Dugas, Revue philosophique, 1898, I, 5o
548 THÉORIES PATHOGÉNIQUES
vite cérébrale dans lequel les sensations, les images, les mouvements, les émotions sont nombreux, complexes et riches. Cette richesse mentale est toute relative et il est probable qu'un imbécile s'est contenté toute sa vie d'une pensée peu complexe et peu riche qui lui suffit pour reconnaître le présent et le réel. Mais quand l'esprit a été accoutumé à un certain maximum de conscience, il a appelé réel ce maximum et il ne reconnaît plus le réel et le présent quand il ne peut plus atteindre le même maximum.
Les phénomènes auxquels il parvient alor^ n'ont pas d'analogue exact dans une expérience passée : ils réunissent des caractères contradictoires, ils paraissent être extérieurs et ils ne semblent pas être réels, ils ressemblent à des images de la mémoire et cependant ils n'ont pas le caractère habituel, connu, familier des souvenirs, ils présentent le dédoublement qui existe dans le jeu et dans l'œuvre d'art et cependant ils ne sont pas accompagnés par le sentiment de liberté qui d'ordinaire caractérise le jeu et l'imagination artistique, comme l'avait bien remarqué Schiller \ Ces caractères plus ou moins bien analysés par le malade font qu'au sentiment de l'irréel s'ajoute le sentiment de VétrangCy que l'on trouve presque toujours associé avec lui.
Il est bien probable que le sentiment du c( déjà vu » n'est qu'un sentiment du même genre. M. Dugas suppose que le sujet, <c sentant que les impressions lui échappent, les rattache à lui par un lien imaginaire; n'ayant plus de perceptions il croit avoir des souvenirs'». Le même auteur dit ailleurs très bien «c'est un recul dans le passé à cause de la perte des caractères du présent, cela parait fuir et devenir passé ^ ». Dans mes cours sur la mémoire j'ai essayé de montrer que tout état complexe implique une partie d'activité automatique et une partie d'activité de synthèse, une action de ce que j'appelle ici la fonction du réel et du présent. Suivant que dans notre conscience l'un ou l'autre de ces deux phénomènes nous paraît prédominer, l'état est classé par notre esprit parmi les faits passés ou parmi les faits présents. S'il y a abaissement de la tension psychologique, diminution de l'activité de synthèse, de la concentration et de la complexité présentes, avec conservation, et, comme on le verra, développement de l'automa-
I. K. Groos, Les jeux des animaux, traduct., 19Ô2, p. 338. (Paris, F. Alcan). a. Dugas» Hevue philosophique y 1898» II, 4a4- 3. Id., ihid., 1898, I, 5oi-5o7.