‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 4)Chapitre 25 sur 178 · SENTIMENT DE CÉCITÉ DANS UN ÉTAT CRÉPUSCUIAIRE · texte numérisé non relu

SENTIMENT DE CÉCITÉ DANS UN ÉTAT CRÉPUSCUIAIRE

mètres du tableau, nous la prions de lire les lettres, elle obéit très tranquillement et elle lit jusqu'au bas du tableau aussi bien avec l'œil gauche qu'avec l'œil droit. L'acuité visuelle est donc de l'unité pour chaque œil; ce qui n'empêche pas cette fillette, en revenante sa chaise, de répéter avec un petit ton dolent : « Est-ce que je pourrai encore voir clair? Est-ce que je ne resterai pas aveugle? » Nous comprenons que le médecin de la campagne qui nous l'a envoyée se déclare embarrassé.

Nous croyons que la difficulté vient ici, comme cela arrive perpétuellement dans les névroses, du langage des malades. N'oublions pas qu'il s'agit d'une enfant qui ne sait pas établir des nuances psychologiques. Qu'est-ce qu'elle appelle ne pas voir clair? En réalité elle voit très bien. Quand on essaye de le lui montrer, quand on insiste pour lui faire comprendre qu'une aveugle ne lirait pas le tableau comme elle vient de le faire, elle arrive à employer les expressions habituelles des autres malades : « Je dis que je ne vois pas clair, parce que ce n'est pas comme autrefois, que ce n'est plus la même chose, que tout est changé, que tout est devenu drôle. Je vois drôlement, pas comme autrefois, je sais bien que moi aussi je suis drôle, pas comme avant. » Maintenant nous nous y reconnaissons mieux, c'est le trouble de la perception que nous avons déjà vu bien des fois, qui fait paraître les objets nouveaux, étranges, qui fait croire que la personnalité est disparue. 11 nous a semblé consister non dans la suppression des sensations, mais dans une diminution de la synthèse mentale, dans la suppression du sentiment du réel, du sentiment de la croyance, qui accompagne la diminution de l'activité volontaire. En effet, cette enfant en même temps qu'elle a le sentiment de l'étrange, est en plein état d'aboulie. Sa façon de se dire aveugle n'est qu'une expression particulière de ce trouble.

Nous avons vu, il y a quelque temps, une dame qui se disait sourde et qui a fait le désespoir de tous les auristes parce qu'ils ne pouvaient constater aucun trouble de l'audition. Elle avait le même sentiment d'étrangeté, d'obscurité à propos des sons. En un mot, nous sommes en présence de notre grand symptôme psychasthénique fondamental, la perte du réel, l'abaissement du niveau mental.

Mais dans quelles conditions cette crise bizarre survient-elle chez cette enfant? «Cela lui prend ainsi, nous dit lanière, de temps

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en temps, tous les deux ou trois mois. Cela dure deux ou trois jours, quelquefois plus et pendant qu'elle est ainsi à ne plus voir clair et à ne plus bouger, elle n'a plus du tout de crise. » Cette enfant a donc des crises ? Comment se présentent-elles ? Depuis l'âge de huit ou neuf ans, elle faisait de temps en temps une petite grimace. Elle se frottait l'estomac avec les deux poings comme si elle souffrait; elle faisait brusquement deux ou trois fois le mouvement de déglutition, elle roulait un peu ses yeux et puis c'était fini et elle retournait à ses jeux. Depuis, ces petites crises ont augmenté; elle pâlit et perd conscience; quand elle revient à elle, elle ne sait pas ce qui s'est passé. Il y a des moments, surtout depuis l'apparition de la puberté, où ces petites crises sont incessantes, et se répètent toute la journée, toutes les trois ou cinq minutes. Enfin à deux reprises seulement elle est tombée pendant ces petits vertiges, elle a un peu tremblé et elle a mouillé ses jupons. Il n'y a pas à hésiter c'est une petite épileptique.

Ce qui nous intéresse, c'est le remplacement des crises et des vertiges épileptiques par cet état singulier qui dure deux ou trois jours. Nous tenions à vous faire constater ce singulier trouble de la perception qui n'est ici qu'un équivalent des accès épileptiques et qui demande le même traitement.

Observation 28. — Sentiment de doute et de rêve dans un état crépusculaire d'origine épileptique. — Accès épileptiques, état dit second, doute et dépersonnalisation .

Il faut tout de suite rapprocher cette nouvelle malade de la précédente. C'est une jeune fille de 25 ans Is..., qui, depuis l'âge de dix ans a des accès épileptiques aussi nets que possible. Il y a le cri initial, les secousses, l'émission d'urine, les morsures de la langue, etc. Ces accès ont été tantôt fréquents, tantôt rares ; ils ont quelquefois été remplacés par des migraines intolérables (c'est une remarque que Trousseau avait déjà faite autrefois), mais voici que cette année elle a eu à deux reprises un accident tout à fait différent. Elle le qualifie elle-même d'état second parce qu'elle entrait graduellement dans un état bizarre et des plus désagréables différent de l'état normal. « Il me semblait, dit-elle, que je n'existais plus du tout, que je voyais, mais que ce n'était pas moi qui voyais, que j'entendais, mais que ce n'était

SENTIMENT DE DOUTE ET DE UÈVE DANS UN ÉTAT CIÎÉPUSGULAIUE hl

pas moi qui entendais; je n'étais plus sûre de rien, il nie semblait que tous les objets et moi-même nous n'étions plus qu'un rêve. Cet état m'agaeait énormément, je ne sais ce qu'il m'aurait fiiit faire, s'il avait duré. » La première fois, l'état anormal s'est terminé au bout de trois jours par un accès épileptique. Quelque temps après il a recommencé : cette fois, après s'être prolongé cinq jours, il a disparu incomplètement à la suite d'une émotion. On avait secoué la malade, on l'avait fait rire et elle s'était sentie mieux, mais pas tout à fait bien pendant une journée, puis l'état second avait repris avec le même sentiment de dépersonnalisation, d'étrangeté et de doute. Il avait encore duré cinq jours, et s'est terminé comme le premier par un accès épileptique.

Dernièrement, cette singulière crise d'état second vient de recommencer. La malade a d'ordinaire ses accès épileptiques dans les journées qui précèdent ou qui suivent ses règles : le mois précédent, elle avait eu cinq accès à cette époque. Deux jours avant le moment des règles, elle ressentit encore cette fois les malaises qui lui annoncent l'arrivée imminente des accès, aggravation des maux de tète, troubles de l'estomac, langue très saburrale, sentiment de courbature. M. J. Voisin, dans ses belles leçons sur l'épilepsie a justement insisté sur ces prodromes de l'accès. Mais ici les accès ne sont pas venus, il n'y a eu que quelques vertiges ou quelques accès avortés. Is... est entrée graduellement dans cet état qui lui fait horreur et qu'elle redoute plus que les accès eux-mêmes. Elle se sent comme dans un rêve perpétuel, elle doute de tout, elle se demande si sa mère est bien sa mère : « Je voudrais bien que cette dame soit ma mère, mais je ne puis pas arriver à le croire. » Elle s'interroge sur la réalité des objets et sur sa propre existence. C'est tout à fait une période psychasthénique qui remplace les accès épileptiques. Des pratiques hypnotiques sur lesquelles nous ne pouvons insister ont réussi cette fois à la faire sortir de cet état second sans accès comitiaux.

De tels états sont peu connus dans l'épilepsie ; un exemple d'un cas semblable a été présenté par M. Haskovec, de Prague au congrès de médecine de 1900. Il remarquait avec justesse que cet état ressemble tout à fait h celui qui est chronique chez les obsédés. Non seulement nous partageons cette opinion, mais nous avons essayé de ramener tous les innombrables phénomènes des obsédés à cet état fondamental. Sans vouloir exagérer le rappro-

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chement, ces quelques faits ne permettent-ils pas de dire que l'état psychasthénique se rapproche beaucoup de l'épilepsie, s'il n'en est pas simplement une forme très atténuée et très spéciale au point de vue clinique. Il sera intéressant de suivre, dans ce cas, les effets du traitement bromure, car si le bromure supprime les accès que nous venons de décrire, il sera loin de montrer que la maladie fondamentale est l'épilepsie, et que dans certaines conditions données, cette névrose peut simuler ou préparer l'état psychasthénique.

Observation 29. — Sentiment de dépersonnalisation comme aura de l'accès épileptique. — Antécédents héréditaires, épilepsie, dédoublement de la personnalité.

Voici une malade que vous connaissez, Pax... ; nous l'avons déjà étudiée à propos des troubles psychiques dans l'épilepsie ; mais il n'est pas inutile de vous la présenter de nouveau car le trouble qu'elle présente est assez net et démonstratif. Il vous prouve une fois de plus comment les épileptiques proprement dits peuvent présenter des modifications psychologiques identiques à celles des obsédés psychasthéniques et ce fait ne nous paraît pas sans importance pour comprendre le mécanisme des obsessions.

Le père et la mère sont tous deux des nerveux : nous remarquons que la mère présente de véritables crises d'angoisse. La malade, Pax..., âgée maintenant de 27 ans, fut nerveuse dès son enfance; elle avait des terreurs nocturnes et fut sujette à des attaques de faux croup. A l'âge de huit ans elle éprouva une grande terreur : comme punition absurde, elle avait été enfermée dans un cachot où se trouvaient des rats. A la suite de cette sotte punition, elle devint très peureuse et eut fréquemment des sortes de crises de peur avec suffocations et pleurs. Ces crises, qui d'ailleurs nous sont très mal décrites, ne nous semblent pas avoir été dès cette époque des accès épileptiques ; nous en ferions plutôt de simples crises d'angoisse analogues à celles que la mère continue encore h présenter aujourd'hui. Mais vers l'âge de treize ans, ces crises devinrent plus graves : la malade perdit conscience, elle eut des convulsions dans lesquelles elle perdit les urines et se mordit la langue. Le caractère des accès

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qui n'ont jamais disparu est maintenant incontestable ; vous voyez les cicatrices qu'elle a au front et qui témoignent de ses chutes ; vous voyez également les cicatrices de la langue, cette femme a encore actuellement de grands accès épileptiques, dont la fréquence est variable, qui s'écartent quelquefois de manière h ne revenir qu'à l'époque des règles et qui se répètent alors trois ou quatre fois de suite.

Ce qui nous paraît intéressant c'est que, depuis le début, les accès ont conservé ce caractère d'angoisse morale qu'ils avaient pris à l'âge de huit ans. Il y a toujours au début de ces grands accès épileptiques une aura qui est exclusivement psychique. La nature de cette aura a varié : au début, il y avait des frayeurs, des terreurs des rats, plus tard, vers 19 ans, des inquiétudes plus vagues et d'ordre intellectuel que nous allons revoir chez d'autres malades : elle se tracassait, elle cherchait à deviner ce qui allait arriver. A 2/i ans, après la mort de sa mère, elle avait dans cette même période des idées de mort, elle croyait mourir ou bien elle avait des impulsions au suicide. Il n'est pas sans intérêt de voir l'aura psychique d'un accès épileptique se modifier, avec les événements impressionnants, comme le délire d'une crise d'hystérie : peut-être ne faut-il pas croire h l'existence d'un fossé infranchissable entre les diverses névroses.

Actuellement les accès sont restés les mêmes, tout à fait classiques, mais les auras psychiques qui existent toujours, ont pris une forme spéciale. La malade commence par ressentir un peu d'angoisse, puis il lui semble que tout est changé en elle, « elle n'est plus la même, elle ne se reconnaît plus, elle a perdu sa propre personne », elle se plaint de tout cela en gémissant, dans un langage qui reste h peu près correct. Puis elle se plaint de parler malgré elle, comme si ce n'était pas elle qui parlait, d'être étonnée du son de sa voix qui cependant pour les témoins n'a guère changé. Elle ne tarde pas à se plaindre d'une singulière illusion; il lui semble que sa personne, qui n'est plus en elle, est à côté, en dehors d'elle-même, car elle se sent comme double. Ce double, elle l'incarne dans une personne présente, en général dans une personne un peu éloignée, et elle gémit en disant qu'il va arriver un accident h cette personne qu'elle croit elle-même. C'est en général à ce moment qu'elle perd conscience. Voici le dernier accès typique : elle regardait par la fenêtre quand le trouble a commencé et elle se mit à se plaindre

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que sa personne était sortie d'elle-même. Elle croyait être un individu qu'elle désignait et qui montait sur l'impériale d'un omnibus, il lui semblait que c'était elle qui montait et elle avait peur de tomber en se penchant du haut de l'omnibus. C'est à ce moment qu'elle est tombée en réalité en accès épileptique.

Il y a beaucoup de faits remarquables dans cette aura : d'abord l'illusion de dédoublement qui se présente si fréquemment chez tous les psychasthéniques qui ont l'écho de la pensée, de la parole, etc., puis la confusion qui fait que la malade attribue ses propres douleurs à autrui, fait que nous avons déjà décrit chez des épileptiques et chez des typhiques, enfin surtout le sentiment de dépersonnalisation dont vous savez l'importance. Ce qui caractérise ce cas, c'est que ce sentiment ne dure que quelques minutes puisque l'accès survient en général au bout d'un quart d'heure, tandis que chez les autres malades il se prolongeait plusieurs jours comme une aura qui n'aboutirait pas.

Dans l'intervalle des accès, la malade se porte bien, ne présente aucune trace d'anesthésie, n'a aucun sentiment illusoire et a seulement une mémoire vague de ce qui vient de se passer. Vous voyez que, chez l'épileptique, l'abaissement du niveau mental est brusque, profond, de peu de durée, au lieu de se prolonger très longtemps avec une intensité moindre ainsi que les choses semblent se passer chez le psychasthénique.

Il est bon de vous rappeler que le traitement bromure et quelques précautions d'hygiène ont supprimé ou du moins espacé considérablement les accès de cette malade : les illusions de la personnalité ont disparu en même temps que les accès.

Observation 3o. — Tics de déglutition dans des vertiges épileptiques. — Accès et vertiges épileptiques, tics.

Les remarques que nous avons faites sur les rapports de l'épilepsie avec la psychasthénie nous conduisent h rechercher, sur les malades épileptiques qui se présentent, les symptômes qui rappellent ceux que nous trouvons chez les obsédés. Voici d'abord quelques cas où on note des phénomènes semblables aux tics.

Cette jeune femme de 25 ans, Gae..., vient se plaindre de crises de hoquet. Ce sont des hoquets qui la prennent par période à

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peu près deux fois le jour et deux fois la nuit. En l'entendant parler ainsi, nous avons cru d'abord à du hoquet hystérique dont vous avez déjà vu ici bien des exemples, mais en insistant, nous sommes amenés à croire à toute autre chose. Ces hoquets sont peu nombreux, deux ou trois, une dizaine au maximum ; immédiatement après et même pendant les derniers, la malade perd connaissance et s'évanouit,. Cet évanouissement dure très peu, elle reste les yeux fermés, presque sans bouger pendant une ou deux minutes à peine, puis elle se réveille très ahurie sans savoir ce qui s'est passé. Ces petits évanouissements précédés de hoquets la prennent brusquement le jour ou la nuit. Vraiment ces pertes de conscience brusques, d'une minute à peine, avec ce réveil ahuri nous paraissent se rapporter au mal comitial, et nous devons noter cette aura consistant en quelques convulsions diaphragmatiques et déterminant ce hoquet.

Au début, nous pouvons peut-être placer ici l'influence d'une maladie infectieuse, quoique les souvenirs de la malade soient peu précis. Vers l'âge de i4 ans, elle a eu une fièvre typhoïde, grave et elle prétend que, tout au début de la fièvre typhoïde, pendant le premier jour de maladie, elle a eu un accès épileptique franc. Toujours est-il que la maladie fut grave et produisit même, ce qui est assez rare aujourd'hui, des escarres sur les fesses et dans la région sacrée, où il y a encore une cicatrice. L'épilepsie fut interrompue, et ce n'est qu'un an et demi ou deux ans après que sont venus les hoquets et les vertiges dont nous vous parlons. Sous l'influence du traitement bromure, il n'y a plus déjà qu'une crise par jour au lieu de quatre.

Observation 3i. — Tic de déglutition dans un vertige épileptique.

Dernièrement, nous vous signalions une malade qui a des hoquets au début du vertige. Ici, il s'agit chez ce garçon, Jol..., âgé de 19 ans, d'un petit mouvement spasmodique, qui a rapport au pharynx. Notez que ces malades ne peuvent pas, comme les hystériques purs vous expliquer exactement les symptômes; ils en conservent beaucoup] moins le souvenir. Il faut nous servir davantage des récits de leur entourage et de ce que nous observons nous-mêmes.

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Ce garçon de 19 ans présente depuis une dizaine d'années des vertiges assez fréquents. Il dit quelques paroles incompréhensibles, il fixe les gens avec des yeux vagues, il se penche en avant comme pour tomber, puis à ce moment, il a plusieurs fois de suite un mouvement de déglutition. « Il avale quelque chose, dit la mère, » il se redresse ensuite et reprend connaissance sans aucun souvenir. Le fait convulsif principal de son vertige, c'est une déglutition répétée. Nous rapprochons ce spasme du hoquet précédemment étudié.

Observation 82. — Tics et angoisses dans des vertiges épileptiques. — Accès épileptiques, crise d'excitation génitale, tics^ crises d'angoisse.

Cette femme, Ciq..., âgée de 3i ans, est épileptique depuis l'âge de ilx ans. Elle a eu à peu près toutes les formes de l'accès, depuis les vertiges jusqu'aux crises de grand mal. Actuellement, elle a peu de grands accès, ainsi il n'y a eu qu'un seul cette année. Mais elle a, à la place, un certain nombre de crises variées qui semblent bien toutes avoir le cachet épileptique, mais qui sont cependant assez singulières. Quelques-unes ressemblent à des tics et même à des tics obsédants. Souvent elle est saisie pendant qu'elle parle: elle a subitement un peu de vertige, elle cligne des yeux et tord un peu sa bouche. Elle ne peut plus continuer à parler, mais elle répète indéfiniment, quelquefois pendant dix minutes, la dernière syllabe qu'elle vient de prononcer. Elle n'a pas tout à fait perdu la conscience ; elle sent qu'elle répète cette syllabe. Cela l'agace au plus haut point, mais c'est en vain qu'elle cherche à arrêter cette syllabe obsédante.

Une autre crise fréquente chez elle, depuis un certain temps, est h la fois sensitive et motrice ; la malade sent malgré elle une excitation vaginale et des spasmes comme si elle avait des rapports avec quelqu'un. En même temps elle se frotte le ventre de la main droite ; ces excitations et ces mouvements sont tout à fait involontaires et irrésistibles. Cette crise la prend au milieu de la rue sans qu'elle puisse l'arrêter. Quelquefois elle perd tout à fait conscience; d'autres fois elle assiste à ces mouvements avec étonnement, comme dans un rêve.

Notons aussi chez cette femme de véritables crises d'angoisse:

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(( Je ne peux pas dire de quoi j'ai peur, il me semble que quelque chose va me tomber sur le dos, il me faut de la lumière, des personnes auprès de moi », puis la parole s'arrête, il y a, dit-elle, un léger bafouillage, puis un certain serrement des dents et tout est fini. Vous voyez donc dans l'épilepsie la plus nette survenir des tics déjà bien systématisés, des sensations obsédantes et des anffoisses.

Observation 33. — Accès épileptiques à la suite des angoisses.

— Inquiétudes, manie de l'interrogation, vertiges, manie de Vinfini et épilepsie.

Voici une observation des plus intéressantes qui se rapporte à certaines discussions toutes récentes. Le dernier numéro de la Revue neurologique, i5 avril 1901, contient justement un article de M. Haskovec (de Prague) auquel ce cas répond très directement \

Il s'agit d'un homme de 62 ans, Gny..., mécanicien de chemin de fer, d'un aspect intelligent et doux. Cette physionomie, plutôt sympathique, n'est pas indifférente à la question. Il vient se plaindre de crises nerveuses assez graves, qu'il éprouve surtout depuis une quinzaine de jours, tantôt la nuit, tantôt même le jour.

La crise vient assez subitement ; il sent une douleur au cœur, exactement comme s'il allait mourir ; il a des tremblements. La tête s'en va peu à peu et dans deux de ces crises il a complètement perdu connaissance. Dans cette crise, il reste sans bouger par terre, car il est tombé une fois tout de son long. Tout au plus a-t-il, comme il le dit, un petit « grelottement dans les mains » ; au bout de peu d'instants, car la crise ne dure que cinq à six minutes, il revient à peu près à lui, très hébété et engourdi, et il est pris d'un sommeil profond et irrésistible : il ne peut résister et s'endort lourdement pendant sept ou huit heures. Ce n'est qu'après ce longs ommeil qu'il se réveille très fatigué. Sans doute, il n'y a pas de morsure de la langue, ni d'émission d'urine ; mais, malgré l'absence de ces deux symptômes, ne trouvez-vous pas que cette crise a un aspect bien nettement comiiiaO.

I. A propos de celte discussion sur les rapports entre les crises de psycholepsie et les accès épileptiques, voir le premier volume de cet ouvrage, p. 5o2.

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Ajoutons que dans l'intervalle il y a de petits accidents dont voici la physionomie. Il lui semble qu'il va perdre connaissance, il a une sensation pénible sur la tête. La tête est comme prise dans un étau, écrasée de haut en bas ou poussée d'arrière en avant; il a des bourdonnements d'oreilles, puis il cesse d'entendre et il ne voit plus clair. Cela ne dure que quelques secondes, peu après la lumière vient de nouveau et la crise se termine par des palpitations de cœur. Après ces petites crises, il a sommeil et, détail bizarre, il a faim et dévorerait volontiers, tandis que d'ordinaire il a un très petit appétit. Ces petits accidents ne vous font-ils pas penser tout à fait à des vertiges comitiaux ? comme la grande crise avec perte de conscience à un accès. Il nous semble que l'aspect clinique est assez net.

Il est vrai que le malade a Ba ans, que des accès de cette forme n'ont commencé chez lui que depuis quelques mois. Cela est en effet assez singulier, mais nous avons assez souvent étudié ici même l'épilepsie tardive pour ne pas être surpris d'un cas semblable. Si nous ne considérions donc que l'accident isolé actuel, notre diagnostic serait donc « une forme atténuée et tardive du mal comitial )).

Mais interrogeons le malade sur son état antérieur : son père paraît assez normal, mais un frère du père était alcoolique et franchement épileptique. La mère, grande névropathe, sombre, inquiète, a fini ses jours à la Salpêtrière.

Le malade lui-même, intelligent, doux, délicat, comme nous l'avons déjà remarqué, a toujours été un faible. Il a eu, à 12 ans, une fièvre typhoïde grave qui n'a pas amélioré son caractère. Depuis, il reste comme sa mère et encore plus qu'elle, sombre et inquiet. Il a des grands ennuis de famille, des inquiétudes sur sa situation ; il s'en affecte énormément, et d'ailleurs, comme il le dit lui-même, il y ajoute des ennuis sans raison. Ces préoccupations l'inquiètent énormément, il a des craintes hypocondriaques, des craintes de persécution, des craintes scrupuleuses, etc. Depuis l'âge de 3o ans à peu près, il lui vient en tête des idées singulières, qu'il a de la peine à exprimer et qu'il comprend mal lui-même : « Pourquoi les hommes vivent-ils ? Coinment les hommes sont-ils faits? Pourquoi les hommes doivent-ils mourir?» Ces idées l'ont déjà beaucoup tourmenté; elles le préoccupent de plus en plus.

Sous l'influence de ces obsessions, il a déjà éprouvé, depuis

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