‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 3)Chapitre 56 sur 288 · Ladame, Ann. méd. psych., 1890, H · texte numérisé non relu

Ladame, Ann. méd. psych., 1890, H

LKS AGlTATfONS FORCÉES

éclairs, qu'il y ait un soleil, qu'il fasse jour ou nuit? Si 'ait pas de rivières et pas d'eau comment est-ce qu'on ferait oire, pour laver ? Kt si on n'avait pas d'yeux comment estl'on ferait pour voir ? »

., à propos de la critique des sens et de l'intelligence se ne foule de problèmes philosophiques : non seulement,

nous Tavons vu, elle interroge sur le caractère direct ou t de la perception sensible, mais elle cherche aussi h come la nature de l'entendement, la signification de la parole 'écriture. <( Comment des petits points noirs sur le papier t-ils contenir une pensée ? Comment les mots viennent-ils la bouche en même temps que je pense ? Est-ce donc une ion de la pensée? Je me perds là-dedans... Comment la qui est un bruit peut-elle transporter la pensée qui n'est e chose matérielle..? Ah, si je pouvais oublier tout cela?... ent se fait-il que je comprenne une personne en dehors de ]!omment se fait-il que j'aime ma fille qui est en dehors de

t curieux de remarquer que ces spéculations ne se présens uniquement chez les personnes intelligentes et cultivées, B retrouvent presque identiques chez des femmes du peuple ment sans éducation. Nadia, qui est une femme très inset qui a beaucoup lu, s'interroge « sur la religion, sur la ure, sur les mystères de Tàme... que deviendra mon jue deviendra l'ame du monde ? » Cela semble assez [. MaisHm..., femme de 21 ans, domestique à la campagne, ée aux durs travaux d'une ferme, qui sait à peine lire et sait pas écrire, est tourmentée après un accouchement par mes idées. «Je ne puis pas savoir comment cela se fait qu'il lu monde, pourquoi y a-t-il des arbres, des bétes, qu'esttout cela va devenir plus tard quand tout sera fini ?... » là un besoin de spéculation, de travail mental, qui s'efindépendamment des connaissances acquises et des capau sujet pour discuter les problèmes qu'il se pose.

recherches précédentes s'appliquaient surtout aux idées, liions retrouver à propos des actions des manies du même que l'on peut aussi considérer comme des conséquences du

besoin de précision. On remarquera en premier lieu, la manie des précautions, c'est-a-dire le besoin de faire une foule de petites actions accessoires qui sont destinées à rendre plus facile une action principale ou à empêcher une action que Ton redoute.

Zo..., qui a l'obsession des épingles, se détourne des boîtes au lait, fait des détours dans la rue pour ne pas passer auprès des marchands de comestibles, elle mange elle-même très lentement, divise ses aliments à Tinfini, etc. Dk... se met en tête d'écrire sur un carnet tout ce qu'il fait au cours de la journée afin de ne rien oublier. Cha..., qui a la manie de rechercher les noms et adresses des personnes qui lui parlent, ne vous aborde jamais sans vous prier d'écrire tout de suite votre nom et votre adresse sur un carnet qu'il porte constamment. Nadia prend toutes sortes de précautions dans son alimentation, j'en ai déjà parlé, elle se couvre le visage, ordonne à sa femme de chambre une attitude spéciale quand elle passe devant elle, etc. La manie des précautions se manifeste dans ses lettres surchargées de mots soulignés et terminées toujours par la formule : « veuillez, je vous prie, avoir la bonté de ne montrer cette lettre à personne et de la brûler. » Vob... ne s'endort pas sans coudre le bas de sa chemise en dessous de ses pieds, sans attacher les manches de sa chemise aux draps par des épingles, afin d'éviter pendant le sommeil les masturbations.

Jean présente bien des actions bizarres en rapport avec ses précautions : il marche très lentement h petits pas, il prend de grandes précautions au tournant des rues, car s'il se permettait un mouvement un peu brusque, il y aurait un « frottement psychique » de ses parties qui provoquerait la masturbation et ses terribles conséquences. Un jour, mais une fois seulement, il a été jusqu'à découdre son pantalon et à enlever la doublure « pour gagner de la place » et il est resté une soirée avec son pantalon décousu sans être plus tranquille d'ailleurs. 11 continue toujours à tenir ses jambes très écartées quand il est assis, il arrange sa chemise et son caleçon de manière spéciale. Il ne peut couper son pain quand il est debout, ce qui occasionne l'idée de se crisper, il change la place de son lit, etc., il a des artifices pour se moucher « sans ébranlement », il réduit l'acte d'uriner et écarte les mictions jusqu'à perdre les urines par regorgement, etc.

Chez Claire il faut noter que ce besoin de précautions amène une extraordinaire et perpétuelle surveillance d'elle-même. C'est

LES OBSESSIONS. 1. g

effort perpétuel pour être sur le qui-vive, « je ne me donne pas minute de liberté et j'absorbe toutes mes forces dans cette reillance de moi-même ». La nuit même, elle s'oblige à rester faitement immobile dans une position déterminée et elle y jsit au prix d'une courbature de tout le corps. Les membres 3euvent pas se laisser aller au repos, ils sont constamment à li raidis. Nous retrouverons le même symptôme chez Lise, dans grandes périodes de surveillance d'elle-même, et nous aurons étudier encore comme une des manifestations physiques de t d'inquiétude.

cette manie on peut rattacher la manie de la lenteur si cuse chez Vk... Ce n'est pas une lenteur naturelle en rapport i l'aboulie, c'est une lenteur voulue, calculée dans tous les s qui lui paraissent avoir quelque importance. Il lui faut une li-heurc pour mettre son jupon et une autre demi-heure pour icr une robe, « si je vais plus vite je ne suis pas sûre que ce bien fait et la vue des gens pressés qui vont vite m'énerve ». armi ces précautions que prennent les malades, la plus simple plus banale de toutes, ce sont des précautions de propreté. ime ils ont peur de faire avec leurs mains un acte qu'ils lutent et comme, ainsi qu'on l'a vu, leurs craintes portent sur etites choses, le meilleur moyen de garantir leurs mains, c'est îs laver. Il en résulte qu'un très grand nombre de ces mas ont passé par une période où ils se lavaient les mains pcrellement. 11 est inutile de citer ici des noms, nous avons une taine de malades qui se lavaient ainsi continuellement, très se préoccupent aussi de la propreté de leurs vêtements lassent leur temps h les brosser, « de peur qu'il ne soit Dé dessus une miette d'hostie, » ou bien ils lavent les blés, les essuyent sans cesse de peur de la poussière, des mies, des parcelles métalliques.

uelquefois cette manie de propreté est très loin de s'allier une propreté réelle. U... a surtout des idées hypocondriaques a crainte du microbe de la phtisie. Elle se lave continuellet les mains, mais elle a peur de toucher un objet de sa chambre lie ne peut pas tolérer qu'une autre personne y touche. Il en Ite que la salle n'est jamais nettoyée, que le lit n'est jamais hé et que des ordures invraisemblables s'amoncellent en un able fumier. Quand j'ai commencé à soigner cette personne,

Les maNies de l'au delà m

j'ai dû lui faire couper une chevelure énorme, transformée en matelas infect qu'il était impossible de nettoyer autrement et ce résultat bizarre provenait d'une manie de propreté.

Bien entendu la manie de la propreté se compliquera des doutes précédents; après s'être lavés, ils doutent qu'ils se soient lavés et ils recommencent à se laver. Cette manie se joint à celle des interrogations et celle des répétitions. « Le doute, dit Legrand du Saulle, s'est mis au service du délire du contact et il se demande s'il s'est bien lavé les mains *. »

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