‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 176 sur 380 · Inintelligence des perceptions · texte numérisé non relu

Inintelligence des perceptions

Il n'est pas facile de mettre en évidence par une expérience rapide cette incapacité intellectuelle. Presque toujours les malades sont encore capables de fixer l'esprit pendant un moment quand on les excite|: ils ne se comportent pas comme certaines hvstériques qui lisent tout haut quelques lignes, qui les récitent même et ne comprennent absolument rien à ce qu'elles ont lu. Il est nécessaire de les faire lire plus longtemps des morceaux un peu plus sérieux, il est bon surtout de les laisser lire seuls quelques instants et de les interroger ensuite sur ce qu'ils ont lu. J'ai fait souvent cette expérience chez Tr..., chez Lo... et chez Claire et j'ai souvent constaté que ces sujets avaient très mal compris leur lecture. Elles me priaient toujours de les laisser recommencer et relire plusieurs fois de suite le même morceau. Ce n'était pas tout à fait une manie de répétition et un sentiment faux de mécontentement: L intelligence du morceau était réellement très insulllsante.

On peut quelquefois constater plus encore et voir- que les malades n'ont pas seulement des obsessions conscientes, comme on les appelle, dont ils reconnaissent bien la fausseté. Ils ont des idées fausses sur leur situation et sur les personnes qui les environnent. Ils ne se rendent pas compte, de l'opinion qu'ils inspirent, ils croient que leur situation n'est pas grave dans les cas les plus désespérés, ils continuent à croire possible une foule de choses impraticables. Lo... s'est mariée, a quitté ses parents, a habite deux mois avec son mari sans prendre cette situation au sérieux et sans la comprendre ; elle quitte subitement son mari et iftourne chez ses parents; le mari demande le divorce, etc. Rien de tout cela n'interrompt ses rêves, cette jeune femme

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répète en souriant qu'elle est toute surprise de s'entendre appeler Madame, qu'elle ne se rend pas compte d'avoir réellement été mariée. Il est certain que cette pauvre femme ne sent point du tout la gravité de sa situation. Xyb... a renvoyé une domestique puis elle l'a reprise quelque temps après. En dehors de ses hésitations et de ses obsessions elle se fait sur cet acte une appréciation tout a fait fausse. Elle croit devoir à cette domestique des réparations extraordinaires, elle croit que les « rapports ordinaires de maître à domestique n'existent plus entre elles deux, cette bonne n'a plus sa place dans mou imagination comme domestique, elle se sent liée vis-à-vis de sa bonne par quelque chose, etc. ». J'insiste sur ce point, les malades n'ont pas seulement des obsessions conscientes, ils ont des idées inexactes qui peuvent facilement devenir des idées délirantes.

Ce défaut de l'intelligence ne se manifeste pas d'ordinaire dans la simple conversation, on n'observe un trouble dans les perceptions auditives que dans deux cas, d'abord quand les malades sont au milieu d'une crise de rumination ou d'angoisse très forte, souvent ils ne comprennent plus rien à ce qu'on leur dit, mais ce trouble ne dure en général que peu de temps. On l'observe aussi quand ils essayent d'écouter pendant assez longtemps une conférence ou un sermon. Clafre se désolait au début paice qu'elle ne pouvait plus comprendre les sermons, elle accusait ses sentiments religieux ; en réalité elle ne pouvait suivre la parole du prédicateur que pendant peu de temps. Jean met beaucoup de zèle à suivre dee conférences littéraires mais il n'en profite guère, car il ne peut écouter le professeur plus de quelques minutes, son esprit s'en va et pense à autre chose.

[\. — Troubles de l'attention.

Ces altérations dans le résultat du travail mental ré\èU:'nt des tioubles assez graves de l'attention. C'est en efiPet un fait d'observation vulgaire que l'état de distraction perpétuelle des obsédés. Baillarger notait déjà « la lésion de l'attention dans la monomanie' w. Buccola et Tamburini ont insisté sur l'exagération de

I. Baillarger, De lii I -iuti de l'atlenlion dans la monomanie. Ann. méd. psycit., 18/I6, II, 1O8.

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l'attention spontanée et l'affaiblissement de l'attention volontaire.

On peut dire que c'est là le trouble principal qui consiste non dans une suppression des facultés intellectuelles, mais dans une difficulté de fixer l'attention. Ils ont toujours l'esprit distrait par quelque préoccupation vague et ne se donnent jamais entièrement à l'objet qu'on leur propose. Il résulte de cette division de l'esprit qu'il ne donne que peu de force poui- l'opération principale. Ils ont de la peine à efî*ectuer les opérations mentales dès qu'elles deviennent un peu difficiles, ils comprennent mal, n'ont pas de vues d'ensemble, s'embrouillent extrêmement vite dès que l'objet d'étude est un peu compliqué : Xyb... avoue qu'elle perd la tête dès qu'elle a plusieurs opérations à faire à la fois. S'il entre quelqu'un pendant qu'on lui parle elle ne comprend plus. Elle voudrait,comme d'ailleurs tous les autres, être dans le plus grand calme pour lire une phrase ou répondre à une question. « Dès que je reçois une visite, dit Lib... (117) je ne puis plus fixer mon attention même sur une simple broderie, j'ai la tête pleine de choses, il faut que je sois absolument seule pour me fixer un peu sur quelque chose. » « 11 m'est devenu bien difficile d'être présente, dit Wo..., à chaque instant les gens me secouent et me disent : à quoi penses-tu? Je sens surtout cette difficulté quand j'essaye de jouer de la musique à quatre mains, je ne puis pourtant pas dire à la personne qui joue avec moi : je n'y suis pas, attendsmoi. Il me faut un effort énorme pour continuer à peu près et ne pas partir sur quelque recherche. »

Même quand l'attention se fixe un peu elle a toujours un autre défaut, c'est son extrême brièveté. Il ne faut pas maintenir longtemps la même opération, le malade cesse vite de s'y intéresser : Jean ne peut suivre une étude que quelques minutes, même sans qu'il ait de manies à ce sujet, il se met au bout de trois ou quatre minutes à vous faire répéter et ne comprend plus ; il en est de même chez Mm... qui ne peut pas prolonger ufle conversation plus d'un quart d'heure. Glaire change sans cesse d'occupation, elle laisse une chose et la recommence, elle s'agace de ne pas pouvoir fixer l'attention et tombe dans ses manies. Lise se plaint de ne plus pouvoir aller jusqu'au bout d'une addition. Chez Simone le fait devient grossier : je réussis à l'arracher à ses idées fixes en l'intéressant à l'analyse botanique d'une fleur. Tout va U'ès bien an début, en «rcoutant avec attention elle devient aimable,

TROUBLES DE L IN lELLlGENGE

elle demande ce qu'elle ne comprend pas et ne manifeste plus de délire. Ces belles dispositions ne durent pas plus de quatre ou

f 16. i5. — Courbe des temps de réaction ù des excitations tactiles chez Bei. Les excitations tactiles ont lieu sur le dos de la main gauche, les mouvements sont faits par la main gau&he. — Durée de l'expérience: i5 minutes.

cinq minutes ; puis je vois bien que sa figure change, elle se bute et ne comprend plus, elle se frotte le front comme si elle y souf-

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Fir,. 16. Courbe des tcuips de réailion simple à des extitatioua tactiles iliez Bei... — Les

excitations tactiles ont lieu sur le dos de la main droite. — L'expérience a une durée de 3o minutes. — En A, première partie du graphique pendant les 12 premières minutes ; en B, dernière partie pendant les 12 dernières minutes.

frait; si je continue, elle va se fâcher et tomber dans une crise d'agitation délirante.

On observe le fait inverse quand il s'agit d'une association

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LKS STIGMATES l'SVCIIASTIIÉNIQUES

d'idées qui revient mécaniquement. Le sujet y revient sans cesse, il ue peut plus parler d'autre chose. « Je remarquais, dit Trélat, que lorsque ses idées étaient portées sur un sujet, il ne pensait qu'à cela et ne parlait pins d'autre chose*. »

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FiG. 17. — Courbe des temps de réaction simple à des excitations auditives chez Bei...

FiG. 18. — Courbe des temps de réaction simple à des excitations visuelles chez Bei...

J'aurais vivement désiré rendre manifeste cette brièveté de l'attenti m par des mesures et des graphiques et vérifier l'observation de M. Buccola sur l'augmentation des temps de réaction. Les difficultés sont très grandes : les grands malades ne se prêtent pas

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FiG. 91, — Courbe des temps de réaction simple à des excitations tactiles chez Qes..,

aux expériences, les autres sont momentanément modifiés par le dispositif in^'Mne, enlin les procédés de mesure de l'attention soni

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