‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 83 sur 352 · Névroses et Idées fixes, II, 3q · texte numérisé non relu

Névroses et Idées fixes, II, 3q

168 LES AGITATIONS FORCÉES

être rappelée quanti nous étudierons les troubles de la volonté qui déterminent ces agitations stériles.

Cette impuissance du tic se rattache à un autre caractère qu’il ne faut pas oublier quand on insiste sur le rapprochement du tic et de l’acte. Si on laisse de côté les hystériques qui ont des tics un peu particuliers et chez qui la reproduction de l’acte peut être plus complète, si on considère seulement les psychasthéniques qui sont les vrais tiqueurs, on peut dire que le tic n est pas un acte complet.

Quand As... a la singulière habitude de se faire vomir après chaque repas en s’introduisant deux doigts au fond de la bouche, tout en trouvant lui-même que l’acte est inopportun, absurde et dangereux, on ne peut pas dire qu’il a un tic. C’est une impulsion en rapport avec les obsessions de la honte du corps et l’hypocondrie. Il n’y aura tic qu’au moment où l’acte se sera peu à peu simplifié et quand As... n’a plus que quelques spasmes, quelques régurgitations, quelques rots après chaque repas. Il faut conserver, je crois, dans la notion du tic l’idée ancienne de Trousseau que le tic est un petit mouvement incomplet, d’autant plus que ce caractère d’être incomplet n’est pas sans importance chez les scrupuleux. Leur micromanie, leur manie de la précision, du symbole, les prédispose à rechercher ces petits mouvements incomplets. Si le tic est ainsi un mouvement incomplet, il peut se réduire à très peu de chose, devenir un mouvement des plus simples dans lequel la systématisation toujours fondamentale au début devient de moins en moins visible. Ser... lève continuellement la main droite afin de Toucher sa boucle d’oreille et de véri fie r si elle ne l’a pas perdue. Ici le mouvement est très bien systématisé, mais peu à peu il se réduit et elle n’a plus qu'une secousse de l’index qui se lève brusquement. Ce petit mouvement est encore bien un tic par ses origines et par l’état mental qui l’accompagne, mais si on le considérait isolément il serait difficile d’y voir une systématisation bien nette.

C’est en considérant des cas de ce genre que M. Bourdin1 en vient ii contester la systématisation du tic et à nier qu'il reproduise des actes. Les mouvements du tic sont, à son avis, beaucoup trop simples et trop bizarres. Cet auteur, va jusqu’à ratta-

i. Bourdin, L’impulsion spécialement dans scs rapports avec le crime. Thèse de Paris, 189/1, P- 55.

cher les tics, au moins les tics simples a une lésion fonctionnelle

Îde la moelle qui se traduit par des décharges motrices. Une semblable erreur serait impossible si l’on remontait à l’origine du mouvement et si l’on remarquait que ce qui caractérise surtout le tic c’est le trouble mental qui le détermine* et qui, pendant très longtemps si ce n’est toujours, continue à l’accompagner.

M. Brissaud avait déjà remarqué que la systématisation du tic conduisait à son élude psychologique. Dans bien des cas, dit-il, le tic serait impossible à diagnostiquer si l’on n’examinait que le

I mouvement lui-même, si l’on ne tenait pas compte des antécédents et de l’état mental qui a préparé le tic et qui l’accompagne.

Aussi la plupart des travaux récents sur les tics sont-ils en somme des études de psychologie plus ou moins avouée dans lesquelles on cherche surtout à déterminer l’aspect mental de ce phénomène. Parmi les contributions les plus intéressantes à cette étude il faut citer le mémoire de Tokarski \ les articles de MM. Oddo*, Dubois de SaujonI. 2 3 4 5, Meige*, Feindel, IlartenbergC La plupart de ces travaux se placent surtout au point de vue

1 thérapeutique et devront être étudiées à propos des divers traitements de l’état psychasthénique. Nous remarquons seulement ici qu’ils notent tous deux aspects dans le tic, le mouvement systématique et le phénomène mental concomitant.

En effet le tic est accompagné par des phénomènes de conscience, de volonté et de pensée. En premier lieu ce mouvement est conscient; je parle toujours ici du psychasthénique et non de l’hystérique. Le sujet sait parfaitement qu’il ferme les yeux, qu’il tourne la tète, qu’il s’agenouille. Il le sent d’autant mieux

I qu’il a le sentiment de faire lui-même le mouvement et de le faire volontairement. Cette intervention de la volonté personnelle du sujet est si importante qu’il peut parfaitement faire son tic à tel moment plutôt qu’à tel autre, qu’il peut le supprimer momenta-

I. Tokarsky, Rôle des idées, des moments psychiques dans la production des tics. Société médicale des neurologistes et aliénistes de Moscou, déc. 1892. Arch. de Neurologie, i8q3, I, 34 1-

Page 1