LES CRISES DE PSYCHOLEPSIE ET LES ACCÈS ÉPILEPTIQUES
Je rappelle surtout à ce propos une observation très intéressante Je M. Kéraval qui a rapport, il est vrai, à la migraine ophtalmique dont on sait les relations avec l’épilepsie. Il s’agit J mie malade qui a une migraine ophtalmique avec hémianopsie et scotome scintillant à gauche : en même temps que le trouble visuel elle ressent une excitation intellectuelle bizarre, une profusion d idées avec afflux obsédant et. gênant de toutes les conceptions qui s’y rattachent, elle se sent forcée d’examiner chacune de ces idées, de les soupeser et de répondre par « oui » ou par « non » sur tous leurs caractères. Détail bizarre de l’observation que nous ne sommes pas capables aujourd'hui d’interpréter quand 1 hémianopsie est inverse et plus accentuée à droite il n’y a rien de mental1. J observe également en ce moment une malade qui a des crises de migraine ophtalmique avec scotome scintillant à gauche et qui est une scrupuleuse obsédée, mais je n’ai pas trouvé de rapport étroit entre les crises de migraine et les crises de scrupule.
Dans un article intéressant sur l’action inhibitoire de la volonté dans les attaques d’épilepsie M. Tissié 2 décrit un épileptique dont la crise est précédée par « une mauvaise idée ». C’est une idée banale qui traverse son esprit, grossit peu à peu, devient fixe et chasse toutes les autres pensées, le malade qui connaît cette mauvaise idée lutte contre elle dès qu elle apparaît en tâchant de grossir d autres idées. Cette observation est intéressante à bien des point de vue. Un des caractères distinctifs que l’on donne souvent: c’est que 1 obsédé lutte contre son idée, on voit ici que 1 épileptique peut lutter également; cette observation nous montre aussi la rumination au début de la crise d’épilepsie.
C’est ce que nous vérifierons dans l’observation de Jet... (3b), homme de u5 ans, accès épileptiques depuis l’âge de 7 ans. « Cela débute, dit-il, quand je pense à une idée, celte idée m’entortille et je 11e comprend pins l ien. » Les accès de Sic. ... homme de 1 7 ans, commencent par la pensée de chercher quelque chose, tout le temps il rêve qu’il cherche une clé qu’il a perdue, il s’absorbe dans cette recherche il ne reprend conscience qu’après une demiheure de sommeil et se réveille la langue mordue. Get... tombe
i. Kéraval, Idées fixes. Archiv. de neurologie, 1899, II, p. 83o.
2- Tissié, Congrès des aliénistes et neurologistes français, 189a, et Hernie de l'hypnotisme, 1896, p. 129. *
TI I ÉORIES PATHOGÉNIQUES
quand elle cherche à approfondir quelque chose, Lug..., ! nx... (2, S), présentent des phénomènes semblables. On en trouverait beaucoup d’autres exemples dans les observations que j’avais recueillies pour la leçon de M. Raymond ' sur les équivalents psychiques de l’épilepsie.
A côté des observations précédentes je puis placer un cas que je trouve tout à fait intéressant et démonstratif; la malade m a été obligeamment signalée par M. Riche parmi les épileptiques de la Salpêtrière. Il s’agit d’une jeune fille Yol..., âgée de 20 ans. dont la maladie a commencé dès l’âge de 5 ans. Au début elle présentait seulement une sorte de malaise et de tic. hile axait une souffrance à l’estomac qui la faisait pâlir, elle y portait les mains, frottait la région deux ou trois fois et c était tout. Les phénomènes sont restés semblables, plus ou moins Iréquents jusqu’à l’âge de i3 ans. A ce moment, huit jours avant fapparition des règles, elle eut son premier grand accès. Depuis, les accès se répètent à peu près tous les mois et les \eiligc? tous les huit ou quinze jours. Mais ceux-ci se sont un peu compliqués par l'addition d’un phénomène intellectuel remarquable. Le malaise de l’estomac avec mouvements de friction et pâleur la saisit ordinairement le matin assez brusquement. Au moment où le malaise survient elle avait une pensée quelconque entête, ou bienelle rcgaidait quelque objet. Immédiatement, par le fait même de sa coïncidence avec le malaise, cette pensée change de caractère, elle devient, douloureuse et obsédante. A partir de ce moment et sans interruption pendant toute la journée, Yol... se sent lorcee de penser à cette même idée et ne peut s'en détourner « elle sait que cette idée lui est très pénible physiquement et moralement, car l’idée ramène le malaise de l’estomac et fait tout voir dune manière drôle ; mais elle est forcée d’y penser constamment et 11e peut absolument rien faire d autre. « ^ ol... a été ainsi obsédée pai la pensée de la première communion de sa sœur, par une date, par le nom d’une personne, par l'image d'un calendrier, par l’image d’une chaise ou d un parapluie, parce que, au moment du malaise initial, elle pensait à cette première communion ou à cette personne, parce que, à ce moment, elle regardait le calendrier, la chaise ou le parapluie. L’obsession et le malaise durent tant que la malaise n’a pas eu plusieurs heures de sommeil normal.
1. F. Raymond, Leçons sur les maladies du système nerveux, 11J01, 'N . p- 107’