‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 5 sur 352 · L’EXPRESSION DES IDÉES OBSÉDANTES · texte numérisé non relu

L’EXPRESSION DES IDÉES OBSÉDANTES

chose à dire et l'on peut recommencer l’interrogatoire toujours avec le même résultat.

Lod. (Obs. 1 44), au milieu de scs éclats de rire, vous avertit: « Plus je vais, moins je comprends mes idées, comment voulezvous que je vous les décrive? Quand je veux expliquer une idée, elle s’enfuit, ça me fait un trou dans la tête. Je ne puis plus la rattraper. Quand je vous parle, ça me fait l’effet de choses si petites... sipetites eteependant quand je suis partie, c’est si grave. » Lise (Obs. 223), quand on l’a interrogée pendant deux heures, quand on a écrit tout ce qu’elle disait, termine en déclarant : « ne l’oubliez pas, je dis presque toujours le contraire de ce que je pense et je ne peux pas retrouver mes idées quand il s’agit d’en parler. Je n’en dis jamais que la moitié. Ne tenez donc pas compte de ce que j’ai dit. » La plus remarquable à ce point de vue, c’est Clairc(Obs. 222)quiarrive toujours très affairée, parce qu’elle a des choses importantes à me dire, qu’elle tient à les direct qu’elle ne retrouvera sa tranquillité qu’après avoir tout dit. On l'encourage à commencer et alors ce sont des bavardages sur la difïîculté qu’il y a à parler, sur le problème de savoir par quoi commencer. « J’ai déjà dit tout cela, je l’ai dit cent fois, j’ai dû vous le dire, ce qui me tourmente, c’est que je n’ai pas dit l’essentiel » et elle pleure, et elle rit, et elle se roule sur son fauteuil ; en supplications d’un côté, en gémissements de l’autre, on passe plusieurs heures et alors la voici au désespoir. « Je vais encore partir sans vous avoir dit ce que j’avais à dire, c’est si simple, je vais vous le dire », et la scène recommencerait encore plusieurs heures si on avait le temps de l’écouter. Il faut la renvoyer avec la consolation que la prochaine fois elle dira mieux. J’ai connu cette malade pendant dix-huit mois avant d’avoir deviné sa principale idée fixe.

Par exception, on rencontre des scrupuleux bavards comme Jean (Obs. 107) ou qui écrivent beaucoup comme Nadia (i 66), mais 1 espoir de les entendre parler clairement de leur maladie est bientôt déçu. C’est un flux intarissable de paroles, de plaintes, de gémissements, mais avec les mêmes contradictions, les mêmes obscurités. Jean complique son langage d’une grande quantité de néologismes dont il a peu à peu précisé le sens dans son esprit, mais qui sont loin de rendre son langage plus clair. « Ah ! j’ai eu ma petite mesure depuis que je vous ai quitté ; une peti leéchaubouillaison a fait que tout repigeonnait encore, cl l’obsession mentale et le

LES IDÉES OBSÉDANTES ET IMPULSIVES

fou-rire cérébral qui me labouraient la tète. Je ne pouvais plus résister au besoin de me crisper les organes, cric, crac, meurs donc en te donnant des jouissances. Ce que j’ai dû soulever de poutres en nombre répété pour résister. Vous ne vous figurez pas comme cela produit un état fastidieux tout le long de la ligne des nerfs. » Et il continue ainsi pendant des heures sans arriver a se faire comprendre et surtout sans arriver à se satisfaire lui-même. Il supplie qu’on l’écoute encore un quart d’heure, parce qu’il est si important qu’il ait tout dit. 11 consent à s’arrêter avec la promesse que la prochaine fois il reprendra le récit interrompu. Il est curieux de comparer à ce point de vue Claire et Jean. L’une ne peut pas arriver à dire dix mots, l’autre parle avec abondance pendant des heures entières. Le résultat est cependant exactement le même. Ni Lun ni l’autre ne sont arrivés à une expression précise et satisfaisante des troubles qu'ils éprouvent.

Il en est de même pour ceux peu nombreux qui écrivent. Dob. (Obs. 86), jeune femme de 29 ans, qui a toujours le sentiment de s’être mal expliquée par la parole, se décide à m’écrire assez souvent. Mais toutes ses lettres, qui sont semblables au point qu elles paraissent copiées l’une sur l’autre, ne contiennent que quelques descriptions vagues et banales, identiques à ce que disait la malade. Nadia prétend éprouver une peine extrême à parler : « il me semble, clit-elle, que cela m’étrangle » et elle adopte vite le système de m’écrire des lettres interminables, d’abord dix ou vingt feuilles de papier à lettres, puis, comme ce papier ne sufiit plus, cinq à six grandes feuilles de papier écolier. Les mots importants sontrépétés trois ou quatre fois, ils sont soulignés un grand nombre de fois. Tout semble réuni pour arriver à une précision satisfaisante et cependant Nadia n'est jamais satisfaite : « que voulez-vous, mes lettres sont aussi embrouillées que mes idées. »

Sans doute, il y a là un sentiment faux, une illusion du malade qui est toujours mécontent de ce qu'il a fait quoiqu'il semble avoir fait les choses d’une manière à peu près su (lisante. Nous aurons à étudier en détail ce sentiment et nous étudierons jusqu à quel point il est. erroné et s il ne correspond pas à une certaine réalité. Pour le moment, remarquons que ce sentiment du malade à propos de son langage, quoique très exagéré chez quelques-uns, est en général assez juste. Cette façon de s’exprimer me paraît assez importante, le désir de se confesser, aucune raison

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