‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 189 sur 380 · Le besoin d'excitation · texte numérisé non relu

Le besoin d'excitation

Le besoin de direction ne se présente pas toujours sous cette forme simple que je viens de rappeler. Dans bien des cas, il est évident que les sujets savent ce qu'ils ont à faire et ne demandent pas d'indications à ce sujet. Ce qu'ils demandent, c'est simplement une excitation capable d'enrichir la résolution d'un cortège d'émotions qui lui manquent afin qu'elle ait la force de se réaliser. « Dans des cas plus simples, disais-je autrefois à ce propos, le directeur va simplement fortifier la résolution que le malade avait déjà à peu près formulée. Il la fortifie en l'eirrichissant, en y ajoutant par le fait même des circonstances dans lesquelles il se trouve placé, des détails et des émotions qui lui faisaient défaut. Le confessionnal, la consultation, le titre sacerdotal ou médical, et surtout la fa/neuse ordonnance médicale dont tant de railleries n'ont pu entamer la formidable autorité, rendent déjà de grands services. Mais il faut souvent que le directeur ajoute plus encore, qu'il use de la menace, de l'ironie, de la caresse, de la prière, qu'il s'adresse à tous les sentiments qu'il sait exister encore dans le cœur du sujet et qu'il les réveille l'un après l'autre pour les forcer à faire cortège à l'idée chancelante. — Vous manquerez à des engagements qui maintenaiit sont publics, vous serez ridicule aux veux de Monsieur un tel, vous allligerez une personne que vous aimez, etc. — ( hi<' de fois j'ai dû faire iouer tous ces ressorts de la rhétorique, pour obtenir qu'un

malade boive un verre d'eau ou change de chemise, comme s il s'agissait d'obtenir les résolutions les plus graves'. »

Aux malades que j'ai cités dans le travail précédent, on peut facilement en ajouter beaucoup d autres, je rappelle seulement que Claire ne réclame pas seulement un directeur, mais « quelqu'un qui l'excite, qui la remonte, il doit me secouer pour me laire faire ce que je sais hicn devoir taire. » Le pauvre But., a besoin que sa femme lui donne des claques sur le derrière, « cela m humilie de me voir traité comme un petit enfant et cela me donne quelque éaieigie... ».

Chez beaucoup, le rôle de l'excitation est encore plus considérable. Il ne s'agit plus seulement dune excitation parti,culière qui s'ajoute à un conseil, afin de pousser à l'exécution d'une action, c'est une excitation quelconque capable de pousser le sujet jusqu'à une émotion. Ces malades éprouvent très ditTicilement les énn)tions complètes et, comme on le verra, ils sont beaucoup mieux quand ils arrivent à les éprouver. Aussi cherchent-ils tous les moyens possibles pour se procurer ces émotions et éprouventils un besoin pressant, souvent presque irrésistible, de retrouver la cause de cette excitation. De là lorigine du goût pour l'alcool, pour la morphine, pour toutes sortes de poisons. De là ce besoin curieux et bien cai-actéristique de « faire des sottises, des excentricités, n'importe quoi d'étrange qiîi nous sorte de notre engourdissement ».

Il arrive souvent que la cause de l'excitation émotionnante est une personne déterminée qui arrive à exciter phvsiquement et moralement ces engourdis. Il en résulte une passion particulière pour, cette personne qui se rapproche des amours précédents inspirés par besoin de direction, mais qui se développe par un mécanisme un peu différent. Ainsi la passion folle, obsédante de Sim... (i85) pour un amant ne s'explique guère par le besoin de direction, car cet amant ne la dirige en aucune manière; mais elle s'explique très bien par la difTérence que la malade remarque entre le mari et l'amant. « Mon mari ne fait pas travailler ma tète suffisamment, il ne sait rien, ne m'apprend rien, ne m'étonne pas. J'ai besoin qu'on me donne de nouvelles idées, de nouvelles impressions, d'autres émotions. Il ne sait pas me faire soufirir un peu et je ne peux pas aimer quelqu'un qui ne sait pas me

Page 1