‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 3)Chapitre 212 sur 288 · LES CRISES DE PSYCHOLEPSIE ET LES ACCÈS ÉPILEPTIQUES · texte numérisé non relu

LES CRISES DE PSYCHOLEPSIE ET LES ACCÈS ÉPILEPTIQUES

exactement l'observation de M. Haskovec. Is... (28), jeune fille de 22 ans, a des accès épileptiques francs depuis la puberté, elle en a deux ou trois par mois. Il y a quelque temps à la suite d'un accès avorté dont elle a seulement senti les débuts, elle est entrée dans l'état suivant : elle voit tout et entend tout comme à l'ordinaire mais elle s'est mise à douter de tout. Elle ne sait plus si ce qu'elle voit existe ou n'existe pas ; en regardant sa mère elle se met à dire : « Je voudrais bien que cette dame soit ma mère, mais je ne peux pas arriver à le croire, je ne peux même pas me mettre dans la tète que cette dame soit vivante. » Elle doute aussi d'ellemême: «elle a peut-être perdu sa personne, elle n'en est pas sure... » Elle ne croit plus rien de ce qu'on lui dit, elle ne fait plus aucun travail et ne peut plus fixer l'attention. Cet état se prolonge pendant quatre jours, puis il semble disparaître en partie. Le cinquième, la malade se sent un peu mieux, h peu près normale, sauf qu'elle ne peut pas travailler. Is... revient h la réalité et elle éprouve à ce moment des sentiments de joie infinie, des envies de rire, un enthousiasme analogue à celui que j'ai décrit à propos des « sentiments sublimes » de Jean. Mais le sixième jour tout recommence, elle se sent de nouveau rêver et doute de tout. Cette fois cet état anormal l'impatiente, elle se sent mal h l'aise, étouffe, se sent angoissée ; elle fait des efforts impuissants pour arriver à la réalité et commence des manies d'interrogations. Si l'état s'était prolongé davantage, elle serait parvenue à la maladie complète de l'interrogation et de l'angoisse. Mais le septième jour un grand accès épileptique est venu simplifier la situation : après l'accès elle s'est retrouvée dans l'état normal. Dans toute la vie de la malade cet état bizarre ne s'est reproduit que trois fois et le sujet est resté en somme une épileptique à grands accès.

Une autre malade Hot... (27), jeune fille de i5 ans, a des accès épileptiques et des vertiges depuis Tàge de 8 ans 1/2. Souvent ses accès sont avortés : elle frotte son estomac, cligne des yeux, balbutie quelques mots, pâlit et c'est tout, de tels phénomènes sont bien connus chez les comitiaux. Depuis quelque temps à la suite de ces accès avortés elle change d'attitude. Elle reste immobile sur sa chaise en refusant tout travail et toute occupation : « maman, dit-elle tout doucement, je ne demande pas mieux que de travailler, mais je ne vois pas clair, je ne peux pas travailler sans voir clair... Est-ce que je resterai aveugle?» Elle est

LES CRISES DE PSYCIIOLEPSIE ET LES ACCÈS ÉPILEPTIQUES ô09

La malade se plaint maintenant beaucoup plus de ce qu'elle appelle des crises d'idées noires, c'est un état d'inquiétude et d'angoisse qui s'empare d'elle surtout le soir. Il lui semble que son cœur se serre et que chez elle tout est mort, il lui semble que ses viscères disparaissent, n'existent plus : ce sentiment l'effraye beaucoup, elle croit qu'elle va devenir folle et ne peut plus tolérer de rester seule chez elle. D'après son opinion cette angoisse vient uniquement des tourments qu'elle a endurés et du départ d'un amant, mais en réalité cette tristesse prend un caractère spécial à cause de Tépilepsie antérieure. Si on en doutait, il suffirait d'examiner la façon dont s'est terminée une de ses angoisses pour en être convaincu. Dans un de ses désespoirs elle est sortie de chez elle et elle ne sait pas où elle a été : en réalité elle est tombée dans la rue en proie à un accès épileptique ainsi que le prouvent la plaie qu'elle a encore au front et sa langue mordue.

Une autre malade, Fy... (34), femme de 35 ans est épileptique depuis l'enfance, morsure de la langue, perte d'urine, etc.; depuis que ses crises s'écartent, surtout depuis l'influence du traitement bromure, elle a a des crises d'inquiétude, des peurs d'être seule, il lui faudrait un maître à qui se dévouer, elle a peur de voir le

monde comme il est... Tout est si étrange que cela l'angoisse

Le temps est drôle, c'est peut-être la fin du monde et elle étouffe au point d'appeler sans cesse au secours. » C'est comme on voit la forme de Bechterew : épilepsie d'abord et angoisse ensuite, dans le dernier cas avec troubles de perception.

Il y a aussi la forme inverse et à ce propos l'observation suivante est remarquable. Gny... (32), homme de 52 ans, mécanicien de chemin de fer, d'un esprit intelligent et délicat a toujours eu une volonté faible. Depuis Tage de 12 ans, il a des préoccupations et des scrupules qui ont pris bientôt la forme interrogative, il lui vient en tête des idées singulières qu'il a de la peine à exprimer et qu'il comprend mal lui-même : « pourquoi les hommes vivent-ils ? Comment les hommes sont-ils faits ? Pourquoi les hommes doivent-ils mourir ? » Ces idées l'ont déjà beaucoup tourmenté. Au même moment où il se posait ces questions, il a déjà éprouvé depuis longtemps des états émotifs tout à fait spéciaux, il avait des tremblements, des secousses, des sensations de froid dans les jambes, des troubles de respiration et des palpitations de cœur. En un mot depuis sa jeunesse il a des angoisses en même temps que des idées obsédantes et des interrogations scru-

Page 1