I. Névroses el Idées fixes, I
3(|(i LES STIGMATES PSYCHASTHÉNIQUES
faire souffrir, car j’en ai besoin de temps en temps... L’autre m’étonne par sa froideur, par sa cruauté, par son absence de tout sentiment... Un peu de remords, de crainte, rendait enfin la chose plus pimentée qu’avec le mari et c est la ce qui me faisait du bien . » La passion également maladive de Nadia pour le musicien X... serait inexplicable si l’on n’y cherchait que le besoin de direction, puisque X... ne lui a jamais parlé et ne pouvait aucunement diriger son esprit. Mais voici un fragment de lettre qui explique très bien cette passion : « Les concerts de X... ont été pour moi une révélation, ils m’ont tellement enthousiasmée que je ne me suis jamais remise de cette émotion : je ne puis pas expliquer l’effet que cela m’a fait. Quand je suis sortie de la salle après le premier de ces concerts, mes jambes et tout mon corps tremblaient tellement que je ne pouvais plus marcher et j’ai passé la nuit à pleurer... Mais je ne souffrais pas ; bien au contraire il me semblait que je sortais d’un rêve qui remplissait ma vie auparavant, que je voyais mieux les choses comme elles sont, que j’étais dans un véritable ciel de bonheur (En un mot, elle éprouve à ces concerts un de ces sentiments d’excitation que Jean appelait un sentiment sublime, elle se trouve relevée au-dessus de son apathie ordinaire). Mon seul espoir pendant des années a été de l’entendre de nouveau et d’éprouver les mêmes sentiments. Je crois, en effet, comme on me l’a tant reproché, que j’ai eu une passion pour lui, mais ma passion n’est pas le même genre de passion de celle des autres personnes, de cela je suis sure. Il me semblait avoir sur moi une influence surnaturelle et pouvoir seul me tirer de mon rêve perpétuel. » Je trouve cette lettre très intéressante pour expliquer certaines amours platoniques souvent signalées chez les obsédés, il s’agit ici d’une excitation artistique que la malade aspire à retrouver.
L’excitation peut ne pas être produite par une personne réelle et avoir cependant le même résultat. « J ai très souvent le besoin, dit Gisèle, d’aller voir la statue de Notre-Dame des Victoires ; on dirait que c’est chez moi une manie: c'est que cette statue a une impression spéciale de force, cela me regrimpe de la regarder. » Je signale ii sa place avec ces quelques exemples ce singulier besoin d’excitation, nous aurons à le discuter de nouveau a propos des interprétations de la maladie et de ses traitements.
TROUBLES DES ÉMOTIONS ET DES SENTIMENTS