CHIFFRE NORMAL
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toujours le même, nous notons l'atonie de l'estomac et de l'intestin, la fatigue générale, etc. Nous n'insistons que sur un détail : l'analyse de ses urines a été faite deux fois par la méthode de M. Joulie, voici les résultats obtenus :
Densité à i5°
Acidité totale en SO''^H.
Acide phosphorique en PO'..
Rapport à l'excédent de densité
de l'acidité
De l'acide phosphorique. .
Il en résulte que ses urines présentent une oligurie très prononcée avec grand excès de densité, une hypoacidité très accentuée avec hypophosphatie notable. Vous savez quelles difficultés on rencontre dans l'emploi de ces méthodes et dans l'interprétation de ces résultats considérés aujourd'hui comme discutables : aussi nous notons simplement ces chiffres comme documents sans insister. Pour appliquer la méthode de M. Joulie, il serait bon d'employer ici l'acide phosphorique. Malheureusement l'estomac de cette malade ne peut le supporter, ce médicament amène de tels troubles digestifs que nous avons été obligés d'y renoncer. Il en est de même pour le bromure qui est très mal supporté etne produit pas de résultat notable. Le seul traitement qui ait jusqu'ici donné de bons résultats, c'est le traitement moral. Cette malade présente des oscillations de son niveau mental sous de très légères influences; il suffit d'un rien pour l'abaisser, mais un encouragement, une émotion heureuse le remontent également. L'hypnotisme et la suggestion incomplète, comme ils sont toujours chez les psychasthéniques, lui ont donné plusieurs journées de liberté, lui ont permis de faire seule d'assez longues promenades. Il serait très ridicule, pouvons-nous lui dire, de se laisser aller au désespoir : la suggestion, l'éducation de la volonté pourront diminuer d'une façon considérable cette faiblesse qui a bouleversé l'existence de cette pauvre jeune fille.
Observation 87. — Agoraphobie. — Sentiments d'incomplétiide, aboulie, timidité, peur du mariage.
Nous venons de voir un cas où l'agoraphobie se rattache à
l'aboulie et à la timidité, aussi pourrons-nous signaler rapidement un cas qui nous semble très semblable. Cette femme de [\i ans, Hnu..., est agoraphobe depuis l'âgede 28 ans. Elle a, depuis cette époque, une faiblesse en traversant les places : son estomac lui fait mal, elle étouffe. Mais ce qui l'affecte surtout, c'est qu'elle n'est plus maîtresse d'elle-même : il lui semble qu'elle va faire une foule de bêtises, car elle ne peut plus s'arrêter, « elle pourrait bien se conduire comme une folle qui va se jeter à la Seine ou qui y jette quelqu'un ». Comme la malade précédente elle a moins peur dans les rues écartées où il passe peu de monde, elle pourrait traverser les places la nuit sans difficulté.
C'est qae ce qu'elle a craint toute sa vie c'est de faire des sottises devant des témoins. Elle était extrêmement timide et cherchait toujours à se cacher. Le début véritable de sa maladie, à 28 ans, se rattache à ce sentiment. On a voulu la marier en espérant que le mariage la rendrait plus énergique et plus hardie. Au contraire, elle a été épouvantée de cette pensée, « je me sentais plus honteuse que jamais à la pensée que l'on avait songé à me marier ». Elle fut si troublée que l'on dut renoncer au mariage : d'ordinaire les malades de ce genre se rétablissent quand on supprime l'acte difficile qu'ils sont incapables d'accomplir et nous avons déjà vu plusieurs psychasthéniques, affolées par les fiançailles et guéries quand on se décidait a les rompre. Ici, malheureusement, il n'en fut pas ainsi, elle resta encore plus honteuse du mariage manqué que des fiançailles et pendant quelque temps ne voulut plus se montrer à personne. Peu à peu elle devint moins effrayée avec quelques intimes, mais la gêne continua et augmenta devant les étrangers. Aujourd'hui elle ne pense plus aux fiançailles qui la rendaient si gênée ; mais la peur reste stéréotypée et l'empêche de s'aventurer en public, ce qui lui donne cet aspect d'agoraphobe.
Observation 88. — Agoraphobie. — Angoisses dans la rue, besoin d'un soutien, antécédents, départ de ses enfants, isolement, crainte de la solitude.
Vous avez l'habitude d'étudier des maladies en rapport avec certaines professions, la paralysie des peintres par exemple. Il en est à peu près de même au point de vue moral et il existe des
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maladies toujours les mêmes en rapport avec certaines situations sociales. En voici un exemple caractéristique.
Cette dame, Lep..., âgée de 49 ans, se plaint au premier abord de troubles de la marche, elle marche mal, en hésitant, elle a peur de tomber ; elle insiste surtout sur le besoin qu'elle a d'avoir les yeux ouverts, de regarder ses pieds pendant qu'elle marche. Ces détails pourraient nous engager dans une voie inexacte. Elle ajoute qu'elle marche mieux dans les petites rues que dans les grandes, qu'elle est obligée de suivre les murailles, enfin, détail typique, qu'elle a besoin d'être accompagnée et que la simple présence d'un enfant auprès d'elle suffit pour rendre à sa marche toute son assurance. Maintenant, nous comprenons mieux le syndrome : c'est une agoraphobie, une de ces peurs angoissantes qui surviennent automatiquement, qui troublent la marche et d'autres fonctions.
Nous avons déjà vu souvent des agoraphobes, c'est l'étiologie de celle-ci qui noHS paraît présenter quelque intérêt. Ordinairement il s'agit d'une peur causée par un événement terrifiant ou bien du souvenir d'un vertige consécutif à une maladie grave*; notre dernier cas de cette maladie était de ce genre. Ici nous ne trouvons rien de semblable. Il s'agit d'une personne qui a toujours été nerveuse et impressionnable. Fille d'un père normal, mais d'une mère très névropathe, réglée à 12 ans, elle eut une jeunesse à peu près normale. Elle s'est mariée et a eu 6 enfants. Elle fut surtout nerveuse pendant les dernières grossesses et à leur suite; des ennuis vagues, une tristesse et des craintes chimériques à propos des enfants, une faiblesse considérable de volonté, en un mot toutes sortes de troubles psychasthéniques préparèrent les désordres mentaux.
Il y a un an : elle perdit son mari et elle resta seule avec un dernier fils ; les autres étant déjà placés loin d'elle. Enfin, il y a six mois, elle maria ce fils qu'elle aimait particulièrement. Après le mariage de cet enfant elle resta complètement seule et se mit à éprouver des sentiments bizarres.
Elle déteste sa belle-fille, l'a en horreur et constate qu'elle a pris un caractère insupportable. Elle n'est bien nulle part et voudrait sans cesse changer d'appartement. Elle étouflfe, elle a des débuts de crises de nerfs ; tantôt elle meurt de faim, tantôt