Krishaber. De la névropalliie cérébro-cardiaque
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Congrès de psychologie et admettait la dénomination de Krishaber \ Nous ne croyons pas qu'il y ait lieu d'admettre une névrose spéciale pour ce symptôme. D'ordinaire ce n'est là qu'un symptôme et qu'une phase de la maladie, la jeune fille Bei... que nous vous décrivions, il y a trois ans, a versé complètement dans le délire du doute et dans les obsessions de scrupule. Le sentiment de la dépersonnalisation n'est, à notre avis, qu'un symptôme et une phase dans l'état psychasthénique.
Il est évident, comme le disait M. Bernard Leroy, que ce phénomène se rattache à tout un groupe de sentiments, il se rapproche des sentiments d'absence d'existence dont nous venons de voir un exemple, des sentiments d'automatisme, du sentiment d'étrangeté, du sentiment de «jamais vu » que l'on retrouve chez les mêmes malades. Il est clair aussi qu'il s'agltlàde sentiments intellectuels qui accompagnent la modification de l'activité cérébrale et qui sont déterminés par elle. Nous continuons à croire, comme nous l'avons dit à propos de Bei... et de Ver..., que le degré de l'activité synthétique de l'esprit joue ici un grand rôle. Mais nous ajoutons maintenant quelques notions sur la hiérarchie des phénomènes psychologiques, et sur le degré considérable de tension psychologique qu'exigent les fonctions du réel. Ces malades ayant une tension psychologique insuffisante n'ont plus le sens de la réalité, ils ont des phénomènes psychologiques moins complexes, moins synthétisés que ceux qui nous mettent en rapport avec le réel. Ils ont donc un sentiment fondamental de rêve, d'irréel. C'est là ce qu'ils traduisent suivant leurs préférences en un sentiment de ne pas vivre ou en un sentiment d'avoir perdu leur personnalité.
Observation 21. — Sentiment d'automatisme. — Aboulie, sentiment d' inspiration étrangère.
Notre diagnostic n'est pas encore très ferme à propos de ce pauvre garçon, Je..., âgé de 29 ans, ou plutôt sa maladie mentale n'est pas encore bien caractérisée. Restera-t-il simplement
I. Bernard-Leroy. Dcpersonnalisalion, comptes rendus du Congrès de Psychologie de iqoo, p. 482. Cf. le premier volume de cet ouvrage, p. 3o5. (Paris, F. Alcan).'
SENTIMENT D'AUTOMATISME — SENTIMENT DINQL'IETUDE iS
un psychasthénique avec obsessions scrupuleuses ou deviendrat-11 un délirant systématique, un persécuté ? Pour le moment, il est impossible de le dire avec netteté, car il présente simplement des sentiments d'automatisme qui existent au début de l'une et de l'autre maladie.
Le père s'est suicidé, la mère semble être à peu près normale. L'enfant fut toujours violent et peu maître de lui. H y a six mois, à la suite d'une crise, il fut arrêté et condamné à deux mois de prison pour coups et blessures. Il fit ses deux mois de prison, puis se trouva sans ressources, il alla chercher du travail en Angleterre et eut plusieurs mésaventures qui contribuèrent à abaisser encore son niveau mental.
Actuellement, il se sent malade et voici de quoi il se plaint. Il sent qu'il est incapable de travailler et cependant il voudrait le faire pour soutenir sa mère et ses sœurs. Il sent qu'il n'est le maître ni de ses actions, ni même de ses pensées. « Par moments, dit-il, il me semble que ce n'est plus moi qui agis. Mes jambes et mes bras marchent tout seuls..., je sens fort bien la différence, il y a des pensées qui sont à moi et d'autres qui ne sont pas à moi. La pensée me vient, je ne sais pas d'où, sans que ce soit moi qui pense ; elle m'est comme inspirée. »
On constate des paroles de ce genre chez des hystériques qui ont des actions vraiment automatiques et subconscientes, mais il n'y a ici aucun symptôme d'hystérie, ni aucun fait de véritable subconscience. 11 se rapproche plutôt des malades dont parlait M. Séglas qui ont de la parole intérieure par automatisme des images kinesthésiques du langage. Mais il faut remarquer que chez lui le sentiment d'automatisme, le sentiment d'inspiration étrangère n'existe'pas seulement dans le langage et les idées, qu'il se retrouve dans tous les mouvements et dans toutes les actions. Il nous semble plus naturel de le rattacher aux faits précédents de dépersonnalisation et d'en faire un sentiment qui accompagne l'insuffisance de l'action et l'aboulie.
Observation 22. — Sentiment d'inquiétude. — Père suicidé, accouchemenl^ aboulie, découragement, senlimenl d'avoir oublié quelque chose.
De pareils sentiments présentent beaucoup de variétés, nous
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les verrons devenir très remarquables chez les grands malades parvenus aux phobies et aux obsessions. Nous ne considérons maintenant que les cas où ils restent encore isolés.
Voici une femme de 35 ans, Lobd..., qui est curieuse par la façon dont elle sent son aboulie. Son père était alcoolique et s'est suicidé. La malade, mariée très jeune, eut un enfant à i8 ans; les couches furent très mauvaises et jamais elle ne s'en remit complètement. Depuis ce moment elle est neurasthénique avec des périodes de rémission et d'autres d'aggravation. Ce qui domine dans son état c'est le mal de tète continuel, au vertex et au-dessus des yeux, et un état d'aboulie considérable. Elle insiste sur des sentiments qui l'envahissent sans qu'elle puisse s'en débarrasser quoiqu'elle les trouve absurdes: un ennui mortel que rien ne peut distraire, un sentiment de découragement, comme si elle n'avait plus jamais rien à espérer, une sorte d'agitation inquiète qui la tourmente continuellement. « C'est comme si je n'avais pas terminé une besogne, comme si j'avais oublié de faire quelque chose, comme si j'avais un devoir pressant à remplir. )) Nous vous prions de prêter quelque attention à de tels sentiments, ils sont des plus fréquents chez les scrupuleux et sont le point de départ d'une foule d'obsessions. Ce sont des sentiments d'inachèvement, d'imperfection et si vous nous permettez ce barbarisme qui rend bien notre pensée des sentiments d'incomplétude.
Cette dame ne dépasse guère ce stade des sentiments d'incomplétude, elle commence un peu les peurs et les idées obsédantes. Ainsi elle a une gêne à la base du nez et s'en préoccupe toujours. Elle prétend qu'une grand'mère aurait été guérie d'un état mélancolique par un fort saignement de nez et elle rêve d'avoir une hémorragie nasale semblable. L'idée est peu tenace, nous en sommes encore aux sentiments qui accompagnent l'aboulie.
Observation 23. — Aboulie, inquiétude.
L'inquiétude, le mécontentement, le défaut du sentiment de satisfaction qui accompagne l'accomplissement complet d'une action est un sentiment tout à fait banal chez les abouliques ; il suffît d'en choisir quelques exemples. Voici une jeune fille de 20 ans. Bai..., toujours paresseuse, incapable de travailler comme elle le voudrait, qui se rend malheureuse par ses inquiétudes perpé-
SENTIMENT D'iNQUiÉTUDË Vo
tuelles; elle a le dégoût de tout et ne peut s'intéresser à rien d'une manière complète; il lui semble toujours que son action ou son plaisir ont été insuffisants, incomplets.
Ce sentiment est-il une illusion ? La question deviendra quelquefois difficile à résoudre quand nous le verrons chez les grands obsédés qui au sentiment vrai ajoutent beaucoup d'exagération maladive. Ici, le sentiment est malheureusement très juste, il est vrai que cette pauvre fille ne fait rien de bien, que si on ne la secouait pas, elle resterait toujours dans son lit ; il est bien vrai qu'elle ne sait même pas s'amuser. Le sentiment n'est ici que la traduction de l'état d'aboulie.
Observation 24. — Neurasthénie constitutionnelle,. — Antécédents héréditaires, crises de fatigue, épuisement, douleurs de tête, sentiments de dépersonnalisation, de domination, d'inquiétude, de craintes.
Ce cas est déjà plus complexe et se rapproche des troubles émotionnels diffus que nous étudierons dans une prochaine leçon. Cependant comme ces troubles sont faibles et que ce qui domine c'est encore l'aboulie et les sentiments d'incomplétude qu'elle entraîne, nous le rapprochons aujourd'hui des cas précédents.
Cette pauvre femme, âgée de 38 ans, Brk..., qui en réalité souffre d'une manière ou de l'autre depuis sa jeunesse, a hérité sa maladie de ses parents du côté maternel. Le père était assez raisonnable et ne buvait pas; la mère était une nerveuse, inquiète; une tante maternelle a eu un délire mélancolique chronique et est morte dans un asile; le grand-père maternel obsédé hypocondriaque croyait toujours qu'il mourait : la prédisposition héréditaire est ici bien nette.
Cette femme a toujours été maladive : anémique dans sa jeunesse, elle a eu à la suite d'un choc une ostéite tuberculeuse de l'os iliaque gauche qui a déjà été opérée plusieurs fois et qui laisse une fistule bien difficile à fermer.
Sous ces influences, elle a toujours été une faible, une épuisée et a presque constamment présenté à un très haut degré les symptômes de la neurasthénie : estomac excessivement susceptible qui souffre pour le plus léger changement de régime, alternatives
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de constipation et de diarrhée, faiblesses énormes et surtout fatigues curieuses.
Nous voudrions insister sur des crises de fatigue qu'elle présente et qui sont remarquables. Ces crises sont annoncées plusieurs jours d'avance par des douleurs sourdes dans le ventre, l'estomac et les jambes ; la digestion gastrique et intestinale se trouble complètement. On serait porté à dire, comme plusieurs auteurs l'ont écrit à propos de l'épilepsie, que ce sont ces troubles gastriques et intestinaux qui déterminent une intoxication cérébrale et qui amènent à leur suite les accidents suivants. Il est fort vraisemblable que l'auto-intoxication consécutive à ces troubles gastriques joue un rôle considérable. Mais en voyant la périodicité de ces phénomènes d'insuffisance digestive, nous sommes disposés à considérer ces insuffisances gastriques et intestinales comme le premier symptôme de la crise d'insuffisance nerveuse, comme une sorte d'aura. Quoi qu'il en soit, la malade cesse peu à peu de pouvoir faire aucun mouvement : elle est épuisée, incapable de remuer de son lit, elle reste couchée immobile dans l'obscurité et pour rien au monde ne consentirait ù se déranger. Elle ne veut agir, ni pour boire, ni pour manger, il lui faut l'inertie complète. Cette inertie est en désac- C()rd avec le caractère ordinaire de la malade qui est une inquiète et une agitée; nous ne la croyons pas en rapport avec une idée comme cela peut arriver chez d'autres malades, mais nous la considérons comme une exagération de l'épuisement nerveux habituel. D'ailleurs, dans ces périodes de fatigue accablante, l'état mental change entièrement. La malade se sent remarquablement calme, elle n'a plus aucune de ses agitations, de ses inquiétudes ordinaires, elle ne pense à rien et ne se préoccupe de rien. « C'est un bien-être qui me prend, il me semble que par extraordinaire, je suis entièrement heureuse. »
Remarquez en passant ce singulier sentiment de béatitude dans une période d'épuisement nerveux ; le fait est loin d'être inc(mnu. On le retrouve dans des catalepsies hystériques, dans les extases, dans certains évanouissements; on le signale même dans certaines agonies à l'approche de la mort. Ce fait que nous ne pouvons discuter entièrement ne nous suggère-t-il pas quelques doutes sur les théories de l'émotion qui rattachent la joie à un sentiment de l'exaltation de toutes les fonctions organiques, musculaires, respiratoires, cardiaques?