LES MANIES DES PRÉSAGES ET DES SERMENTS
sept doigts. Une autre manie, c'est ce qu'elle appelle <( la manie de pénitence », et que nous connaissons déjà sous le nom de manie de l'expiation. A chaque instant, elle a envie de se condamner à une privation à propos d'une action ou d'une pensée quelconque. Mais ce trouble se rapproche d'une dernière manie plus intéressante sur laquelle nous voulons insister un peu.
Il s'agit de la manie des présages, des serments, des pactes, qui est extrêmement répandue et qui joue un rôle considérable dans le délire du scrupule. Il s'agit, dans cette manie, d'une dérivation mentale particulière, l'esprit ne reste pas nettement sur l'idée d'une action ou d'une perception, il passe immédiatement à une autre pensée qui se présente comme une condition liée à la première par les liens de la prédiction ou de la promesse conditionnelle. Par exemple, au lieu d'avoir des besoins de répéter le toucher, Mw... va avoir la pensée d'un présage à propos du toucher : « Si je touche cet objet, ma mère succombera à sa maladie », ou bien en lisant elle est arrêtée devant un mot : « Si je passe ce mot, si je le traverse, ce sera une mauvaise action, j'en serai punie, il arrivera un malheur à mes sœurs, et ce sera à cause de moi. »
Dans le présage, l'événement secondaire, associé par la pensée au premier, était un événement indépendant de la volonté du sujet ; dans le serment et le pacte, le second événement est une action que le sujet se sent forcé de promettre pour pouvoir accomplir la première. Le serment peut prendre plusieurs formes, et cette jeune fille présente toutes ces variétés. La première et la plus simple se rapproche de la menace : la malade sent sa volonté défaillante au moment d'accomplir un acte qu'elle sait nécessaire ou agréable, elle veut tenir sa volonté, la forcer, et elle s'impose à elle-même des punitions dans le cas où elle ne ferait pas l'action. « Si je ne fais pas ma lecture, je jure que je ne sortirai' pas avec ma sœur cet après-midi. » C'est le langage d'une mère à son enfant qui ne travaille pas bien. Dans une autre variété plus fréquente chez cette personne, le serment n'est pas une excitation à l'action présente, il est un arrêt. « Si je fais telle action présente, je jure de me priver plus tard d'un plaisir auquel je tiens. » Il suffit qu'elle désire une action future pour que la pensée de cette action désirée devienne un obstable à toutes les actions présentes. Ainsi, elle désire faire une promenade en bicyclette dans quelques jours; durant ces quelques jours toute sa vie va être
troublée, car à propos de chaque action, elle va se sentir obligée de jurer qu'elle renonce à la promepade. « Je veux prendre mon mouchoir dans ma poche, il faut pourtant bien que je me mouche : il me semble que si je fais cela, j'ai juré de ne pas faire cette promenade en bicyclette, c'est horriblement agaçant. » Le plus triste c'est que, quand arrive le moment de la promenade désirée, elle ne peut pas non plus l'accomplir, parce que à ce moment, le souvenir de tous ces serments réapparaît : puisqu'elle avait juré de ne pas sortir si elle se mouchait et qu'elle s'est mouché tout de même c'est qu'elle ne doit pas sortir, les serments passés deviennent maintenant un obstacle pour la promenade elle-même. Alors commencent les ruminations : « a-t-elle bien juré qu'elle ne se promènerait pas, et ces serments sont-ils valables ? » Ces interrogations se prolongent pendant toute la nuit qui précède la promenade, le matin elle n'est arrivée à aucune solution, et elle reste horriblement agitée. Le plus grave, c'est qu'à force d'hésitations et de retards elle finit par ne pas sortir, et qu'ainsi, l'acte a été véritablement supprimé. Ces malades finissent ainsi par supprimer de plus en plus tous les actes : leur vie se restreint et diminue de toutes manières. C'est là le grand danger de ces manies, elles aboutissent à l'immobilité, à la suppression de la vie active.
Cette jeune fille sera certainement calmée par l'usage du bromure, son agitation mentale est trop grande pour que l'on puisse lui faire faire immédiatement des efforts sérieux. Elle sent fortement le besoin de direction, il est probable qu'une éducation analogue à celles dont nous vous avons souvent parlé, réussirait facilement avec elle.
Observation i46. — Tics et manie du présage.
Vous retrouvez cette même manie du présage et du pacte, chez cette enfant de 12 ans, Nard — Elle semble avoir de simples tics, elle secoue la tête brusquement, elle marche lentement en évitant de mettre les pieds dans l'intervalle des pavés, etc. Mais ces tics sont compliqués de ruminations mentales variées qui la rendent déjà très malheureuse, chacun de ces gestes est accom-