‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 273 sur 352 · L’HÉRÉDITÉ · texte numérisé non relu

L’HÉRÉDITÉ

Cequi parait le plus curieux c’estque dans 47 cas, c’est-à-dire 28 pour 100, je trouve à un degré plus ou moins accentué ce que l’on peut appeler une héréditésimilaire; dans 12 de ces cas l’hérédité est absolument semblable et la maladie se répète quelquefois dans tous ses détails. Le père de Mb... avait une manie d’interrogation, de vérification qui ressemble tout à fait aux interrogations que lait maintenant sa fille parvenue au même âge sur la valeur des différents sens. L’obsession du suicide que j’observe actuellement chez Er... existe aussi chez sa sœur, elle a existé chez la mère et chez la grand’mère de ces deux jeunes filles. Dans le cas de Sol... la mère et le fils présentent en même temps la même obsession qui les pousse a penser constamment avec terreur a la mort subite. Dans les ajitres cas les parents ont d’autres obsessions, d autres manies bien caractérisées. La mère de Dob... avait des obsessions de jalousie, et Dob... est une agoraphobe. Bow... nous présente la microphonophobie, son fils a la phobie du bégaiement. l.a grand’mère de Gisèle avait des craintes de dépenser de 1 argent, de le voler et de l'amour fou pour les bêtes. La fille de cette malade, à 6 ans, présente des manies d’ordre et des remords obsédants, elle sent déjà « qu’elle n’est pas comme les autres petites filles qui savent avoir des idées gaies ». Trousseau avait déjà remarqué qu’il y a des familles chez qui les tics sont héréditaires, il y en a de même chez qui les phobies et les scrupules se transmettent de génération en génération comme les traits du visage. Lise et sa plus jeune sœur, qui ressemblent à leur père, ont des scrupules comme lui ; son frère, qui ressemble physiquement à la mère, échappe à la maladie.

Dans beaucoup d’observations, où j ’ai compté les parents comme sains ou bien comme ne présentant que de l’arthritisme, on trouve cependant chez eux des troubles psychologiques extrêmement intéressants. Ce sont des gens bizarres, des agités, ou bien des mous et des inertes ne pouvant se décider à rien, ou bien des violents, des entêtés incapables de se diriger ou de se contraindre. La mère de Mm... reste absorbée dans ses idées : elle a toujours été une rêveuse 11e pouvant jamais se décider à agir, mais elle n’a jamais souffert de l’obsession ; sa fille a le même caractère rêveur, mais elle souffre de ses idées. Le père de Chv... est un inquiet, sans énergie qui s’est tourmenté toute sa vie sans motif, sa fille est une hypocondriaque et une phobique. La mère de Lcp..., le

L’ÉVOLUTION

père do Ade..., le père de Bu..., le père de Claire, le père et la mère de Nadia, la mère de Wye..., etc., sont de véritables abouliques, ne terminant jamais ce qu’ils entreprennent, désespérés et tourmentés par des hésitations au moment d’un changement d’appartement, malades pour le plus petit changement de leurs habitudes. J’ai déjà signalé ces familles comme celle de Ho..., de Sim..., deZa..., où l’undcs parentsétaitrcmarquablepar un caractère horriblement autoritaire et j’ai montré que c’était déjà là un trouble de la volonté qui, chez les enfants, aboutit au scrupule.

L’observation de Jean est particulièrement intéressante : il rue semble qu’il a fallu une évolution constante dans la même direction pour arriver à constituer son esprit. Le grand-père paternel était un homme à la fois triste et agité, il se tourmentait et s'affligeait d’une manière excessive, il est mort après avoir été plusieurs années dans un état voisin de la mélancolie anxieuse, état déterminé par la mort de sa femme. Ce père est un homme extrêmement intelligent, méditatif, mais timoré, sans activité et sans énergie. Pour le plus léger ennui, il tombe dans des états de ■ dépression mentale, n’agitplus etne parle plus pendants plusieurs jours; il est très préoccupé de sa santé d’une manière, il est vrai, encore raisonnable, mais qui touche bien à 1 hypocondrie. Enfin le fils, Jean, toutà fait aboulique, présente au plus haut degré le délire du scrupule et de l’hypocondrie. On pourrait dire ici avec M. Féré « l’hérédité a besoin d’être accumulée, capitalisée en quelque sort avant de se montrer sous une forme nettement caractérisée, avant de se traduire par une entité morbide à laquelle on puisse imposer un nom1 ».

Ces dernières observations sur l’hérédité sont intéressantes : elles nous montrent que la maladie de l’obsession n est que le dernier terme d’une évolution caractérisée pari abaissement del activité mentale qui correspond probablement à un abaissement parallèle de l’activité vitale se manisfestant par l’arthritisme. Comme cet abaissement de l’esprit, cette diminution des phénomènes supérieures de synthèse, de volonté et d attention et leur remplacement par les phénomènes inférieurs de l’agitation mentale, de la rêverie, de l’émotivité est aussi le point de départ de la plupart des aliénations et des névroses, il n’est pas surprenant que des familles engagées dans cette voie descendante n aboutis-

j. Kcrc, Lu famille neuropathique, i8(j4.

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