ce n’est âmes yeux qu’un cas de tous les troubles précédents. Aussi nous ne serons pas étonnés que tous ces malades soient des timides, c’est-à-dire qu'ils éprouvent au suprême degré les troubles précédents quand ils doivent accomplir des actes devant des témoins. Mt..., femme de l\ i ans, est surtout gênée dans ses actes quand sa femme de chambre est présente, c’est à ce moment qu’elle sent son action automatique et ridicule. « Je suis gênée, dit Fie..., quand il y a deux personnes qui me regardent. » Je ressens un effet étrange, dit Ei..., femme de t\i ans, quand il y a du monde il me semble que j’agis bêtement, que je ne suis plus libre de faire ce que je lais, je retrouve ma liberté quand je suis seule. » On retrouverait les mêmes sentiments chez Dob..., chez Jean, et surtout chez Nadia. Celle-ci a, comme on l’a vu, un si grand besoin d’affection qu’elle voudrait se montrer aimable avec tout le monde et elle fait plus d’attention que jamais à sa conduite quand elle est avec des personnes à qui elle veut plaire. « Cela me gêne de dire des choses aimables que je voudrais bien dire, je me trouve stupide, je suis tout à fait dégoûtée de moi-même. » Je ne discute pas ici le rôle des phénomènes émotifs dans les phénomènes d intimidation, je constate seulement que les sentiments d’insuffisance de l’action se montrent souvent dans les mêmes circonstances où cette émotion prend naissance.

g. — Sentiments de révolte.

Enfin il ne faut pas oublier que la volonté n’est, pas toujours

LES STIGMATES PSYCHASTHÉNIQUES

active el ne détermine pas uniquement des actes positifs, il y a une volonté négative, celle qui refuse une action et une volonté en quelque sorte passive qui accepte les choses données et les situations telles qu elles sont. Il faut un certain eflort pour s’adapter à un événement, pour réorganiser sa vie en tenant compte de ce qui vient d’arriver. Eh bien ces deux formes de la volonté donnent naissance exactement aux mêmes sentiments que la volonté active. Nous pourrions retrouver les mêmes oênes, les mêmes sentiments de difficulté, d’automatisme, de fatalité quand il s’agit de résister à une impulsion ou à un désir. Mais j’insiste sur la dernière forme qui est plus curieuse. Ces malades ont le sentiment qu’ils n’acceptent jamais les choses, qu’ils sont incapables de se résigner. « Je ne puis pas comprendre, dit Lise, qu’une chose est impossible et il me semble toujours que je fais des souhaits et même des efforts pour atteindre une chose que je devrais savoir irréalisable, c'est encore à ce moment que j’ai l’idée d’invoquer une puissance mystérieuse qui fera ce que je désire et cela me fait encore penser au démon. » Voici plus de douze ans que Nadia a perdu sa mère, elle se figure toujours que ce malheur est arrivé hier et qu’il ne peut arriver qu’à elle. Elle n’a pas encore accepté que ce soit une chose faite et irréparable. « Voici vingt ans que j'ai perdu ma grand’mère, dit Bal..., et je la pleure comme au premier jour ; je ne pourrai donc jamais prendre mon parti de sa mort et accepter qu’elle soit morte. »

Tous ces divers sentiments qui se présentent à propos de l'action se rattachent tous les uns aux autres. Ils contiennent tous un sentiment fondamental : c’est que l’action est incomplète. Poulies désigner j’ai été obligé de forger un mot et je proposede les appeler des sentiments d’ incomplétude . Ce mot est plus juste que le terme « sentiment d’imperfection » qui implique à tort un désir de perfection au-dessus de la moyenne ; il me semble aussi plus juste que le terme « sentiment d'insuffisance », car il ne s’agit pas d’une insuffisance quelconque, il s'agit de l’absence de terminaison définitive et complété. L'idée exprimée par le mot complet me paraît la principale et ce mot devait intervenir dans la désignation de ces sentiments tout particuliers. Le mot « incomplétude » a été employé par bien des malades, il me semble faire image et je crois que son usage va être bien justifié

LTNCOMPLÈTUDE dans les opérations intellectuelles

par l’étude des autres sentiments du même genre qui se présentent à propos des perceptions et des émotions.

intellectuelles.

Les crises précédentes de rumination, d’agitation ou d’angoisse commencent a 1 occasion d’un travail intellectuel, d’une perception, d un effort d attention comme à l’occasion d’un acte volontaire. On retrouve à propos de cette opération intellectuelle les mêmes sentiments que nous avons constatés à propos des actes volontaires.

i • — Sentiments de difficulté des opérations intellectuelles .

Ces malades prétendent d’abord que le travail de l’esprit leur est devenu à peu près impossible, à causes des difficultés qu’il présente et des souffrances qu’il leur cause. Tous se plaignent d’avoir des douleurs dans la tête quand ils veulent appliquer leur esprit ; nous avons vu d’ailleurs que l’attention est très souvent le point de départ des agitations, des ruminations et des angoisses. Aussi Jean a-t-il une grande terreur de l’attention, « qui va lui donner des coups à l’estomac... », il faut des exhortations et des précautions inouïes pour obtenir quelques instants de lecture, bise également se plaint des fatigues que lui cause la lecture, des difficultés qu’elle éprouve à faire un petit calcul. Beaucoup de sujets comme Vob..., Ck... s’épouvantent et se mettent en colère si on essaye de fixer leur attention ou de leur faire accepter une occupation régulière.

Cette résistance s’explique en partie par le sentiment qu’ils ont de l’insuffisance de leur attention : ils sentent qu’elle ne se fixe pas et n arrive pas a 1 unité. « Quand je liens une conversation, dit Jui..., je voudrais bien pouvoir penser à ce que je dis. » Lise sent toujours un engourdissement, un état vague, une gêne énorme de la pensée ; elle n’a jamais la disposition de l’esprit tout entier, elle sent qu elle ne se donne jamais complètement à ce qn elle fait « ce que je lis, même ce que je regarde, n’est pas bien

LES STIGMATES PSŸCH ASTHÉNIQUES

net pour moi, c’est que je pense toujours à autre chose ». Gisèle se fixe plus facilement sur des idées que sur des objets, cela est à retenir, mais même quand il s’agit des idées abstraites qu’elle préfère elle ne peut jamais penser à une seule idée à la fois, « il suffit que je veuille appliquer mon cerveau pour qu il brode ». Il en est de même dans l’observation de Vor... (187) « qui n'est jamais entièrement à ses additions ». « Je ne puis pas élucider mes idées... je suis comme sous le coup d’un ramollissement... je ne suis pas à ce que vous me dites... je ne suis pas tout entière à l’endroit où est mon corps... » Ce sont des paroles répétées à chaque instant par bien des malades.

Une variante du sentiment précédent consiste dans le sentiment d’instabilité, le malade sent qu’il quitte tout le temps la chose qu’il considérait. « Je ne m’attache à mes idées qu'une minute, une seconde à peine, je ne puis pas penser de la même façon et avec la même force deux secondes de suite. » « Rien n'est fixe, rien n’est stable devant moi parce que je ne puis m'arrêter sur ce point. » M. Duprat1 a beaucoup insisté sur l'importance de ce sentiment d’instabilité et sur le rôle qu il joue dans la pathogénie de certains troubles mentaux.

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