‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 296 sur 352 · LES FORMES DU DÉBUT · texte numérisé non relu

LES FORMES DU DÉBUT

L entêtement sera d’autant plus caractéristique qu’il portera sur une action plus particulière, quand les malades, par exemple, refusent de manger (Nadia), de toucher un certain vêtement (Vy..., Ger...), de toucher à de l’argent (Lkb..., Rob..., etc.). Depuis deux ans malgré toutes les objurgations Xyb... refuse de rendre à sa bonne une petite somme de 29 francs qu’elle lui doit. Il sera également plus net si le malade avoue que l’entêtement est en rapport avec certaines idées, certains serments. Mais nous retombons alors dans la maladie tout à fait constituée.

L’agitation chez plusieurs malades remplace l’inertie: pas plus que les précédents, les malades agités n’arrivent à exécuter quelque chose, mais ils ont de longues périodes où ils remuent, où ils crient, pendant lesquelles ils ne peuvent dormir. Les uns s’agitent sans trop savoir pourquoi et on les croit atteints de chorée (Za...) ou de crises d’hystérie (Rai..., Mb..., Yod...). Le plus souvent cette agitation accompagne une crise de doute, une

rumination interminable (To..., Cha...).

• 3. — Les lies.

Une des formes de début les plus remarquables et les plus souvent méconnues, ce sont les tics. Je compte au moins i5 de mes malades qui ont débuté par une période de tics et qui ensuite ont suivi toute l’évolution de la psychasthénie avec les sentiments d’insuffisance, les obsessions et les phobies variées.

Je rappelle ici quelques exemples de cette évolution qui est importante et mal connue. Gisèle, à l’âge de 10 ans, a eu des secousses de la tête « comme si elle disait oui » cela a duré plus de deux ans; puis ce tic a diminué, quand elle a eu des périodes d’inertie semblables à des sommeils, mais remplies par des rêveries. A quinze ans les tics et les sommeils sont entièrement disparus, parce que la malade s’interroge pour savoir si elle n’a pas la vocation religieuse ; le délire du doute avec les grandes crises de rumination qui durent encore à 3o ans est constitué Nu... a eu des tics, secousses de l’épaule droite et grimaces depuis l'âge de 9 ans jusqu’à l’âge de 20 ans. En cherchant à guérir ce tic, elle se demande si elle ne (ait pas des grimaces exprès, si elle n’est pas coupable à ce propos, etc. Le tic- diminue, puis disparait quand les crises d’obsessions sont complètes. Les observations de Mau..., de Fok..., de Fie..., de VI..., de Bab..., do

MO

l/KYOUJTION

Vy... sont absolument semblables: les tics semblent avoir précédé les obsessions.

Cependant dans les cas les plus fréquents, l’obsession se développe en même temps que le tic. Ser..., âgée de 16 ans, a un tic qui consiste à secouer un peu la tète et à frapper son oreille avec sa main gauche, très rapidement, trois fois de suite; ce tic est en rapport avec une manie de vérification. Elle est forcée de vérifier si sa boucle d’oreille ne tombe pas. On lui a retiré ses boucles d’oreilles, mais le besoin de vérifier et le tic persistent, d’ailleurs tout un délire de propreté se développe chez cette malade avec manie de brosser ses vêtements, de se laver les mains, etc. Il est intéressant de remarquer que la mère de cette malade, qui est encore une scrupuleuse, a eu fort longtemps des tics dans sa jeunesse; elle ne se souvient plus si les tics ont précédé ses obsessions ou les ont accompagnées comme chez sa fille. Bé..., femme de /|2 ans, a le tic de se frotter sa robe à droite, si bien que toutes ses robes sont usées à cet endroit. C'est une obsédée qui a des angoisses à la pensée qu elle a dans le ventre un « ver araignée ». Rn..., fillette de i3 ans, a le tic de frapper du coude droit sur la table, sur les meubles ou contre les murs, elle a en même temps la manie des présages et la manie des compensations « si je ne frappe pas du coude ou si je ne compte pas les dalles..., je mourrai, cela portera malheur à mes parents ». Myl..., garçon de i3 ans, a toutes sortes de tics, tous en rapport avec des idées obsédantes, il secoue la tête « c était au début pour voir si elle lui faisait mal, s’il y avait encore un grelot dedans ». Il lève les épaules « pourvoir si mon col me gêne. » Il ouvre les paupières démesurément « pour voir s il voit clair », etc. En même temps ce pauvre garçon a la manie de répéter certains mots trois fois et de douter de tous ses actes ; il a la phobie du diable, du salon rouge et de la lune. Quelles que soient les illusions que l’on se fait aujourd hui sur la guérison facile de la prétendue maladie des tics, je crains bien qu’il ne commence une triste carrière d’obsédé. On retrouve chez lui dès le début cette « association des troubles musculaires et des troubles psychiques » que signalait récemment M. Jofi'rov’. Déjà 1 étude psychologique des lies nous avait amenés à les rattacher aux phé-

i. A. Joflroy, Association des troubles musculaires et des troubles psychiques, lievue neurologique, i5 avril igoa, p. atfg.

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