‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 71 sur 352 · LES MANIES DE LA RÉPARATION · texte numérisé non relu

LES MANIES DE LA RÉPARATION

de coude dans les meubles auprès desquels il passe. On prévoit ([ue ce phénomène va jouer un rôle dans les tics.

Au lieu d’expier par une action réellement exécutée au moment même, ils veulent expier en promettant de faire une action désagréable plus tard ou en promettant de sacrifier un plaisir qu’ils se promettaient. L... se promet à lui-même de se mettre en prison cinq minutes pour expier ses actions indélicates et Mw... (i 45) se figure qu’un voyage agréable à bicyclette qu’elle espérait ne se fera pas parce qu’elle ne s’habille pas assez vite. Cette promesse d’expiation finit par se répéter pour tous les autres actes même insignifiants. « Si je marche, si je touche ce fauteuil, si je bois ce verre, le voyage à bicyclette ne se fera pas. »

Ce sont des laits du même genre avec un plus haut degré de complication qui jouent le rôle principal dans la maladie de Lise. « Pour me punir d’avoir maudit Dieu, répète tout le temps Lise, il faut que je me fixe une chose désagréable à faire, donner mon âme au démon, par exemple. » Et ainsi pour tout ce qu’elle peut se reprocher: à propos de tous les actes qui la préoccupent et ils sont nombreux, il faut qu’elle fasse une expiation pour se rassurer. Si elle s’accuse de mensonge, d’impudicité, il faut expier et par conséquent accepter un changement de séjour désagréable, ou accepter qu’un de ses enfants meure, ou vouer son âme et celle de ses enfants au démon, etc. Au début, il ne s’agissait que d'expiations personnelles, elle ne voulait réparer que ses propres fautes, mais bientôt l’idée d’expiation s’est généralisée. Il faut expier pour son oncle, pour un frère qui n’est pas religieux; il faut expier pour un homme politique qui vient de mourir d’une façon peu édifiante, il faut expier pour l’explosion d’une poudrière, etc. « En un mot, dit-elle, j’ai des rages d’expier pour tout le monde. » Le mot même «expier » finit par la fasciner, elle le cherche dans tous les dictionnaires et apprend l’article par cœur.

Ce qui est bien étrange, c’est que je retrouve exactement la même maladie chez la sœur de celle malade. Elle a une foule de scrupules, s’accuse d’aimer une amie plus que sa famille, d’aimer a jouer du piano, d’avoir pensé à l’Eucharistie devant une boulangerie, etc., et pour toutes ces mauvaises actions imaginaires « le regret ne suffit pas, il faut une compensation. 11 faut toujours une petite chose pour satisfaire Dieu. » Ce sont chez elle des tics, des simagrées beaucoup plus simples que chez Li.sc. Elle doit manger quelque temps dans une assiette vide, se déshabiller

LES AGITATIONS FORCEES

et se rhabiller, ouvrir une armoire, prendre un air triste toute la matinée avec ses parents pour compenser 1 après-midi où elle s’amusera avec une amie. C’est plus puéril, mais c’est le même trouble psychologique. Je ne crois pas que dans ce cas il s’agisse de suggestion ou de maladie communiqué par contagion ; il s’agit d’un même trouble psychologique, profond, héréditaire qui, en évoluant chez les deux sœurs, amène chez toutes deux les mêmes manifestations.

Chez ces deux dernières malades, on trouve une variante de l’expiation et de la promesse. Elles acceptent la peine sans se reprocher rien, uniquement comme paiement d’une grâce qu elles demandent. Dès qu’elles souhaitent quelque chose, elles pensent qu’elles doivent expier pour voir ce souhait s’accomplir, « Je n’aurai telle chose que je désire que si je fais un présent au démon ou à Dieu... Si mon petit neveu malade guérit, je donnerai au démon l’âme de mes enfants, si je retrouve un bijou perdu, je donnerai aussi l’âme de mon oncle. »

Ces malades qui ont la manie de l’expiation en arrivent à un petit commerce avec le ciel et l’enfer qui est tout à fait curieux. Elles sont en retard ou en avance dans le paiement de leurs dettes, elles s’effrayent et elles se hâtent d’expier bien vite quand elles croient avoir trop d’arriéré.

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