‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 171 sur 380 · Troubles de l'intelligence · texte numérisé non relu

Troubles de l'intelligence

Les troubles de l'intelligence proprement dite sont beaucoup moins évidents, beaucoup plus difficiles à constater que ceux de l'activité volontaire. C'est un point qui avait déjà frappé les premiers observateurs quand ils appelaient cette maladie une folie avec conscience, avec conservation du jugement et de la critique. Loin de paraître inintelligents les scrupuleux semblent très souvent avoir une intelligence supérieure, être capables de tout daii^ le domaine de l'esprit pourvu qu'on ne leur demande pas d'action. C'est ce que Amiel note déjà très bien sur lui-même : « aimer, rêver, sentir, apprendre, comprendre, je puis tout pourvu qu'on me dispense de vouloir, c'est ma pente, mon instinct, mon défaut, mon péché. J'ai une sorte d'horreur primitive pour l'ambition, pour la lutte, pour la haine, pour tout ce qui disperse l'âme en la faisant dépendre des choses et des buts extérieurs *. » Ce développement intellectuel n'est pas toujours de pure apparence : j'ai souvent été frappé de la supériorité intellectuelle véritable d'un grand nomble de ces malades.

En lisant les pages précédentes on a dû remarquer parmi les nombreuses paroles des sujets que j'ai citées une foule d'expressions pittoresques, de comparaisons ingénieuses, de métaphores heureusement venues. Leur conversation en est émaillée, il y en a avec qui on voudrait tout écrire et tout conserver : Gisèle en particulier a un langage extraordinaire et vraiment tout à fait séduisant. Sous ce brillant des mots, il y a beaucoup d'observations fines et justes : les scrupuleux sont très souvent de remar-

Page 1