TROISIÈME SECTION LES AGITATIONS ÉMOTIONNELLES
En même temps que se développent ces obsessions, ces innombrables manies mentales et ces agitations motrices que nous venons d’énumérer se présentent chez un certain nombre de ces mêmes malades des troubles émotionnels qui ont une très grande importance. Les sujets les mettent souvent au premier plan parce qu’ils sont très douloureux et plusieurs parmi les auteurs qui ont étudié les obsessions sont disposés à considérer ce symptôme comme le point de départ de tous les autres. 11 est donc nécessaire de l'examiner avec quelque soin.
Ces émotions présentent le caractère général de ces phénomènes psychasthéniques, elles s’imposent au sujet sans rapport légitime ni avec les circonstances extérieures ni avec ses propres pensées, elles sont considérées par la personne même qui les éprouve comme exagérées, inopportunes et absurdes. Mais le malade croit 1 impossible de les éviter, il ne les subit pas tout à lait passivement comme un phénomène purement physique qui le happe, il s’y abandonne avec une certaine complaisance parce qu'il croit, parce qu'il sent qu’il ne peut pas faire autrement. Ce sont les caractères des opération forcées, qui se retrouvent dans des émotions comme dans des calculs et des mouvements.
Ces émotions qui s’imposent ont presque toujours un caractère désagréable, elles sc rapprochent de la douleur, de la tristesse et de la peur, tantôt cette peur est précise, systématisée, elle a des caractères émotionnels nets et s’accompagne de perceptions et d idées assez précises : dans ce cas les agitations émotionnelles sont systématisées et ont reçu le nom d’algies douleur)
ou plus souvent de phobies (4>i6sç, peur), tantôt elles sont dill'uses, sans rapport avec une pensée déterminée et elles constituent les angoisses. Dans notre étude des phobies nous rechercherons surtout les formes précises qu’elles prennent dans tel ou tel cas détciminé , clans notre étude des angoisses nous examinerons les
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LES AGITATIONS FoHCÊKS
phénomènes généraux qui constituent ces émotions pathologiques et qui existaient déjà plus ou moins masqués dans toutes les phobies.
Les phobies.
Ces émotions forcées, qui prennent une forme un peu spéciale suivant les phénomènes à propos desquels elles se développent, paraissent être innombrables. Pendant une période chaque auteur découvrait une phobie nouvelle et la baptisait d’un nom grec. On inventa ainsi la misophobie, la canophobie, la nosophobie, l’agoraphobie, l’éreutophobie, la microphonophobie, la peur des petits bruits, l’amaxophobie ou peur des voitures, la sidérodromophobie, la peur des chemins de fer, la dysmorphophobie, la peur des difformités, la triskaidecaphobie, la peur du nombre treize, etc. Je n’ai pas la prétention de les énumérer toutes ; il suffit d indiquer certains groupes où les principales se rangent facilement et qui servent à mettre en relief certains caractères psychologiques.
i . Les classifications des phobies.
La classification de ces phobies semble fort difficile puisque elle a été essayée bien des fois sans qu’une classification se soit imposée. M. Freud, qui a beaucoup étudié ces névroses d angoisse, admet trois classes 1 : i" les phobies traumatiques, relevant surtout de 1 hystérie ; 2° les phobies communes, peurs exagérées des choses que tout le monde craint un peu: la nuit, la solitude, la mort, la maladie ; 3° les phobies d occasion, agoraphobie et autres phobies maladies. Le premier groupe ne nous intéresse pas ici et d’ailleurs se rattache à de tout autres phénomènes ; j’avoue ne pas voir nettement la distinction des deux autres groupes, les agoraphobies par exemple cl les phobies de la solitude me paraissent se rapprocher par tant d intermédiaires que cette distinction n’a guère d’utilité.